Collège de France (Histoire)

Jun 26 2020 71 mins 44.1k

Podcast du Collège de France














06 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
May 06 2020 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

06 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
May 06 2020 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.













01 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice - VIDEO
Apr 05 2020 52 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2019-2020 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

01 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Apr 05 2020 52 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2019-2020 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.










05 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
Mar 06 2020 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

05 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
Mar 06 2020 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.










04 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
Feb 29 2020 62 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

04 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
Feb 29 2020 62 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.






03 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
Feb 26 2020 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

03 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
Feb 26 2020 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

02 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
Feb 26 2020 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

02 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
Feb 26 2020 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.


























01 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques - VIDEO
Feb 05 2020 56 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.

01 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques
Feb 05 2020 56 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2019-2020 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive (2) Les bibliothèques Le cours de cette année s’attachera à reconstituer les bibliothèques de l’Antiquité tardive pour tenter de redonner chair à leurs lecteurs en creusant le lien qui les rattache à leurs livres. Au-delà des témoignages littéraires souvent mis à contribution, c’est aux restes réels de ces bibliothèques que nous nous intéresserons à travers une approche archéologique de la question : qu’appelle-t-on une bibliothèque ? Quelles sont les bibliothèques que les sources papyrologiques nous permettent de reconstituer ? Qu’ont-elles à nous apprendre sur le profil socio-culturel de leurs lecteurs ? Quel rapport entretiennent livres chrétiens et livres classiques au sein de ces ensembles entre le IVe et le VIIe siècle ? La quête des bibliothèques : mission impossible ? (1) Avant de pouvoir apporter des réponses à ces questions, il faut essayer de comprendre pourquoi la tâche de reconstitution de ces bibliothèques est aussi malaisée et pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’une étude systématique jusque-là. La provenance : une donnée souvent manquante ou douteuse. La première difficulté tient à ce qu’une bonne partie des papyrus littéraires ne sont pas sortis de fouilles archéologiques et sont entrés dans les collections sans données relatives à leur provenance. Or, contrairement aux documents, les livres ne contiennent aucune information qui permette de les remettre en contexte (pas de provenance, pas de date, pas de nom du copiste ou du commanditaire). Il n’était pas encore d’usage d’accompagner les livres de colophon ni d’y apposer des ex-libris.



































































Présentation du cours 2019-2020 : Introduction aux mondes africains médiévaux
Oct 07 2019 4 mins  
François-Xavier Fauvelle Collège de France Année 2019 - 2020 Introduction aux mondes africains médiévaux LEs CourTs du Collège de France Présentation du cours de l'année 2019-2020 : À la fois présente au monde par sa massivité continentale et perçue comme faisant obstacle à l’établissement de liens directs entre Occident et Orient, l’Afrique a longtemps paru incontournable aux navigateurs méditerranéens. Partant de cette observation qui conditionne le regard porté sur l’Afrique depuis l’extérieur, le cours de cette année s’attachera à examiner le moment médiéval de l’histoire africaine. Permettant d’appréhender plusieurs mondes médiévaux dans leur diversité (les Sahels et leurs relations transsahariennes avec le Maghreb et l’Egypte, la Corne de l’Afrique, la côte swahili), le cours s’attachera à saisir les modalités de la mise en connexion de l’Afrique avec le monde islamique, sa géographie, sa temporalité, l’agencéité des sociétés africaines dans ces processus, les formes d’urbanisme et les traditions architecturales. Les sources écrites, principalement arabes, seront mobilisées, mais peut-être moins que les données archéologiques, qu’il s’agisse des vestiges urbains ou du mobilier de prestige livré par les sépultures. Dans une approche dynamique des espaces, de la construction des formations politiques, du phénomène religieux (notamment sur la question des relations entre islam et religions locales), on proposera de revisiter plusieurs royaumes africains sous la catégorie de « royaumes courtiers », lesquels s’emploient à assurer l’interface (écologique, commerciale, politique, religieuse, linguistique...) entre bassins économiques et mondes culturels opposés. Et l’on réfléchira, sans s’interdire quelques comparaisons à première vue anachroniques avec le présent, aux implications, sur la recherche elle-même, de la conversation qu’ont entretenue les sociétés africaines avec les mondes extérieurs.













12 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
Jun 07 2019 50 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

12 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
Jun 07 2019 50 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.






11 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 31 2019 61 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

11 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 31 2019 61 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.






10 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 26 2019 59 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

10 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 26 2019 59 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

09 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 63 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

09 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 63 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

08 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 67 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

08 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 67 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.


07 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 65 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

07 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 65 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

06 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

06 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

05 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

05 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

04 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 60 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

04 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 60 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.


03 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 51 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

03 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 51 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

02 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 67 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

02 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 67 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

01 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) - VIDEO
May 24 2019 56 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

01 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
May 24 2019 56 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

Leçon inaugurale : Droit, culture et société de la Rome antique - VIDEO
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

Leçon inaugurale : Droit, culture et société de la Rome antique
May 24 2019 64 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.


Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) : Présentation "Les courTs du Collège de France"
May 24 2019 4 mins  
Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains) : Présentation "Les courTs du Collège de France" Transcription de la vidéo : Le digeste de Justinien et le Corpus iuris civilis dont il fait partie, qui seront au centre de l’enseignement de la Chaire « Droit, culture et société de la Rome antique » à partir de cette année au Collège de France, ont également été au centre de l’enseignement des universités européennes à partir du XIe siècle. Les universités elles-mêmes sont nées autour de la lecture du Corpus iuris civilis grâce à son attrait. Le droit romain recueilli dans ces volumes a donc nourri la culture de générations d’étudiants devenus ensuite juges, fonctionnaires ou avocats. Bien entendu avec des inflexions nationales et locales, avec des mouvements de résistance et de réception, le droit romain est toujours resté un point de repère incontournable. Le Corpus iuris civilis est donc en quelque sorte le livre de chevet de l’Europe. Connaître le droit romain nous offre donc la clé pour la connaissance du développement de cette culture juridique, mais pas seulement la culture juridique. Par exemple Guillaume Budé, le promoteur du Collège de France, lorsqu’il décida au XVIe siècle de restaurer la langue latine, se tourna vers les œuvres des juristes romains parce qu’il savait qu’ils se distinguaient par la précision et la beauté de leur langage. Le droit romain, avant d’appartenir à l’Europe, a appartenu à la Rome antique. Et mon enseignement va porter surtout sur le moment ancien du droit romain. Mais qu’est-ce, au fond, que le droit romain ? C’est une formalisation des rapports sociaux. Il s’agit de choix de valeurs et il s’agit d’un raisonnement. Parce que, oui, il y avait des lois, même d’une certaine envergure, comme la Loi des Douze Tables, mais les lois ne parlent pas seules, il faut que les juristes leur prêtent leur voix. Et donc le droit romain, c’est surtout l’ouvrage, l’œuvre des juristes. Donc il s’agit d’un produit intellectuel. Je dirai, une gigantesque rhétorique sans ruse. Le rôle du juriste romain n’était pas le rôle des avocats. Ils étaient des intellectuels qui cherchaient, par le biais du raisonnement, la solution la plus équitable des conflits d’intérêts. C’est ça qui fait l’attrait du droit romain et qui a permis son réemploi dans l’histoire médiévale et moderne de l’Europe. Une question se pose : comment peut-on renouveler un sujet qui a une tradition d’étude si longue ? Mon séminaire va présenter de nouveaux textes de droit romain que mon équipe et moi avons découverts et publiés. Il s’agit de fragments de papyrus témoins d’ouvrages des juristes romains. Mais derrière le renouvellement d’une discipline historique, il y a aussi le renouvellement du questionnement. Est-ce que les œuvres des juristes romains ont continué à être lues et à fonctionner comme la structure de base du droit même après Dioclétien et jusqu’à Justinien. Eh bien ! la réponse des papyrus est affirmative. On continuait à les copier, à les lire. Donc nous parlons d’une structure cachée. La structure cachée, c’est la pensée des juristes romains incorporée dans ce type d’ouvrage qui a continué à fonctionner même dans l’antiquité tardive.









10 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Apr 19 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

10 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Apr 19 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.








09 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Apr 12 2019 56 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

09 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Apr 12 2019 56 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.



08 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Apr 04 2019 59 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

08 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Apr 04 2019 59 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.




11 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales - VIDEO
Apr 04 2019 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales « Se sentir bête, incapable, incompétent, idiot » (Pierre Bourdieu, Sociologie générale, 2015) : l’effort de recherche comme un art de l’affaiblissement Une grammaire générative des possibles du politique au Moyen Âge est-elle possible ? Des régularités davantage que des règles, un style d’enquête plus qu’une méthode : récapitulations des résultats de la recherche Écrire l’histoire des problématisations : le passé est un réservoir de réponses, mais quelles étaient les questions ? Un exemple : l’institution podestataire comme expérimentation et comme invention du politique (Jean-Claude Maire Vigueur dir., I podestà dell’Italia comunale. Parte I – Reclutamento e circolazione degli ufficiali forestieri (fine XII sec-metà XIV sec.), Rome, 2000) Scalabilité et durabilité de l’expérience : les contours spatio-temporels de l’Italie communale Une science du gouvernement au service de la concorde civique : l’art de la parole De Enrico Besta à Giovanni Tabacco, le débat historiographique sur les origines de la charge de la podestat Un moment révolutionnaire (Enrico Artifoni) ? Rythmes, espacement, événement La consistance de la durée communale : un entassement des formes politiques et non une succession de régimes Fuori, fuori il podestà : quand l’événement naît du dérèglement du rituel (Todi, 17 juillet 1268) Une microstoria de l’écart à la norme (Jean-Claude Maire Vigueur, « Échec au podestat : l’expulsion de Comacio Galluzzi, podestat de Todi », Bollettino della deputazione di storia patria per l’Umbria, 1995) Histoire émotionnelle d’une humiliation qui n’est pas souveraine : Comacio Galluzzi pleure de rage, puis se venge À Murano également, en 1511, un raté de la ritualité politique (Claire Judde de la Rivière, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511, 2014) Fins du Moyen Âge, finalités de son étude : retour sur les trois manières de raconter la disparition, avant récidive, des Laudes regiae (1377, 1530, 1918) Et comment raconter l’origine des acclamations royales ? Le coup d’État de 751 et la Donation de Constantin La tension entre onction et élection, visée de l’archéologie politique, « cet étrange mélange d’anachronisme tranquille et d’ethnocentrisme heureux » (Olivier Christin, Vox populi, 2014) Lorsque Ernst Kantorowicz réinterprétait le revival chevaleresque de la cour de Charles le Téméraire : « ce n’était plus la splendeur chatoyante de la chevalerie bourguignonne ; c’était la renommée universelle et les lauriers de César dont Charles brûlait d’envie » (cité par Robert Lerner) Les deux formes paradoxales de la stabilité politique au Moyen Âge : la fuite est possible, l’alternative est pensable La commune italienne comme accentuation, et non comme exception Avant l’oublieuse Renaissance, présence de l’empire gréco-romain, gamme étendue des possibles politiques Revenir a casa, une autre fois peut-être.

11 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales
Apr 04 2019 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales « Se sentir bête, incapable, incompétent, idiot » (Pierre Bourdieu, Sociologie générale, 2015) : l’effort de recherche comme un art de l’affaiblissement Une grammaire générative des possibles du politique au Moyen Âge est-elle possible ? Des régularités davantage que des règles, un style d’enquête plus qu’une méthode : récapitulations des résultats de la recherche Écrire l’histoire des problématisations : le passé est un réservoir de réponses, mais quelles étaient les questions ? Un exemple : l’institution podestataire comme expérimentation et comme invention du politique (Jean-Claude Maire Vigueur dir., I podestà dell’Italia comunale. Parte I – Reclutamento e circolazione degli ufficiali forestieri (fine XII sec-metà XIV sec.), Rome, 2000) Scalabilité et durabilité de l’expérience : les contours spatio-temporels de l’Italie communale Une science du gouvernement au service de la concorde civique : l’art de la parole De Enrico Besta à Giovanni Tabacco, le débat historiographique sur les origines de la charge de la podestat Un moment révolutionnaire (Enrico Artifoni) ? Rythmes, espacement, événement La consistance de la durée communale : un entassement des formes politiques et non une succession de régimes Fuori, fuori il podestà : quand l’événement naît du dérèglement du rituel (Todi, 17 juillet 1268) Une microstoria de l’écart à la norme (Jean-Claude Maire Vigueur, « Échec au podestat : l’expulsion de Comacio Galluzzi, podestat de Todi », Bollettino della deputazione di storia patria per l’Umbria, 1995) Histoire émotionnelle d’une humiliation qui n’est pas souveraine : Comacio Galluzzi pleure de rage, puis se venge À Murano également, en 1511, un raté de la ritualité politique (Claire Judde de la Rivière, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511, 2014) Fins du Moyen Âge, finalités de son étude : retour sur les trois manières de raconter la disparition, avant récidive, des Laudes regiae (1377, 1530, 1918) Et comment raconter l’origine des acclamations royales ? Le coup d’État de 751 et la Donation de Constantin La tension entre onction et élection, visée de l’archéologie politique, « cet étrange mélange d’anachronisme tranquille et d’ethnocentrisme heureux » (Olivier Christin, Vox populi, 2014) Lorsque Ernst Kantorowicz réinterprétait le revival chevaleresque de la cour de Charles le Téméraire : « ce n’était plus la splendeur chatoyante de la chevalerie bourguignonne ; c’était la renommée universelle et les lauriers de César dont Charles brûlait d’envie » (cité par Robert Lerner) Les deux formes paradoxales de la stabilité politique au Moyen Âge : la fuite est possible, l’alternative est pensable La commune italienne comme accentuation, et non comme exception Avant l’oublieuse Renaissance, présence de l’empire gréco-romain, gamme étendue des possibles politiques Revenir a casa, une autre fois peut-être.








07 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Mar 29 2019 58 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

07 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Mar 29 2019 58 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.



















06 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Mar 21 2019 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

06 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Mar 21 2019 63 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.











05 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Mar 14 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

05 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Mar 14 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.










04 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Mar 08 2019 57 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.


04 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Mar 08 2019 57 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.
















03 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Feb 22 2019 58 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.


03 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Feb 22 2019 58 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.









06 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) - VIDEO
Feb 19 2019 94 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

06 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Feb 19 2019 94 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.










02 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Feb 14 2019 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

02 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Feb 14 2019 61 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.



06 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales - VIDEO
Feb 14 2019 61 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales Un renversement archéologique : l'invention de Cola di Rienzo Quand Vasari voit en Brunelleschi un voyant davantage qu’un visionnaire L’architecture est une cosa mentale : derrière les ruines, des villes invisibles et des vies potentielles Optimisme constructif et « caractère destructeur » (Walter Benjamin, 1931) : « s’il met tout ce qui existe en ruine, ce n’est pas pour l’amour des ruines, mais pour le chemin qui se dessine entre elles » Freud, la ville et l’entassement des possibles (Malaise dans la civilisation, 1929) : « si nous voulons traduire dans l’espace la succession historique, nous ne pouvons le faire qu’en plaçant spatialement les choses côte à côte ; la même unité de lieu ne tolère point deux contenus différents » L’épreuve de modernité : les Dialogues des morts de Fontenelle (1683) Bâtir dit l’un, détruire dit l’autre : la mémoire saturée et l’oubli volontaire « Pompéi ne tombe en ruines que maintenant, depuis qu’elle est exhumée » (Freud, « L’homme aux rats ») Cola di Rienzo, piéton accablé des ruines de Rome, face à la violence sociale des barones urbis Passa-t-il « comme un météore ? » (Tommaso di Carpegna Falconieri, Cola di Rienzo, Rome, Salerno, 2002) L’Anonimo romano : la chronique d’une expérience politique (Chronique. Rome, le temps, le monde et la révolte de Cola di Rienzo, éd. et trad. Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone, Toulouse, 2015) Dunqua, da quale novitate comenzaraio ? Nouvelle et nouveauté : quand l’histoire commence, elle a déjà commencé Rome, 1325, à hauteur d’un regard d’enfant apeuré « Organiser le peuple » : le paradoxe de la pars populi (Igor Mineo) « Je me tiens à l’écart » : écrire l’histoire pour ne pas percevoir « la guerre et les tourments qui se répandent dans tout le pays» Redresser la chronologie : l’expérience politique de Cola di Rienzo dans le contexte des Regimi di Popolo (Jean-Claude Maire Vigueur, L’autre Rome. Une histoire des Romains à l’époque communale (XIIe-XIVe siècle), Paris, 2010) Senza paura : munitiones, ouverture urbanistique et institutions médiévales de l’apaisement Le dictator et le langage d’apparat de l’ars dictaminis (Benoit Grévin, Rhétorique du pouvoir médiéval. Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2008) « Le beau style de la langue de Cola » : un choc émotionnel La parole désarmante : le politique commence quand cesse la mise à mort (Jean-Claude Milner, Pour une politique des êtres parlants. Court traité politique 2, Lagrasse, 2011) « Il s’habillait comme un véritable tyran d’Asie. Déjà il montrait qu’il voulait par la force gouverner en tyran » : l’habit, le moine et la signature « Alors le tribun commença à se faire haïr » : circulation des affects et rétention corporelle Rome, « sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff) : quel miroir de Rome Cola di Rienzo opposait-il à ses concitoyens ? Savoir déchiffrer les reproches que nous font les ruines de la grandeur Renversement, profanation, lisibilité : la Lex de imperio Vespasiani Encore les ruines d’Anna Tsing, là où « peut [se] capter la senteur des communs latents et cet arôme d’automne insaisissable » Encore les ruines de Michel Butor : « Chers amis je vous avise du fin fond du Moyen Âge » Des ruines d’avenir, pour ne pas installer l’Apocalypse à demeure « Bientôt, nous dépassions les rues jaunies par l’éclairage dit urbain, et nous rejoignions nos quartiers de prédilection, c’est-à-dire de naufrage » (Antoine Volodine, Des anges mineurs, Paris, 1999) Le Constructive Reenactment de Robin Collingwood (Alain de Libera, L’Archéologie philosophique, Paris, 2016) L’histoire nous fournit un gisement d’énoncés sous forme de solutions, mais à quelles questions ? Anachronime, feinte et agency : rejouer l’histoire (Rémy Besson, « Le reenactment en question : entretien avec Anne Bénichou », www.entre-temps.net)

06 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales
Feb 14 2019 61 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales Un renversement archéologique : l'invention de Cola di Rienzo Quand Vasari voit en Brunelleschi un voyant davantage qu’un visionnaire L’architecture est une cosa mentale : derrière les ruines, des villes invisibles et des vies potentielles Optimisme constructif et « caractère destructeur » (Walter Benjamin, 1931) : « s’il met tout ce qui existe en ruine, ce n’est pas pour l’amour des ruines, mais pour le chemin qui se dessine entre elles » Freud, la ville et l’entassement des possibles (Malaise dans la civilisation, 1929) : « si nous voulons traduire dans l’espace la succession historique, nous ne pouvons le faire qu’en plaçant spatialement les choses côte à côte ; la même unité de lieu ne tolère point deux contenus différents » L’épreuve de modernité : les Dialogues des morts de Fontenelle (1683) Bâtir dit l’un, détruire dit l’autre : la mémoire saturée et l’oubli volontaire « Pompéi ne tombe en ruines que maintenant, depuis qu’elle est exhumée » (Freud, « L’homme aux rats ») Cola di Rienzo, piéton accablé des ruines de Rome, face à la violence sociale des barones urbis Passa-t-il « comme un météore ? » (Tommaso di Carpegna Falconieri, Cola di Rienzo, Rome, Salerno, 2002) L’Anonimo romano : la chronique d’une expérience politique (Chronique. Rome, le temps, le monde et la révolte de Cola di Rienzo, éd. et trad. Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone, Toulouse, 2015) Dunqua, da quale novitate comenzaraio ? Nouvelle et nouveauté : quand l’histoire commence, elle a déjà commencé Rome, 1325, à hauteur d’un regard d’enfant apeuré « Organiser le peuple » : le paradoxe de la pars populi (Igor Mineo) « Je me tiens à l’écart » : écrire l’histoire pour ne pas percevoir « la guerre et les tourments qui se répandent dans tout le pays» Redresser la chronologie : l’expérience politique de Cola di Rienzo dans le contexte des Regimi di Popolo (Jean-Claude Maire Vigueur, L’autre Rome. Une histoire des Romains à l’époque communale (XIIe-XIVe siècle), Paris, 2010) Senza paura : munitiones, ouverture urbanistique et institutions médiévales de l’apaisement Le dictator et le langage d’apparat de l’ars dictaminis (Benoit Grévin, Rhétorique du pouvoir médiéval. Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2008) « Le beau style de la langue de Cola » : un choc émotionnel La parole désarmante : le politique commence quand cesse la mise à mort (Jean-Claude Milner, Pour une politique des êtres parlants. Court traité politique 2, Lagrasse, 2011) « Il s’habillait comme un véritable tyran d’Asie. Déjà il montrait qu’il voulait par la force gouverner en tyran » : l’habit, le moine et la signature « Alors le tribun commença à se faire haïr » : circulation des affects et rétention corporelle Rome, « sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff) : quel miroir de Rome Cola di Rienzo opposait-il à ses concitoyens ? Savoir déchiffrer les reproches que nous font les ruines de la grandeur Renversement, profanation, lisibilité : la Lex de imperio Vespasiani Encore les ruines d’Anna Tsing, là où « peut [se] capter la senteur des communs latents et cet arôme d’automne insaisissable » Encore les ruines de Michel Butor : « Chers amis je vous avise du fin fond du Moyen Âge » Des ruines d’avenir, pour ne pas installer l’Apocalypse à demeure « Bientôt, nous dépassions les rues jaunies par l’éclairage dit urbain, et nous rejoignions nos quartiers de prédilection, c’est-à-dire de naufrage » (Antoine Volodine, Des anges mineurs, Paris, 1999) Le Constructive Reenactment de Robin Collingwood (Alain de Libera, L’Archéologie philosophique, Paris, 2016) L’histoire nous fournit un gisement d’énoncés sous forme de solutions, mais à quelles questions ? Anachronime, feinte et agency : rejouer l’histoire (Rémy Besson, « Le reenactment en question : entretien avec Anne Bénichou », www.entre-temps.net)


01 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive - VIDEO
Feb 12 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.

01 - Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive
Feb 12 2019 60 mins  
Jean-Luc Fournet Collège de France Culture écrite de l'antiquité tardive et papyrologie byzantine Année 2018-2019 Le calame et la croix : la christianisation de l'écrit et le sort de la culture classique dans l'Antiquité tardive Le passage du paganisme au christianisme constitue probablement le phénomène qui a le plus profondément marqué le monde antique dans tous les domaines. Son importance historique explique qu’il ait été depuis longtemps tant étudié — même si chaque génération ne cesse d’apporter de nouveaux questionnements et de développer de nouvelles approches pour y répondre. Ce nouveau cycle de cours abordera la christianisation sous un angle moins scruté, celui de son influence sur la culture écrite. En quoi le développement du christianisme a-t-il pu changer les modes d’écriture et de lecture des Anciens ainsi que leurs goûts littéraires ? Comment l’enseignement, fondé sur les œuvres de l’ancienne culture païenne, a-t-il évolué sous l’influence de la nouvelle religion ? Quels effets cette dernière a-t-elle eus sur les formes de la création littéraire et de l’écrit de tous les jours ? Les papyrus (dont certains, inédits, seront présentés pour la première fois) fournissent une documentation incomparable pour répondre à ces questions et pour suivre le plus concrètement possible l’impact de la christianisation sur l’écrit antique et la façon dont a réagi la culture classique. Ils nous invitent à une véritable archéologie de la culture écrite entre les IVe et VIIe s.



05 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) - VIDEO
Feb 09 2019 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

05 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Feb 09 2019 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.




05 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales - VIDEO
Feb 07 2019 62 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales Un renversement archéologique : l'invention de Cola di Rienzo Quand Vasari voit en Brunelleschi un voyant davantage qu’un visionnaire L’architecture est une cosa mentale : derrière les ruines, des villes invisibles et des vies potentielles Optimisme constructif et « caractère destructeur » (Walter Benjamin, 1931) : « s’il met tout ce qui existe en ruine, ce n’est pas pour l’amour des ruines, mais pour le chemin qui se dessine entre elles » Freud, la ville et l’entassement des possibles (Malaise dans la civilisation, 1929) : « si nous voulons traduire dans l’espace la succession historique, nous ne pouvons le faire qu’en plaçant spatialement les choses côte à côte ; la même unité de lieu ne tolère point deux contenus différents » L’épreuve de modernité : les Dialogues des morts de Fontenelle (1683) Bâtir dit l’un, détruire dit l’autre : la mémoire saturée et l’oubli volontaire « Pompéi ne tombe en ruines que maintenant, depuis qu’elle est exhumée » (Freud, « L’homme aux rats ») Cola di Rienzo, piéton accablé des ruines de Rome, face à la violence sociale des barones urbis Passa-t-il « comme un météore ? » (Tommaso di Carpegna Falconieri, Cola di Rienzo, Rome, Salerno, 2002) L’Anonimo romano : la chronique d’une expérience politique (Chronique. Rome, le temps, le monde et la révolte de Cola di Rienzo, éd. et trad. Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone, Toulouse, 2015) Dunqua, da quale novitate comenzaraio ? Nouvelle et nouveauté : quand l’histoire commence, elle a déjà commencé Rome, 1325, à hauteur d’un regard d’enfant apeuré « Organiser le peuple » : le paradoxe de la pars populi (Igor Mineo) « Je me tiens à l’écart » : écrire l’histoire pour ne pas percevoir « la guerre et les tourments qui se répandent dans tout le pays» Redresser la chronologie : l’expérience politique de Cola di Rienzo dans le contexte des Regimi di Popolo (Jean-Claude Maire Vigueur, L’autre Rome. Une histoire des Romains à l’époque communale (XIIe-XIVe siècle), Paris, 2010) Senza paura : munitiones, ouverture urbanistique et institutions médiévales de l’apaisement Le dictator et le langage d’apparat de l’ars dictaminis (Benoit Grévin, Rhétorique du pouvoir médiéval. Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2008) « Le beau style de la langue de Cola » : un choc émotionnel La parole désarmante : le politique commence quand cesse la mise à mort (Jean-Claude Milner, Pour une politique des êtres parlants. Court traité politique 2, Lagrasse, 2011) « Il s’habillait comme un véritable tyran d’Asie. Déjà il montrait qu’il voulait par la force gouverner en tyran » : l’habit, le moine et la signature « Alors le tribun commença à se faire haïr » : circulation des affects et rétention corporelle Rome, « sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff) : quel miroir de Rome Cola di Rienzo opposait-il à ses concitoyens ? Savoir déchiffrer les reproches que nous font les ruines de la grandeur Renversement, profanation, lisibilité : la Lex de imperio Vespasiani Encore les ruines d’Anna Tsing, là où « peut [se] capter la senteur des communs latents et cet arôme d’automne insaisissable » Encore les ruines de Michel Butor : « Chers amis je vous avise du fin fond du Moyen Âge » Des ruines d’avenir, pour ne pas installer l’Apocalypse à demeure « Bientôt, nous dépassions les rues jaunies par l’éclairage dit urbain, et nous rejoignions nos quartiers de prédilection, c’est-à-dire de naufrage » (Antoine Volodine, Des anges mineurs, Paris, 1999) Le Constructive Reenactment de Robin Collingwood (Alain de Libera, L’Archéologie philosophique, Paris, 2016) L’histoire nous fournit un gisement d’énoncés sous forme de solutions, mais à quelles questions ? Anachronime, feinte et agency : rejouer l’histoire (Rémy Besson, « Le reenactment en question : entretien avec Anne Bénichou », www.entre-temps.net)

05 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales
Feb 07 2019 62 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales Un renversement archéologique : l'invention de Cola di Rienzo Quand Vasari voit en Brunelleschi un voyant davantage qu’un visionnaire L’architecture est une cosa mentale : derrière les ruines, des villes invisibles et des vies potentielles Optimisme constructif et « caractère destructeur » (Walter Benjamin, 1931) : « s’il met tout ce qui existe en ruine, ce n’est pas pour l’amour des ruines, mais pour le chemin qui se dessine entre elles » Freud, la ville et l’entassement des possibles (Malaise dans la civilisation, 1929) : « si nous voulons traduire dans l’espace la succession historique, nous ne pouvons le faire qu’en plaçant spatialement les choses côte à côte ; la même unité de lieu ne tolère point deux contenus différents » L’épreuve de modernité : les Dialogues des morts de Fontenelle (1683) Bâtir dit l’un, détruire dit l’autre : la mémoire saturée et l’oubli volontaire « Pompéi ne tombe en ruines que maintenant, depuis qu’elle est exhumée » (Freud, « L’homme aux rats ») Cola di Rienzo, piéton accablé des ruines de Rome, face à la violence sociale des barones urbis Passa-t-il « comme un météore ? » (Tommaso di Carpegna Falconieri, Cola di Rienzo, Rome, Salerno, 2002) L’Anonimo romano : la chronique d’une expérience politique (Chronique. Rome, le temps, le monde et la révolte de Cola di Rienzo, éd. et trad. Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone, Toulouse, 2015) Dunqua, da quale novitate comenzaraio ? Nouvelle et nouveauté : quand l’histoire commence, elle a déjà commencé Rome, 1325, à hauteur d’un regard d’enfant apeuré « Organiser le peuple » : le paradoxe de la pars populi (Igor Mineo) « Je me tiens à l’écart » : écrire l’histoire pour ne pas percevoir « la guerre et les tourments qui se répandent dans tout le pays» Redresser la chronologie : l’expérience politique de Cola di Rienzo dans le contexte des Regimi di Popolo (Jean-Claude Maire Vigueur, L’autre Rome. Une histoire des Romains à l’époque communale (XIIe-XIVe siècle), Paris, 2010) Senza paura : munitiones, ouverture urbanistique et institutions médiévales de l’apaisement Le dictator et le langage d’apparat de l’ars dictaminis (Benoit Grévin, Rhétorique du pouvoir médiéval. Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2008) « Le beau style de la langue de Cola » : un choc émotionnel La parole désarmante : le politique commence quand cesse la mise à mort (Jean-Claude Milner, Pour une politique des êtres parlants. Court traité politique 2, Lagrasse, 2011) « Il s’habillait comme un véritable tyran d’Asie. Déjà il montrait qu’il voulait par la force gouverner en tyran » : l’habit, le moine et la signature « Alors le tribun commença à se faire haïr » : circulation des affects et rétention corporelle Rome, « sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff) : quel miroir de Rome Cola di Rienzo opposait-il à ses concitoyens ? Savoir déchiffrer les reproches que nous font les ruines de la grandeur Renversement, profanation, lisibilité : la Lex de imperio Vespasiani Encore les ruines d’Anna Tsing, là où « peut [se] capter la senteur des communs latents et cet arôme d’automne insaisissable » Encore les ruines de Michel Butor : « Chers amis je vous avise du fin fond du Moyen Âge » Des ruines d’avenir, pour ne pas installer l’Apocalypse à demeure « Bientôt, nous dépassions les rues jaunies par l’éclairage dit urbain, et nous rejoignions nos quartiers de prédilection, c’est-à-dire de naufrage » (Antoine Volodine, Des anges mineurs, Paris, 1999) Le Constructive Reenactment de Robin Collingwood (Alain de Libera, L’Archéologie philosophique, Paris, 2016) L’histoire nous fournit un gisement d’énoncés sous forme de solutions, mais à quelles questions ? Anachronime, feinte et agency : rejouer l’histoire (Rémy Besson, « Le reenactment en question : entretien avec Anne Bénichou », www.entre-temps.net)



04 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) - VIDEO
Feb 01 2019 92 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

04 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Feb 01 2019 92 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.





04 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales - VIDEO
Jan 31 2019 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales La charpente et l’écharde : retour sur l’étonnement des Japonais face aux missionnaires jésuites « Ils disent aussi qu’il mourut cloué par de mauvais fonctionnaires sur un échafaudage en forme de caractère dix. Comment peut-on appeler maître du Ciel un barbare supplicié ? » (Proclamation faisant suite à l’arrestation de l’association hétérodoxe, 1616 cité par Jacques Gernet, Chine et christianisme. La première confrontation, Paris, 1982) Le pari réussi de Sumitada et l’expérimentation politique des kirishitan daimyô « Le paradoxe du christianisme médiéval comme idéologie est qu’à la fois il sécrète l’écart et permet la résorption de l’écart dans une norme renouvelée […] Ce jeu secrète du doute, de l’insatisfaction, de l’innovation » (Jacques Dalarun, Gouverner c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, 2012) L’histoire des sociétés urbaines de l’Italie communale comme « l’histoire d’une capacité de création, d’une possibilité d’altérité » (Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis. L’Italie de Dante et de Giotto, Paris, 2001) La différence, la répétition et l’esthétisation du pouvoir Des « images-limites » (Jérôme Baschet) aux « situations-limites » « Le champ des énoncés n’est pas un ensemble de plages inertes scandé par des moments féconds ; c’est un domaine qui est de bout en bout actif » (Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, 1969) De la règle de Grandmont aux huit règles d’une grammaire de l’expérimentation politique L’aspiration à la règle de vie : toute expérimentation politique est une expérience existentielle (1) Quand il n’y a rien ni personne à commémorer : un lien qui est de répétition, et non de fondation (2) Aiguiser le sens de la communauté (3) Construire le consensus et isoler la pars minor (4) « Les États ne s’ordonneront jamais sans danger » (Machiavel, Discours sur la première décade de Titre-Live) : le lien de division (5) De l’effraction à l’usure : comment durent les institutions (6) La réversibilité des expériences politiques (7) : la réforme de Rancé, poussée à la limite de l’observance monastique « Ce n’est pas la radicalité de la césure que l’utopie établit avec le monde qui donne en tant que telle la mesure de sa portée protestataire ; c’est la capacité qu’elle conserve d’offrir en même temps à la société qui l’environne le témoignage anticipateur d’une alternative plausible » (Danièle Hervieu-Léger, Le Temps des moines. Clôture et hospitalité, Paris, 2017) Une utopie plausible est susceptible de changer d’échelle (8) La notion de scalabilité (Anna Tsing, Le Champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, trad. fr., Paris, 2017) Sur la capacité de ne pas faire d’histoires : les champignons matsutake nichent dans les ruines d’un rêve « L’Occident médiéval est né sur les ruines du monde romain. Il y a trouvé appui et handicap à la fois. Rome a été sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, 1964) Le temps mis à l’arrêt : « Le monde entier a été par vous Romains transformé en jardin d’agrément » (Ælius Aristide) Pourquoi les choses ne se sont-elles pas passées comme le pensait l’orateur romain ? Le Moyen Âge est un recommencement : « L’histoire recommence du début, mais elle ne se reproduit pas » (Aldo Schiavone, L’Histoire brisée. La Rome antique et l’Occident moderne, trad. fr., Paris, 2003) Milan, 1117 : « l’archevêque et les consuls ont fait installer deux theatra » (Landulf le Jeune, cité par Chris Wickham, Sleepwalking into a New World. The Emergence of Italian City Communes in the Twelfth Century, Princeton, 2015) Rome, 1162 : la rénovation du Sénat et la préservation de la colonne Trajane « tant que durera le monde » Rome, 1431 : l’Urbs fracta « comme un immense cadavre décomposé » (Le Pogge) Humer les « bords broussailleux » des ruines du passé, là où s’invente aussi la capacité des vivants à se fabriquer les uns avec les autres (Anna Tsing) « Mes chers amis. On nous appelle, on crie vers nous, depuis le très grand âge, pour nous dire de ne pas perdre totalement espoir » (Michel Butor, Ruines d’avenir, Arles, 2016).

04 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales
Jan 31 2019 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2018-2019 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Les inventions du politique : expérimentations médiévales La charpente et l’écharde : retour sur l’étonnement des Japonais face aux missionnaires jésuites « Ils disent aussi qu’il mourut cloué par de mauvais fonctionnaires sur un échafaudage en forme de caractère dix. Comment peut-on appeler maître du Ciel un barbare supplicié ? » (Proclamation faisant suite à l’arrestation de l’association hétérodoxe, 1616 cité par Jacques Gernet, Chine et christianisme. La première confrontation, Paris, 1982) Le pari réussi de Sumitada et l’expérimentation politique des kirishitan daimyô « Le paradoxe du christianisme médiéval comme idéologie est qu’à la fois il sécrète l’écart et permet la résorption de l’écart dans une norme renouvelée […] Ce jeu secrète du doute, de l’insatisfaction, de l’innovation » (Jacques Dalarun, Gouverner c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, 2012) L’histoire des sociétés urbaines de l’Italie communale comme « l’histoire d’une capacité de création, d’une possibilité d’altérité » (Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis. L’Italie de Dante et de Giotto, Paris, 2001) La différence, la répétition et l’esthétisation du pouvoir Des « images-limites » (Jérôme Baschet) aux « situations-limites » « Le champ des énoncés n’est pas un ensemble de plages inertes scandé par des moments féconds ; c’est un domaine qui est de bout en bout actif » (Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, 1969) De la règle de Grandmont aux huit règles d’une grammaire de l’expérimentation politique L’aspiration à la règle de vie : toute expérimentation politique est une expérience existentielle (1) Quand il n’y a rien ni personne à commémorer : un lien qui est de répétition, et non de fondation (2) Aiguiser le sens de la communauté (3) Construire le consensus et isoler la pars minor (4) « Les États ne s’ordonneront jamais sans danger » (Machiavel, Discours sur la première décade de Titre-Live) : le lien de division (5) De l’effraction à l’usure : comment durent les institutions (6) La réversibilité des expériences politiques (7) : la réforme de Rancé, poussée à la limite de l’observance monastique « Ce n’est pas la radicalité de la césure que l’utopie établit avec le monde qui donne en tant que telle la mesure de sa portée protestataire ; c’est la capacité qu’elle conserve d’offrir en même temps à la société qui l’environne le témoignage anticipateur d’une alternative plausible » (Danièle Hervieu-Léger, Le Temps des moines. Clôture et hospitalité, Paris, 2017) Une utopie plausible est susceptible de changer d’échelle (8) La notion de scalabilité (Anna Tsing, Le Champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, trad. fr., Paris, 2017) Sur la capacité de ne pas faire d’histoires : les champignons matsutake nichent dans les ruines d’un rêve « L’Occident médiéval est né sur les ruines du monde romain. Il y a trouvé appui et handicap à la fois. Rome a été sa nourriture et sa paralysie » (Jacques Le Goff, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, 1964) Le temps mis à l’arrêt : « Le monde entier a été par vous Romains transformé en jardin d’agrément » (Ælius Aristide) Pourquoi les choses ne se sont-elles pas passées comme le pensait l’orateur romain ? Le Moyen Âge est un recommencement : « L’histoire recommence du début, mais elle ne se reproduit pas » (Aldo Schiavone, L’Histoire brisée. La Rome antique et l’Occident moderne, trad. fr., Paris, 2003) Milan, 1117 : « l’archevêque et les consuls ont fait installer deux theatra » (Landulf le Jeune, cité par Chris Wickham, Sleepwalking into a New World. The Emergence of Italian City Communes in the Twelfth Century, Princeton, 2015) Rome, 1162 : la rénovation du Sénat et la préservation de la colonne Trajane « tant que durera le monde » Rome, 1431 : l’Urbs fracta « comme un immense cadavre décomposé » (Le Pogge) Humer les « bords broussailleux » des ruines du passé, là où s’invente aussi la capacité des vivants à se fabriquer les uns avec les autres (Anna Tsing) « Mes chers amis. On nous appelle, on crie vers nous, depuis le très grand âge, pour nous dire de ne pas perdre totalement espoir » (Michel Butor, Ruines d’avenir, Arles, 2016).

03 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) - VIDEO
Jan 29 2019 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

03 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Jan 29 2019 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.








02 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Jan 23 2019 93 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.



01 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) - VIDEO
Jan 18 2019 95 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

01 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II)
Jan 18 2019 95 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident (II) Année 2018-2019 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.
















































































































































































09 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Mar 19 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Autoreprésentation et Bildpolitik : le pape Boniface VIII et l’accusation d’idolâtrie (Agostino Paravicini-Bagliani) Les légistes de Philippe le Bel, « cruels démolisseurs du Moyen Âge » (Michelet) : histoire d’une dissémination symbolique Du pape Lucius III (m. 1185) à l’archevêque de Milan Ottone Visconti (m. 1295) : le monument funéraire comme expression de la dispute des pouvoirs « Avant même que le siècle ne s’achève, le cheval de Bernabò Visconti se fraya un accès à l’intérieur de l’église » (Erwin Panofsky, La sculpture funéraire, 1992) Nous t’avons vu, Bernabò Visconti : mue seigneuriale et « force de loi » (Jacques Derrida, 1994) Violence conservatrice et violence fondatrice de droit : biffer le nom Bernabò de la généalogie des Visconti ? Fontenelle, Dialogues des morts, 1683 : Erostrate et Démétrios de Phalère. Détruire, dit l’un ; bâtir, dit l’autre « La terre ressemble à de grandes tablettes où chacun veut écrire son nom. Quand ces tablettes sont pleines, il faut bien effacer les noms qui y sont déjà écrits, pour y mettre de nouveaux. Que serait-ce, si tous les monuments des anciens subsistaient ? » La fièvre statuaire de Démétrios de Phalère, le dérèglement du régime des honneurs et la ritualisation de l’outrage aux statues (Vincent Azoulay, « La gloire et l’outrage », Annales HSS, 2009) Les Pasquinades, ou l’éloge oblige des dédicaces parodiques (Faire parler et faire taire les statues, Rome, 2017) La tradition antique des épigrammes latins et les pratiques communales de la dérision : histoires de la vitupération et des vitupérateurs (Jean-Claude Maire Vigueur) Du Jules César de Shakespeare à Hillary Clinton : gouverner en prose, dominer en vers La statue parle : D’oro e d’argento coperto è il barone/Sur un cavallo bello e meraviglioso/E di fin oro si porta sperone/E par pur che sia vivo il valoroso (Matteo da Milano, Lamento funebre du Bernabò Visconti) La valorosa Vipera gentile : développement de la poésie encomiastique autour des Visconti Pourquoi des flatteurs ? Service de légitimation, autonomie et « mise en question critique » (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, 1997) Baccio Bracci, Soldan di Banbilonia e ceterà : quand Bernabò, chasseur impénitent, se transforme en loup-garou (per trasmutarlo d’uomo in bestial forma) De l’éloge de Milan à la gloire des Visconti : le Dittamondo de Fazio degli Uberti Giovanni Visconti come vero pastore e vera luce et la vita salvatica de Bernabò Visconti 1385, la capture du captivant seigneur Antonio Medin et l’invention du Lamento di Bernabò Visconti Complaintes, lyrisme et narration (Michael Fœssel, Le temps de la consolation, 2015) Les Lamenti après les Guerres d’Italie : prosopopée populaire et culture politique italienne (Florence Alazard, Le lamento dans l’Italie de la Renaissance, 2010) Toujours le Lamento di Bernabò Visconti : composition et codicologie (Marco Limongelli) Force et justice dans la « triste aventure » de Bernabò : de maiore sangue è manifesto/fe granda iustitia, como se rexona Un buongoverno de la seigneurie ? Le précédent de l’éloge funéraire de Giovanni Visconti par Gabriele Zamorei da Parma, felicis domini, magnusque potensque tyrampnus (Andrea Gamberini, « Orgogliosamente tiranni », dans Andrea Zorzi dir., Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, 2013) La requalification juridique de la notion de tyrannie d’après Bartolo da Sassoferrato (Diego Quaglioni) Les Florentins doivent-ils fêter la mort de Bernabò Visconti ? Les dilemmes de Coluccio Salutati et les ambiguïtés de la florentina libertas Les féroces chansons de Franco Sacchetti contre Bernabò Visconti : Più che Nembrot superbo, e più crudele/che non fu mai Galicola o Nerone Nemrod, le pouvoir cynégétique et l’envers monstrueux du pouvoir pastoral (Grégoire Chamayou, Les chasses à l’homme, 2010) « Bien qu’il fut cruel, il y avait dans ses cruautés une grande part de justice » : Franco Sacchetti et la novellisation de Bernabò Visconti.

09 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Mar 19 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Autoreprésentation et Bildpolitik : le pape Boniface VIII et l’accusation d’idolâtrie (Agostino Paravicini-Bagliani) Les légistes de Philippe le Bel, « cruels démolisseurs du Moyen Âge » (Michelet) : histoire d’une dissémination symbolique Du pape Lucius III (m. 1185) à l’archevêque de Milan Ottone Visconti (m. 1295) : le monument funéraire comme expression de la dispute des pouvoirs « Avant même que le siècle ne s’achève, le cheval de Bernabò Visconti se fraya un accès à l’intérieur de l’église » (Erwin Panofsky, La sculpture funéraire, 1992) Nous t’avons vu, Bernabò Visconti : mue seigneuriale et « force de loi » (Jacques Derrida, 1994) Violence conservatrice et violence fondatrice de droit : biffer le nom Bernabò de la généalogie des Visconti ? Fontenelle, Dialogues des morts, 1683 : Erostrate et Démétrios de Phalère. Détruire, dit l’un ; bâtir, dit l’autre « La terre ressemble à de grandes tablettes où chacun veut écrire son nom. Quand ces tablettes sont pleines, il faut bien effacer les noms qui y sont déjà écrits, pour y mettre de nouveaux. Que serait-ce, si tous les monuments des anciens subsistaient ? » La fièvre statuaire de Démétrios de Phalère, le dérèglement du régime des honneurs et la ritualisation de l’outrage aux statues (Vincent Azoulay, « La gloire et l’outrage », Annales HSS, 2009) Les Pasquinades, ou l’éloge oblige des dédicaces parodiques (Faire parler et faire taire les statues, Rome, 2017) La tradition antique des épigrammes latins et les pratiques communales de la dérision : histoires de la vitupération et des vitupérateurs (Jean-Claude Maire Vigueur) Du Jules César de Shakespeare à Hillary Clinton : gouverner en prose, dominer en vers La statue parle : D’oro e d’argento coperto è il barone/Sur un cavallo bello e meraviglioso/E di fin oro si porta sperone/E par pur che sia vivo il valoroso (Matteo da Milano, Lamento funebre du Bernabò Visconti) La valorosa Vipera gentile : développement de la poésie encomiastique autour des Visconti Pourquoi des flatteurs ? Service de légitimation, autonomie et « mise en question critique » (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, 1997) Baccio Bracci, Soldan di Banbilonia e ceterà : quand Bernabò, chasseur impénitent, se transforme en loup-garou (per trasmutarlo d’uomo in bestial forma) De l’éloge de Milan à la gloire des Visconti : le Dittamondo de Fazio degli Uberti Giovanni Visconti come vero pastore e vera luce et la vita salvatica de Bernabò Visconti 1385, la capture du captivant seigneur Antonio Medin et l’invention du Lamento di Bernabò Visconti Complaintes, lyrisme et narration (Michael Fœssel, Le temps de la consolation, 2015) Les Lamenti après les Guerres d’Italie : prosopopée populaire et culture politique italienne (Florence Alazard, Le lamento dans l’Italie de la Renaissance, 2010) Toujours le Lamento di Bernabò Visconti : composition et codicologie (Marco Limongelli) Force et justice dans la « triste aventure » de Bernabò : de maiore sangue è manifesto/fe granda iustitia, como se rexona Un buongoverno de la seigneurie ? Le précédent de l’éloge funéraire de Giovanni Visconti par Gabriele Zamorei da Parma, felicis domini, magnusque potensque tyrampnus (Andrea Gamberini, « Orgogliosamente tiranni », dans Andrea Zorzi dir., Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, 2013) La requalification juridique de la notion de tyrannie d’après Bartolo da Sassoferrato (Diego Quaglioni) Les Florentins doivent-ils fêter la mort de Bernabò Visconti ? Les dilemmes de Coluccio Salutati et les ambiguïtés de la florentina libertas Les féroces chansons de Franco Sacchetti contre Bernabò Visconti : Più che Nembrot superbo, e più crudele/che non fu mai Galicola o Nerone Nemrod, le pouvoir cynégétique et l’envers monstrueux du pouvoir pastoral (Grégoire Chamayou, Les chasses à l’homme, 2010) « Bien qu’il fut cruel, il y avait dans ses cruautés une grande part de justice » : Franco Sacchetti et la novellisation de Bernabò Visconti.



08 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Mar 18 2018 62 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Du passé, nous sommes séparés, alors pourquoi écrire l’histoire ? (Levent Yilmaz, Le temps moderne, 2014) Le point de bascule machiavélien du chapitre 15 : « aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon et d’un user et de n’en pas user, selon la nécessité » Du De principatibus au Prince, de la typologie de la production sociale des états à l’anthropologie de l’exercice du pouvoir Entre les anciens et les modernes, entre « la continuelle lecture des antiques » et « l’expérience des choses modernes », le passé moyen L’irruption d’un nom : « Il est aussi très avantageux pour un prince de donner de rares exemples de lui-même pour le gouvernement des choses du dedans (a’ governi di dentro) — semblables à ceux que l’on raconte à propos de messire Bernabò de Milan ; quand il en a l’occasion, lorsque quelqu’un fait quelque chose d’extraordinaire, ou en bien ou en mal, dans la vie civile, il doit choisir une façon de le récompenser ou de le punir dont on sera amené à beaucoup parler » On raconte qu’il savait faire parler de lui : le hors-champ narratif de la novellistica Grands hommes et uomini grandi : dans les Histoires florentines, « messire Bernabò » nomme le temps moyen de l’action politique Une étude de cas classique ? Tenter d’approcher une figure historique pour prendre la mesure de ses reconfigurations par la fiction politique Dévisager le tyran, 1 : de quelle profonde entaille se creuse le sourire de Cangrande della Scala ? Dévisager le tyran, 2 : droit, sévère, majestueux et martial, Bernabò Visconti sculpté par Bonino da Campione Monuments funéraires et triomphes politiques, ou l’axe Milan-Vérone L’enracinement dynastique, le blason et le portrait (Hans Belting) La biscione des Visconti : la guivre et l’horizon onirique de la croisade (Paolo Zaninetta, Il potere raffigurato, 2013) Du serpent à la vipère : histoire d’une mue symbolique La vipera che i Melanesi accampa (Dante, Purg, VIII, 80), l’enfant recraché ou avalé : encore le pouvoir cannibale Les serpentina machinatione du sens, ou la politique ondoyante des Milanais Souffrir m’estuet : animal totémique et devise de Bernabò Visconti (Laurent Hablot) À la tête d’une cavalcade seigneuriale, de l’effigie équestre du podestat Oldrado di Tresseno (1233) à la statue perdue d’Azzone Visconti, seigneur de Milan (1329-1339) Chevaux modernes, chevaux antiques : le Regisole de Pavie, « une statue équestre en bronze recouverte d’or, au sommet du forum, qui semble gravir à vive allure le sommet de la colline » (Pétrarque, Seniles, 5, 1) Le cheval de Bernabò, un « portrait de museau » (Armelle Fémelat) L’enluminure lombarde et le traitement naturaliste du réel : du Tacuinum sanitatis (BnF, Nouv. acq. lat. 1673) au Guiron le courtois (BnF, Nouv. acq. fr. 5243) Le mécénat de Bernabò Visconti et la culture courtoise européenne (Kay Sutton) Charles Borromée face au monument funéraire de Bernabò Visconti dans l’église San Giovanni in Conca en 1567 : le tombeau comme provocation Son lieu : la rocca seigneuriale en tant que recinto sacro, brève histoire d’une transgression urbanistique L’incertaine mémoire topographique de la Cà di can, palais de Bernabò Visconti à Milan Une reconstitution archivistique et archéologique de l’implantation palatiale des Visconti à Milan : la morsure seigneuriale (Edoardo Rossetti, « In “contrata de Vicecomitibus”… », dans Pier Nicola Pagliara et Serena Romano dir. Modernamente anichi…, Rome, 2014) Pietro Azario, Chronicon de gestis principum Vicecomitum (avant 1363) « […] ac a lateribus stipatum, statuis referentibus eius iustitiam et fortitudinem, quibus virtutibus innixus regit ; eamque statuam locauit in superficie altaris maioris » Galeazzo II et Bernabò Visconti, deux styles de gouvernement : par la norme et par la grâce (Andrea Gamberini, La città assediata, Rome, 2003) Plenitudo potestatis ou plenitudo honestatis ? (Nadia Covini, “La balanza dritta”, Milan, 2007) Force de loi : les deux allégories féminines de la force et de la justice sont moins en tension qu’en soutien Non pas une étude de cas, mais l’étude d’un cas.


08 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Mar 18 2018 62 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Du passé, nous sommes séparés, alors pourquoi écrire l’histoire ? (Levent Yilmaz, Le temps moderne, 2014) Le point de bascule machiavélien du chapitre 15 : « aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon et d’un user et de n’en pas user, selon la nécessité » Du De principatibus au Prince, de la typologie de la production sociale des états à l’anthropologie de l’exercice du pouvoir Entre les anciens et les modernes, entre « la continuelle lecture des antiques » et « l’expérience des choses modernes », le passé moyen L’irruption d’un nom : « Il est aussi très avantageux pour un prince de donner de rares exemples de lui-même pour le gouvernement des choses du dedans (a’ governi di dentro) — semblables à ceux que l’on raconte à propos de messire Bernabò de Milan ; quand il en a l’occasion, lorsque quelqu’un fait quelque chose d’extraordinaire, ou en bien ou en mal, dans la vie civile, il doit choisir une façon de le récompenser ou de le punir dont on sera amené à beaucoup parler » On raconte qu’il savait faire parler de lui : le hors-champ narratif de la novellistica Grands hommes et uomini grandi : dans les Histoires florentines, « messire Bernabò » nomme le temps moyen de l’action politique Une étude de cas classique ? Tenter d’approcher une figure historique pour prendre la mesure de ses reconfigurations par la fiction politique Dévisager le tyran, 1 : de quelle profonde entaille se creuse le sourire de Cangrande della Scala ? Dévisager le tyran, 2 : droit, sévère, majestueux et martial, Bernabò Visconti sculpté par Bonino da Campione Monuments funéraires et triomphes politiques, ou l’axe Milan-Vérone L’enracinement dynastique, le blason et le portrait (Hans Belting) La biscione des Visconti : la guivre et l’horizon onirique de la croisade (Paolo Zaninetta, Il potere raffigurato, 2013) Du serpent à la vipère : histoire d’une mue symbolique La vipera che i Melanesi accampa (Dante, Purg, VIII, 80), l’enfant recraché ou avalé : encore le pouvoir cannibale Les serpentina machinatione du sens, ou la politique ondoyante des Milanais Souffrir m’estuet : animal totémique et devise de Bernabò Visconti (Laurent Hablot) À la tête d’une cavalcade seigneuriale, de l’effigie équestre du podestat Oldrado di Tresseno (1233) à la statue perdue d’Azzone Visconti, seigneur de Milan (1329-1339) Chevaux modernes, chevaux antiques : le Regisole de Pavie, « une statue équestre en bronze recouverte d’or, au sommet du forum, qui semble gravir à vive allure le sommet de la colline » (Pétrarque, Seniles, 5, 1) Le cheval de Bernabò, un « portrait de museau » (Armelle Fémelat) L’enluminure lombarde et le traitement naturaliste du réel : du Tacuinum sanitatis (BnF, Nouv. acq. lat. 1673) au Guiron le courtois (BnF, Nouv. acq. fr. 5243) Le mécénat de Bernabò Visconti et la culture courtoise européenne (Kay Sutton) Charles Borromée face au monument funéraire de Bernabò Visconti dans l’église San Giovanni in Conca en 1567 : le tombeau comme provocation Son lieu : la rocca seigneuriale en tant que recinto sacro, brève histoire d’une transgression urbanistique L’incertaine mémoire topographique de la Cà di can, palais de Bernabò Visconti à Milan Une reconstitution archivistique et archéologique de l’implantation palatiale des Visconti à Milan : la morsure seigneuriale (Edoardo Rossetti, « In “contrata de Vicecomitibus”… », dans Pier Nicola Pagliara et Serena Romano dir. Modernamente anichi…, Rome, 2014) Pietro Azario, Chronicon de gestis principum Vicecomitum (avant 1363) « […] ac a lateribus stipatum, statuis referentibus eius iustitiam et fortitudinem, quibus virtutibus innixus regit ; eamque statuam locauit in superficie altaris maioris » Galeazzo II et Bernabò Visconti, deux styles de gouvernement : par la norme et par la grâce (Andrea Gamberini, La città assediata, Rome, 2003) Plenitudo potestatis ou plenitudo honestatis ? (Nadia Covini, “La balanza dritta”, Milan, 2007) Force de loi : les deux allégories féminines de la force et de la justice sont moins en tension qu’en soutien Non pas une étude de cas, mais l’étude d’un cas.


































07 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Feb 23 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Les fake news sont de fausses nouvelles : premier bilan d’étape La circulation des fictions transmédiatiques et la novellisation (Matthieu Letourneux, Fictions à la chaine. Littératures sérielles et culture médiatique, 2017) Ceux qui gagnent (The West Wing), ceux qui perdent (The Wire) : en quoi la fiction politique est-elle politique ? La Novellisation, « genre contaminée » (Jan Baetens, Poétique, 2004) : produits dérivés, auctorialité dégradée Novella, jeune pousse et avvenimenti : l’événement est ce qui advient à ce qui est advenu (Pierre Laborie) La fiction politique éclaire l’actualité, c’est-à-dire ce que nous sommes en train de devenir « Que porai-je de nouvel dire ? » (Froissart, Froissart Le Joli Buisson de Jonece) : la tristesse du déjà-dit (Jacqueline Cerquiglini-Toulet, La couleur de la mélancolie. La fréquentation des livres au XIVe siècle, 1991) Nouvelle, cri, rumeur et clameur : quand le jeune plant renouvelle le champ de la littérature (Nelly Labère, Défricher le jeune plant. Étude du genre de la nouvelle au Moyen Âge, 2006) Quatre impératifs pour la nouvelle : vérité, exemplarité, oralité, actualité Réactualiser la fraiche mémoire, dévoiler l’obscène Des Cent Nouvelles Nouvelles bourguignonnes (1462) à l’Heptaméron de Marguerite de Navarre (1545), ou comment désenchanter le grand récit de la Renaissance française Ce qui fait le genre : migrations textuelles (Roger Chartier) et architextualité (Gérard Genette), le cas des Mystères urbains Qu’est-ce qu’une chute ? La production du novus Boccace et les formes médiévales de la brevitas : Cento novelle, o favole o parabole o istorie che dire le vogliamo « Ce sont donc les hommes de condition moyenne (di mezzano stato) qui seront notre objet » (Francesco Bonciani, Leçon sur la composition des nouvelles, 1574) Le motto comme facétie ascendante, la beffa comme farce condescendante Le fourreur Ganfo dans la nouvelle de Sercambi, ou la fragilité ontologique des faibles : Va via, tu se’ morto Le survivant au pouvoir : la novellisation des dominants comme une altération qui n’affaiblit pas Une ascension sociale contrariée, puis châtiée : le cas de Giovanni Gherardi da Prato, novelliere novellisé Le passé sédimenté du Paradis des Alberti : 1425, 1389, 1350, 1258 « Aujourd’hui, ces seigneurs sont devenus des tyrans cruels » (Décaméron, X, 7) « Il n’est pas utile de raconter ce qu’il en fut de la venimeuse et pestifère rage qui dressa les Guelfes contre les Gibelins dans les temps passés, puisque, de nos jours encore, on peut voir, à travers toute l’Italie, les traces et les vestiges… » (Giovanni Gherardi da Prato, Le Paradis des Alberti) L’acquettino, ou l’insurrection poétique contre l’humanisme civique (Antonio Lanza, Polemiche e berte letterarie nella Firenze del primo Quattrocento, 1971) « Car ça commence toujours avant… » : le Novellino, ou Libro di novelle e di bel parlar gentile La profondeur du temps passé, l’horizon rêvé du bon gouvernement Potente imperadore Federigo : deux Frédéric, un seul spectre impérial « Dire combien il fut craint serait une grande affaire : bien des gens le savent » (Novellino, 84), Ezzelino da Romano, ou les origines sanglantes et grotesques de la tyrannie « Messire Ezzelino avait à son service un conteur auquel il faisait conter des histoires pendant des longues nuits d’hiver » (Novellino, 31) Walter Benjamin, « Le conteur » (1936), et la chute du cours de l’expérience : chaque information n’a de valeur « qu’à l’instant où elle est nouvelle » mais il n’en est pas de même du récit, « il ne se livre pas » Une lecture poétique et politique de Dante, Ossip Mandelstam et le chant 33 de l’Enfer, « …une de ces délicieuses horreurs qu’on se marmonne avec contentement… » Les deux agonies d’Ugolin, ou l’indétermination du politique : « dans les ténèbres de la tour de la Faim, Ugolin dévore ou ne dévore pas tous ses cadavres aimés, et cette oscillante imprécision, cette incertitude, est l’étrange matière dont il est fait. Ainsi l’a rêvé Dante, avec deux agonies possibles, et ainsi le rêveront des générations à venir » (Borgès, Neuf essais sur Dante) Machiavel, lui aussi, face à l’indétermination des temps : frapper les esprits par quelques « rares exemples de lui-même, semblables à ceux que l’on raconte à propos de messire Bernabò de Milan » (Le Prince, 21).


07 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Feb 23 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Les fake news sont de fausses nouvelles : premier bilan d’étape La circulation des fictions transmédiatiques et la novellisation (Matthieu Letourneux, Fictions à la chaine. Littératures sérielles et culture médiatique, 2017) Ceux qui gagnent (The West Wing), ceux qui perdent (The Wire) : en quoi la fiction politique est-elle politique ? La Novellisation, « genre contaminée » (Jan Baetens, Poétique, 2004) : produits dérivés, auctorialité dégradée Novella, jeune pousse et avvenimenti : l’événement est ce qui advient à ce qui est advenu (Pierre Laborie) La fiction politique éclaire l’actualité, c’est-à-dire ce que nous sommes en train de devenir « Que porai-je de nouvel dire ? » (Froissart, Froissart Le Joli Buisson de Jonece) : la tristesse du déjà-dit (Jacqueline Cerquiglini-Toulet, La couleur de la mélancolie. La fréquentation des livres au XIVe siècle, 1991) Nouvelle, cri, rumeur et clameur : quand le jeune plant renouvelle le champ de la littérature (Nelly Labère, Défricher le jeune plant. Étude du genre de la nouvelle au Moyen Âge, 2006) Quatre impératifs pour la nouvelle : vérité, exemplarité, oralité, actualité Réactualiser la fraiche mémoire, dévoiler l’obscène Des Cent Nouvelles Nouvelles bourguignonnes (1462) à l’Heptaméron de Marguerite de Navarre (1545), ou comment désenchanter le grand récit de la Renaissance française Ce qui fait le genre : migrations textuelles (Roger Chartier) et architextualité (Gérard Genette), le cas des Mystères urbains Qu’est-ce qu’une chute ? La production du novus Boccace et les formes médiévales de la brevitas : Cento novelle, o favole o parabole o istorie che dire le vogliamo « Ce sont donc les hommes de condition moyenne (di mezzano stato) qui seront notre objet » (Francesco Bonciani, Leçon sur la composition des nouvelles, 1574) Le motto comme facétie ascendante, la beffa comme farce condescendante Le fourreur Ganfo dans la nouvelle de Sercambi, ou la fragilité ontologique des faibles : Va via, tu se’ morto Le survivant au pouvoir : la novellisation des dominants comme une altération qui n’affaiblit pas Une ascension sociale contrariée, puis châtiée : le cas de Giovanni Gherardi da Prato, novelliere novellisé Le passé sédimenté du Paradis des Alberti : 1425, 1389, 1350, 1258 « Aujourd’hui, ces seigneurs sont devenus des tyrans cruels » (Décaméron, X, 7) « Il n’est pas utile de raconter ce qu’il en fut de la venimeuse et pestifère rage qui dressa les Guelfes contre les Gibelins dans les temps passés, puisque, de nos jours encore, on peut voir, à travers toute l’Italie, les traces et les vestiges… » (Giovanni Gherardi da Prato, Le Paradis des Alberti) L’acquettino, ou l’insurrection poétique contre l’humanisme civique (Antonio Lanza, Polemiche e berte letterarie nella Firenze del primo Quattrocento, 1971) « Car ça commence toujours avant… » : le Novellino, ou Libro di novelle e di bel parlar gentile La profondeur du temps passé, l’horizon rêvé du bon gouvernement Potente imperadore Federigo : deux Frédéric, un seul spectre impérial « Dire combien il fut craint serait une grande affaire : bien des gens le savent » (Novellino, 84), Ezzelino da Romano, ou les origines sanglantes et grotesques de la tyrannie « Messire Ezzelino avait à son service un conteur auquel il faisait conter des histoires pendant des longues nuits d’hiver » (Novellino, 31) Walter Benjamin, « Le conteur » (1936), et la chute du cours de l’expérience : chaque information n’a de valeur « qu’à l’instant où elle est nouvelle » mais il n’en est pas de même du récit, « il ne se livre pas » Une lecture poétique et politique de Dante, Ossip Mandelstam et le chant 33 de l’Enfer, « …une de ces délicieuses horreurs qu’on se marmonne avec contentement… » Les deux agonies d’Ugolin, ou l’indétermination du politique : « dans les ténèbres de la tour de la Faim, Ugolin dévore ou ne dévore pas tous ses cadavres aimés, et cette oscillante imprécision, cette incertitude, est l’étrange matière dont il est fait. Ainsi l’a rêvé Dante, avec deux agonies possibles, et ainsi le rêveront des générations à venir » (Borgès, Neuf essais sur Dante) Machiavel, lui aussi, face à l’indétermination des temps : frapper les esprits par quelques « rares exemples de lui-même, semblables à ceux que l’on raconte à propos de messire Bernabò de Milan » (Le Prince, 21).



06 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Feb 19 2018 97 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 a référence à un « nouvel ordre » est double. Il s’agit avant tout d’un phénomène lié aux événements politiques qui suivirent la période napoléonienne, en particulier au Congrès de Vienne (1815) dont l’objectif premier était de rétablir l’équilibre des puissances d’avant 1789 dans le but avoué d’effacer et de prévenir les mouvements nationalistes, sécessionnistes ou unificateurs et de tout soulèvement populaire jugé déstabilisant pour le système ainsi instauré. L’Empire ottoman, qui parvint à se tenir à l’écart des principaux conflits napoléoniens, ne participa pas au congrès mais en fut un des objets, notamment par la défense de son intégrité territoriale contre les mouvements indépendantistes des Balkans. Pourtant, la rébellion grecque de 1821 qui prit bientôt des proportions de guerre d’indépendance révéla le caractère éphémère de ces résolutions. Après des années de neutralité plus ou moins bienveillante, avec la bataille de Navarin (1827) les puissances européennes finirent par intervenir en faveur des insurgés, menant ainsi à la première entorse au système par la création d’une Grèce indépendante. La notion de « nouvel ordre » est aussi un rappel du terme utilisé par Selim III pour décrire son programme de réforme fiscale et militaire, le Nizam-ı Cedid. Les Nouveaux règlements de l’Empire ottoman de Mahmud Raif Efendi (1798) en étaient un excellent exemple. Toutefois, ce « nouvel ordre » fut aussi la cause d’une réaction menée notamment par les janissaires qui, se sentant menacés par le projet d’une nouvelle armée, s’insurgèrent et obtinrent la destitution de Selim III en 1807 et l’assassinèrent l’année suivante lors de la contrerévolution qui mit le jeune Mahmud II sur le trône. On comprend que, malgré des velléités de continuer l’œuvre de son cousin Selim III, ce dernier ait évité la moindre référence au terme « maudit » qui avait causé sa perte. Le système politique ottoman reposait alors sur un pouvoir central et deux principaux contrepouvoirs : les notables provinciaux (ayan) et le corps des janissaires (yeniçeri ocağı). Les ayan devaient leur puissance à un capital politique, social et économique local, notamment à travers l’agriculture et les fermes fiscales. Le corps des janissaires, créé dès le XIVe siècle comme une milice d’esclaves, dans la logique de l’idéal ottoman des administrateurs et militaires issus du devşirme (levée d’enfants chrétiens des territoires conquis), s’était « embourgeoisé », s’intégrant de plus en plus dans la société et l’économie urbaines, ce qui le rendait encore plus redoutable aux yeux du palais. Mahmud II signera en 1808 le « pacte d’alliance » (Sened-i İttifak) avec les principaux ayan, reconnaissant par là leur statut en échange de leur soutien. Néanmoins, quelques années plus tard, il s’engagera dans une politique visant à réduire l’autorité et l’autonomie de ces magnats des provinces. Ce n’est que bien plus tard qu’il osera enfin à s’attaquer aux janissaires, cette fois-ci de manière décisive. L’« heureux événement » (Vak’a-i Hayriyye) du 16 juin 1826 anéantira manu militari des janissaires, bannissant jusqu’à la mémoire de ce corps et de ceux qui lui étaient affiliés. La destruction de janissaires eut lieu en plein milieu du long conflit qui opposa l’État aux insurgés grecs, de 1821 à la constitution d’un État grec indépendant en 1830. Ce qui avait commencé comme une simple rébellion s’était rapidement teinté d’idéologie et de politique internationale. Si les puissances européennes se tinrent d’abord à l’écart de la question, l’opinion publique en Europe, motivée par le philhellénisme, prit rapidement la défense de la cause grecque. Les massacres de l’île de Chio (1822) et la chute de Missolonghi (1826) ne firent qu’accroître ce phénomène, exacerbé par la présence de nombreux volontaires européens venus défendre, l’arme au poing, une Grèce de plus en plus idéalisée. Pour les Ottomans, c’est la découverte d’une solidarité entre l’Europe et les Grecs dont les fondements idéologiques et sentimentaux paraissent surprenants. La documentation concernant la citadelle d’Athènes (l’Acropole) pendant le siège de la ville par les troupes ottomanes en 1826 illustre particulièrement bien la manière dont les Ottomans sont amenés à découvrir l’importance d’une idéologie européenne qui ne leur était guère familière. Dans le cadre de la chaire Histoire turque et ottomane, une journée d’étude consacrée à l’histoire de l’archéologie phénicienne au XIXe siècle aura lieu le mardi 22 mai 2018. Des spécialistes se réuniront pour débattre des fouilles effectuées à Sidon, des objets transférés aux musées d’Istanbul (Musée impérial, aujourd’hui Musée archéologique) et de Paris (Musée du Louvre) ainsi que des principaux acteurs locaux, ottomans et français ayant joué un rôle dans cet épisode de l’archéologie orientale : Ernest Renan, Osman Hamdi Bey, Alphonse, Edmond et Joseph-Ange Durighello… Parmi les participants pressentis figurent Elisabeth Fontan (Louvre), Hélène Le Meaux (Louvre), Françoise Briquel-Chatonnet (CNRS), Pierre Briant (Collège de France), Hareth Boustany (Université libanaise), Bénédicte Savoy (Collège de France), Henry Laurens (Collège de France). L’artiste libanais Akram Zaatari interviendra sur les fouilles de 1887 et sur les sarcophages de Tabnit (Istanbul) et d’Achmounazar (Paris). Le cours sur « L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident » reprendra en janvier 2019, vraisemblablement le vendredi 11 de 14h00 à 15h30.

06 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Feb 19 2018 97 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 a référence à un « nouvel ordre » est double. Il s’agit avant tout d’un phénomène lié aux événements politiques qui suivirent la période napoléonienne, en particulier au Congrès de Vienne (1815) dont l’objectif premier était de rétablir l’équilibre des puissances d’avant 1789 dans le but avoué d’effacer et de prévenir les mouvements nationalistes, sécessionnistes ou unificateurs et de tout soulèvement populaire jugé déstabilisant pour le système ainsi instauré. L’Empire ottoman, qui parvint à se tenir à l’écart des principaux conflits napoléoniens, ne participa pas au congrès mais en fut un des objets, notamment par la défense de son intégrité territoriale contre les mouvements indépendantistes des Balkans. Pourtant, la rébellion grecque de 1821 qui prit bientôt des proportions de guerre d’indépendance révéla le caractère éphémère de ces résolutions. Après des années de neutralité plus ou moins bienveillante, avec la bataille de Navarin (1827) les puissances européennes finirent par intervenir en faveur des insurgés, menant ainsi à la première entorse au système par la création d’une Grèce indépendante. La notion de « nouvel ordre » est aussi un rappel du terme utilisé par Selim III pour décrire son programme de réforme fiscale et militaire, le Nizam-ı Cedid. Les Nouveaux règlements de l’Empire ottoman de Mahmud Raif Efendi (1798) en étaient un excellent exemple. Toutefois, ce « nouvel ordre » fut aussi la cause d’une réaction menée notamment par les janissaires qui, se sentant menacés par le projet d’une nouvelle armée, s’insurgèrent et obtinrent la destitution de Selim III en 1807 et l’assassinèrent l’année suivante lors de la contrerévolution qui mit le jeune Mahmud II sur le trône. On comprend que, malgré des velléités de continuer l’œuvre de son cousin Selim III, ce dernier ait évité la moindre référence au terme « maudit » qui avait causé sa perte. Le système politique ottoman reposait alors sur un pouvoir central et deux principaux contrepouvoirs : les notables provinciaux (ayan) et le corps des janissaires (yeniçeri ocağı). Les ayan devaient leur puissance à un capital politique, social et économique local, notamment à travers l’agriculture et les fermes fiscales. Le corps des janissaires, créé dès le XIVe siècle comme une milice d’esclaves, dans la logique de l’idéal ottoman des administrateurs et militaires issus du devşirme (levée d’enfants chrétiens des territoires conquis), s’était « embourgeoisé », s’intégrant de plus en plus dans la société et l’économie urbaines, ce qui le rendait encore plus redoutable aux yeux du palais. Mahmud II signera en 1808 le « pacte d’alliance » (Sened-i İttifak) avec les principaux ayan, reconnaissant par là leur statut en échange de leur soutien. Néanmoins, quelques années plus tard, il s’engagera dans une politique visant à réduire l’autorité et l’autonomie de ces magnats des provinces. Ce n’est que bien plus tard qu’il osera enfin à s’attaquer aux janissaires, cette fois-ci de manière décisive. L’« heureux événement » (Vak’a-i Hayriyye) du 16 juin 1826 anéantira manu militari des janissaires, bannissant jusqu’à la mémoire de ce corps et de ceux qui lui étaient affiliés. La destruction de janissaires eut lieu en plein milieu du long conflit qui opposa l’État aux insurgés grecs, de 1821 à la constitution d’un État grec indépendant en 1830. Ce qui avait commencé comme une simple rébellion s’était rapidement teinté d’idéologie et de politique internationale. Si les puissances européennes se tinrent d’abord à l’écart de la question, l’opinion publique en Europe, motivée par le philhellénisme, prit rapidement la défense de la cause grecque. Les massacres de l’île de Chio (1822) et la chute de Missolonghi (1826) ne firent qu’accroître ce phénomène, exacerbé par la présence de nombreux volontaires européens venus défendre, l’arme au poing, une Grèce de plus en plus idéalisée. Pour les Ottomans, c’est la découverte d’une solidarité entre l’Europe et les Grecs dont les fondements idéologiques et sentimentaux paraissent surprenants. La documentation concernant la citadelle d’Athènes (l’Acropole) pendant le siège de la ville par les troupes ottomanes en 1826 illustre particulièrement bien la manière dont les Ottomans sont amenés à découvrir l’importance d’une idéologie européenne qui ne leur était guère familière. Dans le cadre de la chaire Histoire turque et ottomane, une journée d’étude consacrée à l’histoire de l’archéologie phénicienne au XIXe siècle aura lieu le mardi 22 mai 2018. Des spécialistes se réuniront pour débattre des fouilles effectuées à Sidon, des objets transférés aux musées d’Istanbul (Musée impérial, aujourd’hui Musée archéologique) et de Paris (Musée du Louvre) ainsi que des principaux acteurs locaux, ottomans et français ayant joué un rôle dans cet épisode de l’archéologie orientale : Ernest Renan, Osman Hamdi Bey, Alphonse, Edmond et Joseph-Ange Durighello… Parmi les participants pressentis figurent Elisabeth Fontan (Louvre), Hélène Le Meaux (Louvre), Françoise Briquel-Chatonnet (CNRS), Pierre Briant (Collège de France), Hareth Boustany (Université libanaise), Bénédicte Savoy (Collège de France), Henry Laurens (Collège de France). L’artiste libanais Akram Zaatari interviendra sur les fouilles de 1887 et sur les sarcophages de Tabnit (Istanbul) et d’Achmounazar (Paris). Le cours sur « L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident » reprendra en janvier 2019, vraisemblablement le vendredi 11 de 14h00 à 15h30.








06 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Feb 13 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « La fresque est tombée en cet endroit et je ne serais qu’un plat romancier […] si j’entreprenais d’y suppléer » (Stendhal, La vie d’Henry Brulard) Le « Triomphe de la mort » du Camposanto de Pise, « leçon de ténèbres » Buffalmacco, l’auteur retrouvé : un personnage avant d’être un créateur (Luciano Bellosi) De l’art de convertir un déclassement en « fronde expressionniste » (Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg, « Domination symbolique et géographie artistique dans l’histoire de l’art italien », Actes de la recherche en science sociale, 1981) « Traverser l’effroi », à rebours : on n’y voit moins le « sentiment de culpabilité » d’après 1348 (Millard Meiss) que « l’inculpation généralisée » (Pierre Legendre) Le royaume de Satan et l’Enfer de Dante : quand la justice des hommes anticipe le Jugement dernier (Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà, Rome, 1993) Trois contemporains, Buffalmacco, Lorenzetti et Villani : la timor et « L’angoscia delle repubbliche » (Andrea Zorzi) Le seigneur est mortel, la seigneurie n’est ni certaine, ni fatale, ni définitive : Castruccio Castacani parmi les beaux jeunes gens frappés par la faucheuse Mémoire fictionnelle, oubli historique : quand un souvenir se substitue à un autre Buffalmacco et Bruno, « compagnons inséparables » (Décameron, VIII, 9) contre Calandrino « bonhomme simplet et fantasque (Décameron, VIII, 3) « Buonamico, fils de Cristofano, dit Buffalmacco, peintre florentin, élève d’Andrea Tafi, doit au Décameron de Boccace sa célébrité de bon plaisant » (Giorgio Vasari, Le Vite…, 1568) Vasari novelliere et Vincenzo Borghini : « d’après ce que nous en dit Franco Sacchetti » Guido Tarlati et son singe : l’imitateur imité, l’inversion des signes Le Massacre des innocents de Buffalmacco, ou la transsubstantiation par la peinture (Norman Land, Renaissance Quaterly, 2005) Lire les Vite de Vasari comme un texte littéraire pour restaurer sa capacité de description sociale (Paul Barolsky, Why Mona Lisa Smiles and Other Tales by Vasari, 1993) Déplacer l’enquête vers l’individuation et la sociologie implicite (Jacques Dubois, Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal, 2018) L’exercice des métiers dans la novellistica : l’ouvrier Agnolo chez Sacchetti et le briquetier Grillo chez Sercambi Une burla de Buffalmacco : le peintre et ses voisins bruyants dans le Trecentonovelle « Buonamicco était peintre à son compte et désireux de dormir ou de veiller en choisissant son temps, car il entendait exercer son art, maintenant qu’il était son propre maître, autrement que quand il était disciple, sous les ordres d’autrui » L’oisiveté créatrice de Léonard de Vinci d’après les Novelle de Matteo Bandello Giotto beffatore : « Pour sûr, je vais lui faire des armes à ma façon » (Sacchetti, nouvelle 63) Le peintre, le juge, l’orage : un lessivage des apparences (Décameron, VI, 5) « Il novelliere “en artiste” » (Marcello Ciccuto) : rendre visible la vérité par le récit ordonné d’une storia La Novella del Grasso Legnaiuolo, ou la brigata des artistes Qui est le Gros ? La consistance historique d’une réussite fictionnelle La folie du Grasso et le triomphe de Brunelleschi « Tu désires, Girolamo, être informé sur le Filippo qui fit cette farce à Grasso, parce que tu l’admires tellement quand je te dis que c’est une histoire vraie » : Antonio Manetti et la biographie de Brunelleschi (1485) Quand la fable littéraire vient garantir le régime de véridicité d’une Vita : « afin que tu lises la nouvelle comme un récit véridique et non comme un de ces contes qui pullulent » Nouvelles de la tyrannie : « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus » (Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951).

06 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Feb 13 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « La fresque est tombée en cet endroit et je ne serais qu’un plat romancier […] si j’entreprenais d’y suppléer » (Stendhal, La vie d’Henry Brulard) Le « Triomphe de la mort » du Camposanto de Pise, « leçon de ténèbres » Buffalmacco, l’auteur retrouvé : un personnage avant d’être un créateur (Luciano Bellosi) De l’art de convertir un déclassement en « fronde expressionniste » (Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg, « Domination symbolique et géographie artistique dans l’histoire de l’art italien », Actes de la recherche en science sociale, 1981) « Traverser l’effroi », à rebours : on n’y voit moins le « sentiment de culpabilité » d’après 1348 (Millard Meiss) que « l’inculpation généralisée » (Pierre Legendre) Le royaume de Satan et l’Enfer de Dante : quand la justice des hommes anticipe le Jugement dernier (Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà, Rome, 1993) Trois contemporains, Buffalmacco, Lorenzetti et Villani : la timor et « L’angoscia delle repubbliche » (Andrea Zorzi) Le seigneur est mortel, la seigneurie n’est ni certaine, ni fatale, ni définitive : Castruccio Castacani parmi les beaux jeunes gens frappés par la faucheuse Mémoire fictionnelle, oubli historique : quand un souvenir se substitue à un autre Buffalmacco et Bruno, « compagnons inséparables » (Décameron, VIII, 9) contre Calandrino « bonhomme simplet et fantasque (Décameron, VIII, 3) « Buonamico, fils de Cristofano, dit Buffalmacco, peintre florentin, élève d’Andrea Tafi, doit au Décameron de Boccace sa célébrité de bon plaisant » (Giorgio Vasari, Le Vite…, 1568) Vasari novelliere et Vincenzo Borghini : « d’après ce que nous en dit Franco Sacchetti » Guido Tarlati et son singe : l’imitateur imité, l’inversion des signes Le Massacre des innocents de Buffalmacco, ou la transsubstantiation par la peinture (Norman Land, Renaissance Quaterly, 2005) Lire les Vite de Vasari comme un texte littéraire pour restaurer sa capacité de description sociale (Paul Barolsky, Why Mona Lisa Smiles and Other Tales by Vasari, 1993) Déplacer l’enquête vers l’individuation et la sociologie implicite (Jacques Dubois, Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal, 2018) L’exercice des métiers dans la novellistica : l’ouvrier Agnolo chez Sacchetti et le briquetier Grillo chez Sercambi Une burla de Buffalmacco : le peintre et ses voisins bruyants dans le Trecentonovelle « Buonamicco était peintre à son compte et désireux de dormir ou de veiller en choisissant son temps, car il entendait exercer son art, maintenant qu’il était son propre maître, autrement que quand il était disciple, sous les ordres d’autrui » L’oisiveté créatrice de Léonard de Vinci d’après les Novelle de Matteo Bandello Giotto beffatore : « Pour sûr, je vais lui faire des armes à ma façon » (Sacchetti, nouvelle 63) Le peintre, le juge, l’orage : un lessivage des apparences (Décameron, VI, 5) « Il novelliere “en artiste” » (Marcello Ciccuto) : rendre visible la vérité par le récit ordonné d’une storia La Novella del Grasso Legnaiuolo, ou la brigata des artistes Qui est le Gros ? La consistance historique d’une réussite fictionnelle La folie du Grasso et le triomphe de Brunelleschi « Tu désires, Girolamo, être informé sur le Filippo qui fit cette farce à Grasso, parce que tu l’admires tellement quand je te dis que c’est une histoire vraie » : Antonio Manetti et la biographie de Brunelleschi (1485) Quand la fable littéraire vient garantir le régime de véridicité d’une Vita : « afin que tu lises la nouvelle comme un récit véridique et non comme un de ces contes qui pullulent » Nouvelles de la tyrannie : « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus » (Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951).

05 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Feb 11 2018 92 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 J’avais annoncé la semaine dernière l’analyse que je ferai de la manière dont l’historien et chroniqueur Şanizade Ataullah Efendi, dont l’Histoire (Tarih) a souvent et longtemps été vantée pour la « modernité » de son introduction (mukaddime), s’était « librement » inspiré de l’article « Histoire » de Voltaire dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. L’aspect le plus surprenant de la question était que Şanizade avait réussi à obtenir l’approbation et les éloges du sultan Mahmud II (r. 1808-1839) pour un texte émanant d’un auteur considéré, avec Rousseau, comme un mécréant et un blasphémateur. Évidemment, il n’y a pas vraiment de mystère : Şanizade s’était contenté d’adapter le texte de Voltaire afin de le rendre compatible avec l’idéologie conservatrice de l’establishment ottoman. Une lecture plus détaillée du texte de Şanizade permet de comprendre mieux le modus operandi de cette « adaptation ». D’une manière générale, il apparaît que celui-ci a procédé par omission, par rajouts et par distorsions. Les « statistiques » montrent bien les dimensions de cette manipulation : le texte de Voltaire faisait environ 8 500 mots ; celui de Şanizade n’en compte que la moitié (4 300), dont moins des deux-tiers sont du philosophe (2 600). Voltaire cite près d’une vingtaine d’historiens ; Şanizade ne retient qu’Hérodote, dont il écorche le nom en « Heredod ». Bien des omissions sont dues à l’ignorance : Şanizade choisit de sauter et d’omettre bien des passages qui lui sont culturellement et intellectuellement inaccessibles. Ces lacunes et omissions sont évidentes lorsqu’il parle de l’histoire romaine, révélant son incapacité à distinguer les Grecs des Romains. De même, son traitement de l’histoire de l’Asie dévoile son ignorance de personnages comme Cyrus ou Oghuz Kagan qui devraient pourtant lui être familiers. Les rajouts, au contraire, lui permettent de « corriger » Voltaire lorsque celui-ci ignore ou raille le fait religieux. C’est ainsi qu’il infuse une bonne dose de doctrine islamique dans son texte, renversant complètement la logique fondamentale du texte plagié. Enfin, des transpositions extrêmement brouillonnes et souvent déplacées visent à rendre les exemples « exotiques » de Voltaire compréhensibles par des lecteurs ottomans. Ainsi, les expéditions portugaises en Asie sont comparées à la reconquête du Hedjaz par les Ottomans à peine dix ans plus tôt, tandis que la découverte intellectuelle de la Chine par l’Europe est « traduite » par une longue digression sur la victoire de Murad Ier à Kossovo en 1389. Dans un cas comme dans l’autre, ces exercices d’adaptation se font l’occasion de chanter les louanges du sultan régnant et de ses ancêtres, contribuant à la « réussite » de Şanizade auprès de son maître. Ce cas très particulier met à nu certaines questions fondamentales, à commencer par la faiblesse de l’historiographie ottomane et turque qui a tout ignoré de cette généalogie textuelle pendant près de deux siècles. Plus encore, la « méthode » de Şanizade illustre certaines faiblesses intrinsèques de l’occidentalisation ottomane, notamment le désir de s’inspirer de l’Occident sans avoir à en assumer les implications intellectuelles et idéologiques. De toute évidence fasciné par le texte de Voltaire mais ne pouvant ni ne voulant le plagier tel quel, Şanizade avait opté pour une demi-mesure qui en gardait la forme tout en le dénaturant dans le sens. Cet opportunisme utilitaire restera une des caractéristiques principales de l’occidentalisation ottomane et turque pendant les deux siècles à venir.

05 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Feb 11 2018 92 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 J’avais annoncé la semaine dernière l’analyse que je ferai de la manière dont l’historien et chroniqueur Şanizade Ataullah Efendi, dont l’Histoire (Tarih) a souvent et longtemps été vantée pour la « modernité » de son introduction (mukaddime), s’était « librement » inspiré de l’article « Histoire » de Voltaire dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. L’aspect le plus surprenant de la question était que Şanizade avait réussi à obtenir l’approbation et les éloges du sultan Mahmud II (r. 1808-1839) pour un texte émanant d’un auteur considéré, avec Rousseau, comme un mécréant et un blasphémateur. Évidemment, il n’y a pas vraiment de mystère : Şanizade s’était contenté d’adapter le texte de Voltaire afin de le rendre compatible avec l’idéologie conservatrice de l’establishment ottoman. Une lecture plus détaillée du texte de Şanizade permet de comprendre mieux le modus operandi de cette « adaptation ». D’une manière générale, il apparaît que celui-ci a procédé par omission, par rajouts et par distorsions. Les « statistiques » montrent bien les dimensions de cette manipulation : le texte de Voltaire faisait environ 8 500 mots ; celui de Şanizade n’en compte que la moitié (4 300), dont moins des deux-tiers sont du philosophe (2 600). Voltaire cite près d’une vingtaine d’historiens ; Şanizade ne retient qu’Hérodote, dont il écorche le nom en « Heredod ». Bien des omissions sont dues à l’ignorance : Şanizade choisit de sauter et d’omettre bien des passages qui lui sont culturellement et intellectuellement inaccessibles. Ces lacunes et omissions sont évidentes lorsqu’il parle de l’histoire romaine, révélant son incapacité à distinguer les Grecs des Romains. De même, son traitement de l’histoire de l’Asie dévoile son ignorance de personnages comme Cyrus ou Oghuz Kagan qui devraient pourtant lui être familiers. Les rajouts, au contraire, lui permettent de « corriger » Voltaire lorsque celui-ci ignore ou raille le fait religieux. C’est ainsi qu’il infuse une bonne dose de doctrine islamique dans son texte, renversant complètement la logique fondamentale du texte plagié. Enfin, des transpositions extrêmement brouillonnes et souvent déplacées visent à rendre les exemples « exotiques » de Voltaire compréhensibles par des lecteurs ottomans. Ainsi, les expéditions portugaises en Asie sont comparées à la reconquête du Hedjaz par les Ottomans à peine dix ans plus tôt, tandis que la découverte intellectuelle de la Chine par l’Europe est « traduite » par une longue digression sur la victoire de Murad Ier à Kossovo en 1389. Dans un cas comme dans l’autre, ces exercices d’adaptation se font l’occasion de chanter les louanges du sultan régnant et de ses ancêtres, contribuant à la « réussite » de Şanizade auprès de son maître. Ce cas très particulier met à nu certaines questions fondamentales, à commencer par la faiblesse de l’historiographie ottomane et turque qui a tout ignoré de cette généalogie textuelle pendant près de deux siècles. Plus encore, la « méthode » de Şanizade illustre certaines faiblesses intrinsèques de l’occidentalisation ottomane, notamment le désir de s’inspirer de l’Occident sans avoir à en assumer les implications intellectuelles et idéologiques. De toute évidence fasciné par le texte de Voltaire mais ne pouvant ni ne voulant le plagier tel quel, Şanizade avait opté pour une demi-mesure qui en gardait la forme tout en le dénaturant dans le sens. Cet opportunisme utilitaire restera une des caractéristiques principales de l’occidentalisation ottomane et turque pendant les deux siècles à venir.






05 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Feb 07 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « Malheureusement, les hommes généreux pour lesquels ces choses avaient été écrites en de meilleurs temps avaient désormais abandonné les arts libéraux aux plébéiens » (lettre du pseudo-Ilario à Uguccione della Faggiola) L’expérience seigneuriale : régularités structurelles, grammaire politique, contextes locaux À Pise : une histoire discontinue et graduelle Le Zibaldone Laurenziano et la « leggenda dantesca del Boccacio », (Giuseppe Billanovitch) Boccace et le Trattatello in laude di Dante : aimer dans la Comédie « la richesse du texte en artifices, la multitude des histoires, la sublimité des sens cachés sous le voile poétique » La légende de la triple dédicace (l’Enfer à Uguccione della Faggiola, le Purgatoire à Moroello Malaspina, le Paradis à Frédéric II) : les raisons politiques d’une fiction littéraire Le bivium : Albertino Mussato et Dante en 1311 et en 1316 Cangrande della Scala d’après Giovanni Villani : questi fu il maggior tiranno e ‘ll più possente e ricco che fosse in Lombardia da Azzolino da Romano infino allora (X, 138), valente tiranno e signore da bene […] e amico del nostro Comune (X, 95) Coup de force poétique, transgression politique et privilegium : « En effet, ceux qui puisent leurs forces dans l’intellect et dans la raison et qui ont reçu le don divin de la liberté ne sont assujettis à aucun usage ; et il ne faut pas s’en étonner, car ils ne sont pas inspirés par les lois, mais ce sont eux qui inspirent les lois » (Dante, Épître à Cangrande dalla Scala) « Tandis que je lisais ces phrases, j’ai cru entendre la voix de Boccaccio qui murmurait à mon oreille : “Ser Ciappelletto, c’est moi” » (Carlo Ginzburg, « L’épître à Cangrande et ses deux auteurs », Po&sie, 2008) Vie et mœurs de François Pétrarque, florentin : histoires d’admiration et de rivalité (1343-1353) Pétrarque à Milan, Auri sacra fames (Enéide, III, 57) Lettre de Pétrarque à Boccace (Familiares, XXI, 15 : mai 1359) « Ils mentent donc ceux qui disent que je cherche à diminuer sa renommée » Un moment de vérité : « Et qui enfin peut envier celui qui n’envie pas Virgile, à moins que lui envie les applaudissements et les rauques clameurs des foulons, des gargotiers et des saltimbanques (fullonum et cauponum et lanistarum) et de tous ces gens dont la louange constitue en réalité une offense, au point que je me félicite, avec Virgile lui-même et Homère, de m’en trouver privé : je sais bien ce que vaut auprès des personnes cultivées l’éloge des incultes » Pétrarque, La Vie solitaire et l’art du placement (Étienne Anheim) De la haine du peuple à la haine des intellectuels : « Ce sont eux qui promènent par toute la ville, comme un vieux bibelot à vendre, leur sottise cultivée » Les lettres à la postérité (Familiares, XXIV) comme fiction politique : « Mais quel délire t’a poussé contre Antoine ? L’amour de la République, je crois, que tu reconnaissais s’être déjà écroulée de fond en comble » (Pétrarque à Cicéron) Négocier avec ses précurseurs lointains, préfigurer la politique à venir : la curialisation de l’exercice du gouvernement au Quattrocento L’impossible portrait de groupe des auteurs de la novellistica toscane et la déstabilisation de la fonction auteur : de Gentile Sermini au pseudo-Sermini (Monica Marchi) Franco Sacchetti pendant la « Guerre des Huit Saints » (1375-1378) : Florence defensor libertatis Io scrittor : écrire, recueillir et composer le Trecentonovelle Franco Sacchetti, l’engagement civique et les frustrations d’une carrière politique : la canaille littéraire des « Rousseau du ruisseau » ? À l’inverse, Giovanni Sercambi et le buon governo de la seigneurie Vendre la mèche : engagement sartrien, déclassement social et aspiration à une aristocratie fictive (Ronan de Calan, La littérature pure. Histoire d’un déclassement, 2017).

05 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Feb 07 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « Malheureusement, les hommes généreux pour lesquels ces choses avaient été écrites en de meilleurs temps avaient désormais abandonné les arts libéraux aux plébéiens » (lettre du pseudo-Ilario à Uguccione della Faggiola) L’expérience seigneuriale : régularités structurelles, grammaire politique, contextes locaux À Pise : une histoire discontinue et graduelle Le Zibaldone Laurenziano et la « leggenda dantesca del Boccacio », (Giuseppe Billanovitch) Boccace et le Trattatello in laude di Dante : aimer dans la Comédie « la richesse du texte en artifices, la multitude des histoires, la sublimité des sens cachés sous le voile poétique » La légende de la triple dédicace (l’Enfer à Uguccione della Faggiola, le Purgatoire à Moroello Malaspina, le Paradis à Frédéric II) : les raisons politiques d’une fiction littéraire Le bivium : Albertino Mussato et Dante en 1311 et en 1316 Cangrande della Scala d’après Giovanni Villani : questi fu il maggior tiranno e ‘ll più possente e ricco che fosse in Lombardia da Azzolino da Romano infino allora (X, 138), valente tiranno e signore da bene […] e amico del nostro Comune (X, 95) Coup de force poétique, transgression politique et privilegium : « En effet, ceux qui puisent leurs forces dans l’intellect et dans la raison et qui ont reçu le don divin de la liberté ne sont assujettis à aucun usage ; et il ne faut pas s’en étonner, car ils ne sont pas inspirés par les lois, mais ce sont eux qui inspirent les lois » (Dante, Épître à Cangrande dalla Scala) « Tandis que je lisais ces phrases, j’ai cru entendre la voix de Boccaccio qui murmurait à mon oreille : “Ser Ciappelletto, c’est moi” » (Carlo Ginzburg, « L’épître à Cangrande et ses deux auteurs », Po&sie, 2008) Vie et mœurs de François Pétrarque, florentin : histoires d’admiration et de rivalité (1343-1353) Pétrarque à Milan, Auri sacra fames (Enéide, III, 57) Lettre de Pétrarque à Boccace (Familiares, XXI, 15 : mai 1359) « Ils mentent donc ceux qui disent que je cherche à diminuer sa renommée » Un moment de vérité : « Et qui enfin peut envier celui qui n’envie pas Virgile, à moins que lui envie les applaudissements et les rauques clameurs des foulons, des gargotiers et des saltimbanques (fullonum et cauponum et lanistarum) et de tous ces gens dont la louange constitue en réalité une offense, au point que je me félicite, avec Virgile lui-même et Homère, de m’en trouver privé : je sais bien ce que vaut auprès des personnes cultivées l’éloge des incultes » Pétrarque, La Vie solitaire et l’art du placement (Étienne Anheim) De la haine du peuple à la haine des intellectuels : « Ce sont eux qui promènent par toute la ville, comme un vieux bibelot à vendre, leur sottise cultivée » Les lettres à la postérité (Familiares, XXIV) comme fiction politique : « Mais quel délire t’a poussé contre Antoine ? L’amour de la République, je crois, que tu reconnaissais s’être déjà écroulée de fond en comble » (Pétrarque à Cicéron) Négocier avec ses précurseurs lointains, préfigurer la politique à venir : la curialisation de l’exercice du gouvernement au Quattrocento L’impossible portrait de groupe des auteurs de la novellistica toscane et la déstabilisation de la fonction auteur : de Gentile Sermini au pseudo-Sermini (Monica Marchi) Franco Sacchetti pendant la « Guerre des Huit Saints » (1375-1378) : Florence defensor libertatis Io scrittor : écrire, recueillir et composer le Trecentonovelle Franco Sacchetti, l’engagement civique et les frustrations d’une carrière politique : la canaille littéraire des « Rousseau du ruisseau » ? À l’inverse, Giovanni Sercambi et le buon governo de la seigneurie Vendre la mèche : engagement sartrien, déclassement social et aspiration à une aristocratie fictive (Ronan de Calan, La littérature pure. Histoire d’un déclassement, 2017).

04 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Feb 04 2018 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 La semaine précédente, la discussion concernant la note de Selim III à son vizir nous avait fourni l’occasion de nous pencher sur la question des « voix » ottomanes et de la difficulté d’y accéder à travers une documentation assez pauvre en textes que l’on pourrait qualifier d’ « ego-documents ». Contrairement à l’Europe occidentale où ils jouissent d’une forte présence, les mémoires et journaux ottomans sont extrêmement rares, de même que la correspondance entre les membres d’une faible minorité de gens maîtrisant la plume – dignitaires, bureaucrates, lettrés… Partout domine une documentation officielle, impersonnelle, variant du jargon administratif et fiscal de la gestion quotidienne de l’Empire au style ampoulé de la haute bureaucratie que seuls les kâtib ou scribes maîtrisent vraiment. Il n’est guère surprenant de voir que les sultans échappent jusqu’à un certain point à cette règle : ils ne sont guère soumis aux conventions et à l’étiquette, ce qui leur permet d’user d’un style beaucoup plus direct ; leurs « écrits impériaux » (hatt-ı hümayun) ont force de décret et sont toujours rédigés de leur main ; et leur parole comme leurs écrits sont recueillis et conservés avec une attention toute particulière. C’est ainsi que l’on arrive plus facilement à « entendre » les pensées et les sentiments des sultans dans des missives amoureuses, au détour d’un décret ou dans les écrits des chroniqueurs de la cour. Évidemment, les exceptions confirment la règle et certains textes révèlent des pensées ou un état d’esprit que la documentation officielle se garderait bien de laisser transparaître. C’est notamment le cas d’une lettre de l’ambassadeur ottoman à la cour de Napoléon, Halet Efendi, qui met à nu toute une série d’inquiétudes face à un monde de plus en plus menaçant. Partant de l’accusation de sodomie portée contre les musulmans par les Grecs et les Arméniens, perçus comme les suppôts de l’Occident, Halet Efendi se défend en décrivant le Palais Royal, haut lieu de la prostitution parisienne, pour conclure, soulagé, que les « Francs » sont bien pires en la matière. Au-delà de la confrontation de cet Ottoman avec un des clichés les plus tenaces de l’orientalisme et une morale hétéronormative qui lui est étrangère, le texte dévoile un des signes précurseurs d’une nouvelle phase dans l’occidentalisation : le doute. C’est lorsqu’ils commencent à douter de leur Empire, de leurs valeurs et d’eux-mêmes que les Ottomans s’engagent de manière décisive dans la voie de l’occidentalisation. Ce doute s’exprime aussi dans un cas surprenant de plagiat par l’historien et chroniqueur Şanizade Ataullah Efendi, dont l’Histoire (Tarih) a souvent et longtemps été vantée pour la « modernité » de son introduction (mukaddime). Or, il s’avère que Şanizade s’était « librement » inspiré de l’article « Histoire » de Voltaire dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert mais qu’il avait aussi réussi à mettre son texte au goût du despote qu’était le sultan Mahmud II. Une étude détaillée de ce paradoxe révèlera encore un aspect particulier de l’occidentalisation ottomane, l’adaptation opportuniste et peu scrupuleuse du canon occidental.

04 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Feb 04 2018 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 La semaine précédente, la discussion concernant la note de Selim III à son vizir nous avait fourni l’occasion de nous pencher sur la question des « voix » ottomanes et de la difficulté d’y accéder à travers une documentation assez pauvre en textes que l’on pourrait qualifier d’ « ego-documents ». Contrairement à l’Europe occidentale où ils jouissent d’une forte présence, les mémoires et journaux ottomans sont extrêmement rares, de même que la correspondance entre les membres d’une faible minorité de gens maîtrisant la plume – dignitaires, bureaucrates, lettrés… Partout domine une documentation officielle, impersonnelle, variant du jargon administratif et fiscal de la gestion quotidienne de l’Empire au style ampoulé de la haute bureaucratie que seuls les kâtib ou scribes maîtrisent vraiment. Il n’est guère surprenant de voir que les sultans échappent jusqu’à un certain point à cette règle : ils ne sont guère soumis aux conventions et à l’étiquette, ce qui leur permet d’user d’un style beaucoup plus direct ; leurs « écrits impériaux » (hatt-ı hümayun) ont force de décret et sont toujours rédigés de leur main ; et leur parole comme leurs écrits sont recueillis et conservés avec une attention toute particulière. C’est ainsi que l’on arrive plus facilement à « entendre » les pensées et les sentiments des sultans dans des missives amoureuses, au détour d’un décret ou dans les écrits des chroniqueurs de la cour. Évidemment, les exceptions confirment la règle et certains textes révèlent des pensées ou un état d’esprit que la documentation officielle se garderait bien de laisser transparaître. C’est notamment le cas d’une lettre de l’ambassadeur ottoman à la cour de Napoléon, Halet Efendi, qui met à nu toute une série d’inquiétudes face à un monde de plus en plus menaçant. Partant de l’accusation de sodomie portée contre les musulmans par les Grecs et les Arméniens, perçus comme les suppôts de l’Occident, Halet Efendi se défend en décrivant le Palais Royal, haut lieu de la prostitution parisienne, pour conclure, soulagé, que les « Francs » sont bien pires en la matière. Au-delà de la confrontation de cet Ottoman avec un des clichés les plus tenaces de l’orientalisme et une morale hétéronormative qui lui est étrangère, le texte dévoile un des signes précurseurs d’une nouvelle phase dans l’occidentalisation : le doute. C’est lorsqu’ils commencent à douter de leur Empire, de leurs valeurs et d’eux-mêmes que les Ottomans s’engagent de manière décisive dans la voie de l’occidentalisation. Ce doute s’exprime aussi dans un cas surprenant de plagiat par l’historien et chroniqueur Şanizade Ataullah Efendi, dont l’Histoire (Tarih) a souvent et longtemps été vantée pour la « modernité » de son introduction (mukaddime). Or, il s’avère que Şanizade s’était « librement » inspiré de l’article « Histoire » de Voltaire dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert mais qu’il avait aussi réussi à mettre son texte au goût du despote qu’était le sultan Mahmud II. Une étude détaillée de ce paradoxe révèlera encore un aspect particulier de l’occidentalisation ottomane, l’adaptation opportuniste et peu scrupuleuse du canon occidental.




04 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Feb 01 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « Malheureusement, les hommes généreux pour lesquels ces choses avaient été écrites en de meilleurs temps avaient désormais abandonné les arts libéraux aux plébéiens » (lettre du pseudo-Ilario à Uguccione della Faggiola) L’expérience seigneuriale : régularités structurelles, grammaire politique, contextes locaux À Pise : une histoire discontinue et graduelle Le Zibaldone Laurenziano et la « leggenda dantesca del Boccacio », (Giuseppe Billanovitch) Boccace et le Trattatello in laude di Dante : aimer dans la Comédie « la richesse du texte en artifices, la multitude des histoires, la sublimité des sens cachés sous le voile poétique » La légende de la triple dédicace (l’Enfer à Uguccione della Faggiola, le Purgatoire à Moroello Malaspina, le Paradis à Frédéric II) : les raisons politiques d’une fiction littéraire Le bivium : Albertino Mussato et Dante en 1311 et en 1316 Cangrande della Scala d’après Giovanni Villani : questi fu il maggior tiranno e ‘ll più possente e ricco che fosse in Lombardia da Azzolino da Romano infino allora (X, 138), valente tiranno e signore da bene […] e amico del nostro Comune (X, 95) Coup de force poétique, transgression politique et privilegium : « En effet, ceux qui puisent leurs forces dans l’intellect et dans la raison et qui ont reçu le don divin de la liberté ne sont assujettis à aucun usage ; et il ne faut pas s’en étonner, car ils ne sont pas inspirés par les lois, mais ce sont eux qui inspirent les lois » (Dante, Épître à Cangrande dalla Scala) « Tandis que je lisais ces phrases, j’ai cru entendre la voix de Boccaccio qui murmurait à mon oreille : “Ser Ciappelletto, c’est moi” » (Carlo Ginzburg, « L’épître à Cangrande et ses deux auteurs », Po&sie, 2008) Vie et mœurs de François Pétrarque, florentin : histoires d’admiration et de rivalité (1343-1353) Pétrarque à Milan, Auri sacra fames (Enéide, III, 57) Lettre de Pétrarque à Boccace (Familiares, XXI, 15 : mai 1359) « Ils mentent donc ceux qui disent que je cherche à diminuer sa renommée » Un moment de vérité : « Et qui enfin peut envier celui qui n’envie pas Virgile, à moins que lui envie les applaudissements et les rauques clameurs des foulons, des gargotiers et des saltimbanques (fullonum et cauponum et lanistarum) et de tous ces gens dont la louange constitue en réalité une offense, au point que je me félicite, avec Virgile lui-même et Homère, de m’en trouver privé : je sais bien ce que vaut auprès des personnes cultivées l’éloge des incultes » Pétrarque, La Vie solitaire et l’art du placement (Étienne Anheim) De la haine du peuple à la haine des intellectuels : « Ce sont eux qui promènent par toute la ville, comme un vieux bibelot à vendre, leur sottise cultivée » Les lettres à la postérité (Familiares, XXIV) comme fiction politique : « Mais quel délire t’a poussé contre Antoine ? L’amour de la République, je crois, que tu reconnaissais s’être déjà écroulée de fond en comble » (Pétrarque à Cicéron) Négocier avec ses précurseurs lointains, préfigurer la politique à venir : la curialisation de l’exercice du gouvernement au Quattrocento L’impossible portrait de groupe des auteurs de la novellistica toscane et la déstabilisation de la fonction auteur : de Gentile Sermini au pseudo-Sermini (Monica Marchi) Franco Sacchetti pendant la « Guerre des Huit Saints » (1375-1378) : Florence defensor libertatis Io scrittor : écrire, recueillir et composer le Trecentonovelle Franco Sacchetti, l’engagement civique et les frustrations d’une carrière politique : la canaille littéraire des « Rousseau du ruisseau » ? À l’inverse, Giovanni Sercambi et le buon governo de la seigneurie Vendre la mèche : engagement sartrien, déclassement social et aspiration à une aristocratie fictive (Ronan de Calan, La littérature pure. Histoire d’un déclassement, 2017).

04 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Feb 01 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « Malheureusement, les hommes généreux pour lesquels ces choses avaient été écrites en de meilleurs temps avaient désormais abandonné les arts libéraux aux plébéiens » (lettre du pseudo-Ilario à Uguccione della Faggiola) L’expérience seigneuriale : régularités structurelles, grammaire politique, contextes locaux À Pise : une histoire discontinue et graduelle Le Zibaldone Laurenziano et la « leggenda dantesca del Boccacio », (Giuseppe Billanovitch) Boccace et le Trattatello in laude di Dante : aimer dans la Comédie « la richesse du texte en artifices, la multitude des histoires, la sublimité des sens cachés sous le voile poétique » La légende de la triple dédicace (l’Enfer à Uguccione della Faggiola, le Purgatoire à Moroello Malaspina, le Paradis à Frédéric II) : les raisons politiques d’une fiction littéraire Le bivium : Albertino Mussato et Dante en 1311 et en 1316 Cangrande della Scala d’après Giovanni Villani : questi fu il maggior tiranno e ‘ll più possente e ricco che fosse in Lombardia da Azzolino da Romano infino allora (X, 138), valente tiranno e signore da bene […] e amico del nostro Comune (X, 95) Coup de force poétique, transgression politique et privilegium : « En effet, ceux qui puisent leurs forces dans l’intellect et dans la raison et qui ont reçu le don divin de la liberté ne sont assujettis à aucun usage ; et il ne faut pas s’en étonner, car ils ne sont pas inspirés par les lois, mais ce sont eux qui inspirent les lois » (Dante, Épître à Cangrande dalla Scala) « Tandis que je lisais ces phrases, j’ai cru entendre la voix de Boccaccio qui murmurait à mon oreille : “Ser Ciappelletto, c’est moi” » (Carlo Ginzburg, « L’épître à Cangrande et ses deux auteurs », Po&sie, 2008) Vie et mœurs de François Pétrarque, florentin : histoires d’admiration et de rivalité (1343-1353) Pétrarque à Milan, Auri sacra fames (Enéide, III, 57) Lettre de Pétrarque à Boccace (Familiares, XXI, 15 : mai 1359) « Ils mentent donc ceux qui disent que je cherche à diminuer sa renommée » Un moment de vérité : « Et qui enfin peut envier celui qui n’envie pas Virgile, à moins que lui envie les applaudissements et les rauques clameurs des foulons, des gargotiers et des saltimbanques (fullonum et cauponum et lanistarum) et de tous ces gens dont la louange constitue en réalité une offense, au point que je me félicite, avec Virgile lui-même et Homère, de m’en trouver privé : je sais bien ce que vaut auprès des personnes cultivées l’éloge des incultes » Pétrarque, La Vie solitaire et l’art du placement (Étienne Anheim) De la haine du peuple à la haine des intellectuels : « Ce sont eux qui promènent par toute la ville, comme un vieux bibelot à vendre, leur sottise cultivée » Les lettres à la postérité (Familiares, XXIV) comme fiction politique : « Mais quel délire t’a poussé contre Antoine ? L’amour de la République, je crois, que tu reconnaissais s’être déjà écroulée de fond en comble » (Pétrarque à Cicéron) Négocier avec ses précurseurs lointains, préfigurer la politique à venir : la curialisation de l’exercice du gouvernement au Quattrocento L’impossible portrait de groupe des auteurs de la novellistica toscane et la déstabilisation de la fonction auteur : de Gentile Sermini au pseudo-Sermini (Monica Marchi) Franco Sacchetti pendant la « Guerre des Huit Saints » (1375-1378) : Florence defensor libertatis Io scrittor : écrire, recueillir et composer le Trecentonovelle Franco Sacchetti, l’engagement civique et les frustrations d’une carrière politique : la canaille littéraire des « Rousseau du ruisseau » ? À l’inverse, Giovanni Sercambi et le buon governo de la seigneurie Vendre la mèche : engagement sartrien, déclassement social et aspiration à une aristocratie fictive (Ronan de Calan, La littérature pure. Histoire d’un déclassement, 2017).



03 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Jan 28 2018 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 L’expédition d’Égypte de Bonaparte (1798) est un tournant décisif dans l’histoire de l’Empire ottoman, mais aussi dans celle de la région tout entière ainsi que dans celle des rapports entre Orient et Occident. Élément fondateur de l’orientalisme savant (Description de l’Égypte), coup d’envoi d’une politique coloniale française et britannique en Méditerranée et au Moyen-Orient, début de la formation d’un État moderne en Égypte, cet événement constitue, pour les Ottomans, un traumatisme dont ils ne se remettront jamais entièrement. Incapable de répondre à ce coup de force par les armes, la Sublime Porte se retrouve à la merci d’alliances internationales pour assurer sa propre survie dans un environnement de plus en plus menaçant. La crise égyptienne est résolue grâce au soutien britannique mais, pendant toute la période napoléonienne, les Ottomans se retrouveront ballotés d’une alliance à une autre, navigant avec quelque succès les eaux de la diplomatie européenne. Exemple flagrant de ce nouveau « jeu », ils seront obligés de s’inventer un système de décorations – ordres et médailles – à l’occidentale afin de récompenser Nelson et ses braves. Jusque vers la fin des années 1820, ces objets ne serviront qu’à décorer les étrangers. C’est là une caractéristique importante des nouveautés introduites : elles sont souvent « bonnes pour l’Occident », comme le Tableau des nouveaux règlements de Mahmud Raif Efendi (1798), évoqué la semaine dernière, dont on n’a découvert que très récemment une version turque, jamais publiée. Ce problème est aggravé par le côté souvent formaliste des innovations. Le Nouvel Atlas du même Mahmud Raif (1803), traduction de l’ouvrage de William Faden (1793), en est un exemple parfait. En comparant la version ottomane de la carte des États-Unis et l’original de Faden, on observe un phénomène surprenant de traduction littérale de la toponymie, qui révèle une approche stérile d’un point de vue pratique. Traduire « Cape Fear » par « Korku Burnu » revient à sacrifier l’utilité d’un outil de navigation à une précision linguistique tout à fait déplacée. Alors que Mahmud Raif traduit l’atlas de Faden, l’historien Cabi Ömer Efendi révèle son ignorance profonde en relatant une version tout à fait fantaisiste de la création des colonies anglaises du Nouveau Monde. Comment l’érudition et l’ignorance coexistent-elles ? C’est une question qui nous force à nous interroger sur la représentativité et l’impact de ces innovations. Des ouvrages ottomans traitent de l’Amérique depuis le début du seizième siècle ; mais ce savoir reste en surface, incapable de pénétrer les couches d’une population tenue à l’écart de cette production intellectuelle. D’où l’importance de ne pas se contenter d’examiner les documents (production) mais d’essayer d’en étudier la diffusion (distribution) et la réception (consommation). C’est là une des faiblesses majeures de l’histoire ottomane qui se limite souvent à prendre ces documents « au pied de la lettre », sans se soucier de l’ampleur ou même de l’absence d’une réception. Il en découle aussi une prédilection pour les textes « canoniques » auxquels on attribue plus d’importance sans même savoir s’ils étaient vraiment lus. Dernière faiblesse, qui servira d’introduction au prochain cours, la difficulté d’entendre de véritables « voix » qui, plutôt que les textes construits et conventionnels, pourraient donner une meilleure compréhension des mentalités. Ils sont rares, ne serait-ce que du fait de l’absence d’une tradition du procès-verbal. Elles existent quand même, pour qui se donne la peine de les chercher, ainsi que le prouvent bien des hatt-ı hümayun (écrits impériaux), où le sultan s’exprime sans ambages et sans complexes. La note de Selim III à son vizir, où il exprime sa satisfaction à la réception d’un portrait de Napoléon, en est un exemple touchant.

03 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Jan 28 2018 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 L’expédition d’Égypte de Bonaparte (1798) est un tournant décisif dans l’histoire de l’Empire ottoman, mais aussi dans celle de la région tout entière ainsi que dans celle des rapports entre Orient et Occident. Élément fondateur de l’orientalisme savant (Description de l’Égypte), coup d’envoi d’une politique coloniale française et britannique en Méditerranée et au Moyen-Orient, début de la formation d’un État moderne en Égypte, cet événement constitue, pour les Ottomans, un traumatisme dont ils ne se remettront jamais entièrement. Incapable de répondre à ce coup de force par les armes, la Sublime Porte se retrouve à la merci d’alliances internationales pour assurer sa propre survie dans un environnement de plus en plus menaçant. La crise égyptienne est résolue grâce au soutien britannique mais, pendant toute la période napoléonienne, les Ottomans se retrouveront ballotés d’une alliance à une autre, navigant avec quelque succès les eaux de la diplomatie européenne. Exemple flagrant de ce nouveau « jeu », ils seront obligés de s’inventer un système de décorations – ordres et médailles – à l’occidentale afin de récompenser Nelson et ses braves. Jusque vers la fin des années 1820, ces objets ne serviront qu’à décorer les étrangers. C’est là une caractéristique importante des nouveautés introduites : elles sont souvent « bonnes pour l’Occident », comme le Tableau des nouveaux règlements de Mahmud Raif Efendi (1798), évoqué la semaine dernière, dont on n’a découvert que très récemment une version turque, jamais publiée. Ce problème est aggravé par le côté souvent formaliste des innovations. Le Nouvel Atlas du même Mahmud Raif (1803), traduction de l’ouvrage de William Faden (1793), en est un exemple parfait. En comparant la version ottomane de la carte des États-Unis et l’original de Faden, on observe un phénomène surprenant de traduction littérale de la toponymie, qui révèle une approche stérile d’un point de vue pratique. Traduire « Cape Fear » par « Korku Burnu » revient à sacrifier l’utilité d’un outil de navigation à une précision linguistique tout à fait déplacée. Alors que Mahmud Raif traduit l’atlas de Faden, l’historien Cabi Ömer Efendi révèle son ignorance profonde en relatant une version tout à fait fantaisiste de la création des colonies anglaises du Nouveau Monde. Comment l’érudition et l’ignorance coexistent-elles ? C’est une question qui nous force à nous interroger sur la représentativité et l’impact de ces innovations. Des ouvrages ottomans traitent de l’Amérique depuis le début du seizième siècle ; mais ce savoir reste en surface, incapable de pénétrer les couches d’une population tenue à l’écart de cette production intellectuelle. D’où l’importance de ne pas se contenter d’examiner les documents (production) mais d’essayer d’en étudier la diffusion (distribution) et la réception (consommation). C’est là une des faiblesses majeures de l’histoire ottomane qui se limite souvent à prendre ces documents « au pied de la lettre », sans se soucier de l’ampleur ou même de l’absence d’une réception. Il en découle aussi une prédilection pour les textes « canoniques » auxquels on attribue plus d’importance sans même savoir s’ils étaient vraiment lus. Dernière faiblesse, qui servira d’introduction au prochain cours, la difficulté d’entendre de véritables « voix » qui, plutôt que les textes construits et conventionnels, pourraient donner une meilleure compréhension des mentalités. Ils sont rares, ne serait-ce que du fait de l’absence d’une tradition du procès-verbal. Elles existent quand même, pour qui se donne la peine de les chercher, ainsi que le prouvent bien des hatt-ı hümayun (écrits impériaux), où le sultan s’exprime sans ambages et sans complexes. La note de Selim III à son vizir, où il exprime sa satisfaction à la réception d’un portrait de Napoléon, en est un exemple touchant.

02 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Jan 27 2018 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 Suite à l’introduction générale de la semaine précédente, cette première entrée en matière tente d’analyser la nature des premiers contacts entre les Ottomans et l’Europe, tout en soulignant qu’il ne s’agit pas à proprement dire d’une véritable découverte puisque les Ottomans ont, depuis le début, été en contact avec un monde occidental d’abord italien, puis de plus en plus français. La véritable différence, au XVIIIe siècle, tient à un changement sensible du rapport de forces entre les deux parties : tandis que les Ottomans, depuis la fin du XVIIe siècle, commencent à perdre prise, leurs interlocuteurs occidentaux, eux, se font de plus en plus puissants et, souvent, arrogants. Il s’agit donc d’une situation nouvelle qui force les Ottomans à revoir leur politique envers un Occident de plus en plus envahissant et menaçant, mais aussi de plus en plus attrayant et tentant par ses succès. Un rappel de l’hospitalité « empoisonnée » et de l’attitude hautaine de la diplomatie ottomane, toujours unilatérale et subtilement dévalorisante, permet de comprendre la base de l’isolationnisme ottoman qui sera progressivement entamé par un désir et une obligation croissants d’ouverture vers l’Occident. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un revirement soudain qui ferait basculer la population ou l’élite dans une frénésie d’occidentalisation ; certains phénomènes, comme l’évolution de l’épitaphe funéraire, montrent bien que cette société se transforme et se modernise sans pour autant avoir à s’inspirer d’un modèle occidental. Il n’en est pas moins vrai que, dès les années 1720, on parvient à identifier une série d’événements qui, tout en restant superficiels, dénotent une curiosité croissante pour l’Europe : l’ambassade de Yirmisekiz Mehmed Çelebi (1720-1721) et celle de son fils Said Efendi (1741), les débuts timides de l’imprimerie du renégat İbrahim Müteferrika (1727-1742), les apports d’experts militaires occidentaux tels le comte de Bonneval (1730-1747) et le baron de Tott (1757-1763), les répercussions architecturales de l’adoption de formes baroques, comme dans le cas de la mosquée Nuruosmaniye (1748-1755), les premières représentations diplomatiques permanentes dans les principales capitales d’Europe, et nombre de publications techniques, tel le Traité du sextant de Feyzi Bey (1805). Un exemple se prête tout particulièrement à une lecture critique de la nature de cette nouvelle modernité, le Tableau des nouveaux règlements de l’Empire ottoman de Mahmud Raif Efendi (1798), publié au moment même où l’Empire se voyait confronté à un des événements les plus marquants et traumatisants de la période, l’expédition d’Égypte (1798), menée par un jeune général français du nom de Bonaparte.


02 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Jan 27 2018 89 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 Suite à l’introduction générale de la semaine précédente, cette première entrée en matière tente d’analyser la nature des premiers contacts entre les Ottomans et l’Europe, tout en soulignant qu’il ne s’agit pas à proprement dire d’une véritable découverte puisque les Ottomans ont, depuis le début, été en contact avec un monde occidental d’abord italien, puis de plus en plus français. La véritable différence, au XVIIIe siècle, tient à un changement sensible du rapport de forces entre les deux parties : tandis que les Ottomans, depuis la fin du XVIIe siècle, commencent à perdre prise, leurs interlocuteurs occidentaux, eux, se font de plus en plus puissants et, souvent, arrogants. Il s’agit donc d’une situation nouvelle qui force les Ottomans à revoir leur politique envers un Occident de plus en plus envahissant et menaçant, mais aussi de plus en plus attrayant et tentant par ses succès. Un rappel de l’hospitalité « empoisonnée » et de l’attitude hautaine de la diplomatie ottomane, toujours unilatérale et subtilement dévalorisante, permet de comprendre la base de l’isolationnisme ottoman qui sera progressivement entamé par un désir et une obligation croissants d’ouverture vers l’Occident. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un revirement soudain qui ferait basculer la population ou l’élite dans une frénésie d’occidentalisation ; certains phénomènes, comme l’évolution de l’épitaphe funéraire, montrent bien que cette société se transforme et se modernise sans pour autant avoir à s’inspirer d’un modèle occidental. Il n’en est pas moins vrai que, dès les années 1720, on parvient à identifier une série d’événements qui, tout en restant superficiels, dénotent une curiosité croissante pour l’Europe : l’ambassade de Yirmisekiz Mehmed Çelebi (1720-1721) et celle de son fils Said Efendi (1741), les débuts timides de l’imprimerie du renégat İbrahim Müteferrika (1727-1742), les apports d’experts militaires occidentaux tels le comte de Bonneval (1730-1747) et le baron de Tott (1757-1763), les répercussions architecturales de l’adoption de formes baroques, comme dans le cas de la mosquée Nuruosmaniye (1748-1755), les premières représentations diplomatiques permanentes dans les principales capitales d’Europe, et nombre de publications techniques, tel le Traité du sextant de Feyzi Bey (1805). Un exemple se prête tout particulièrement à une lecture critique de la nature de cette nouvelle modernité, le Tableau des nouveaux règlements de l’Empire ottoman de Mahmud Raif Efendi (1798), publié au moment même où l’Empire se voyait confronté à un des événements les plus marquants et traumatisants de la période, l’expédition d’Égypte (1798), menée par un jeune général français du nom de Bonaparte.










03 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Jan 24 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Vérone, 1350 : Boccace et sœur Béatrice Le nom est un « bouclier de vérité » : « Lorsqu’à mes yeux parut pour la première fois la glorieuse dame de ma pensée, laquelle fut appelée Béatrice par bien des gens qui ne savaient ce que c’est que donner un nom » (Dante, Vita nuova) « A Messer Giovanni Boccaccio payé ce jour dix florins d’or pour qu’il les donne à sœur Béatrice de Dante Alighieri, moniale de Santo Stefano degli Ulivi à Ravenne » Bologne, 1317-1321 : premières attestations documentaires de la diffusion sociale de la Commedia La société dantesque, depuis le Trecentonovelle de Franco Sacchetti Qui est Boccace en 1350 ? « Ici commence le livre qui a pour titre Décaméron et pour sous-titre Prince Galehaut, dans lequel sont contenues cent nouvelles dites en dix jours par sept dames et par trois jeunes gens » Francesca da Rimini et Paolo Malatesta : « Galehaut fut le livre et le trouvère » (Inf., IV, 137) Le récit par Boccace de la mort de Paolo et Francesca en 1373, ou la 101e nouvelle du Décaméron Une comédie humaine. « Je veux qu’en cette première journée, chacun soit libre de traiter le sujet qu’il voudra » (Décaméron, I, 1) Quand doit-on commencer à rire ? Dérision, émancipation et critique sociale Io sono una forza del Passato : Pasolini et la Trilogie de la vie Boccace, Genealogiae deorum gentilium libri : la fable est comme un voile ou une écorce qui cache la vérité de l’exemple sous une fiction Les opérations du droit, la théologie et la logique du comme si (Yan Thomas) « Mon histoire est celle de Musciatto Franzesi » De Ceparello à Ciappelletto : un personnage nommé par une équivoque L’auteur, son narrateur, un personnage historique et son double imaginaire : la chaîne fictionnelle Documenti di Ser Ciappellatto (Cesare Paoli) , « Notaire de son état, il était fort honteux quand l’un de ses actes (encore qu’il en couchât très peu de sa main) n’était pas tenu pour un faux » La fabrique des saints, une parodie qui tourne mal : « Ainsi donc vécut et mourut maître Ciappelletto de Prato, dont on fit un saint comme vous venez de l’entendre. Loin de moi l’idée de nier sa présence parmi les bienheureux » Quand on cesse de rire : traductions de la première nouvelle de la première journée du Décaméron en castillan et en français (Enrica Zanin) « Car ça commence toujours avant et il finit toujours par manquer quelque chose » (Mathieu Riboulet, Entre les deux il n’y a rien (Verdier, 2015) Infamia, arbitrium, privilegium, pactum : une lecture normative de l’œuvre de Dante (Justin Steinberg, Dante and the Limits of Law, Chicago UP, 2013) Le poète procreator : « N’attend plus de moi ni dire ni mon signe/car libéré, droit et sain est ton arbitre/ ne pas faire à son gré serait forfaire » (Purg., XXVII, 139-142) Ciappelletto est-il le double parodique de Brunetto Latini ? (Robert Hollander, Boccaccio’s Dante and the Shaping Force of Satire, 1997) Siete voi qui ser Brunetto ? Dante sous une pluie de feu (André Pézard, 1950) L’Ulysse de Dante désire divenir del mondo esperto (Inf. XXVI, 98) Primo Levi, Si c’est un homme : « J’y suis, attention Pikolo, ouvre grands tes oreilles et ton esprit, j’ai besoin que tu comprennes : Considerate la vostra semenza : /Fatti non foste a viver come bruti / Ma per seguir virtute e conoscenza. Et c’est comme si moi aussi j’entendais ces paroles pour la première fois : comme une sonnerie de trompettes, comme la voix de Dieu ».

03 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Jan 24 2018 63 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Vérone, 1350 : Boccace et sœur Béatrice Le nom est un « bouclier de vérité » : « Lorsqu’à mes yeux parut pour la première fois la glorieuse dame de ma pensée, laquelle fut appelée Béatrice par bien des gens qui ne savaient ce que c’est que donner un nom » (Dante, Vita nuova) « A Messer Giovanni Boccaccio payé ce jour dix florins d’or pour qu’il les donne à sœur Béatrice de Dante Alighieri, moniale de Santo Stefano degli Ulivi à Ravenne » Bologne, 1317-1321 : premières attestations documentaires de la diffusion sociale de la Commedia La société dantesque, depuis le Trecentonovelle de Franco Sacchetti Qui est Boccace en 1350 ? « Ici commence le livre qui a pour titre Décaméron et pour sous-titre Prince Galehaut, dans lequel sont contenues cent nouvelles dites en dix jours par sept dames et par trois jeunes gens » Francesca da Rimini et Paolo Malatesta : « Galehaut fut le livre et le trouvère » (Inf., IV, 137) Le récit par Boccace de la mort de Paolo et Francesca en 1373, ou la 101e nouvelle du Décaméron Une comédie humaine. « Je veux qu’en cette première journée, chacun soit libre de traiter le sujet qu’il voudra » (Décaméron, I, 1) Quand doit-on commencer à rire ? Dérision, émancipation et critique sociale Io sono una forza del Passato : Pasolini et la Trilogie de la vie Boccace, Genealogiae deorum gentilium libri : la fable est comme un voile ou une écorce qui cache la vérité de l’exemple sous une fiction Les opérations du droit, la théologie et la logique du comme si (Yan Thomas) « Mon histoire est celle de Musciatto Franzesi » De Ceparello à Ciappelletto : un personnage nommé par une équivoque L’auteur, son narrateur, un personnage historique et son double imaginaire : la chaîne fictionnelle Documenti di Ser Ciappellatto (Cesare Paoli) , « Notaire de son état, il était fort honteux quand l’un de ses actes (encore qu’il en couchât très peu de sa main) n’était pas tenu pour un faux » La fabrique des saints, une parodie qui tourne mal : « Ainsi donc vécut et mourut maître Ciappelletto de Prato, dont on fit un saint comme vous venez de l’entendre. Loin de moi l’idée de nier sa présence parmi les bienheureux » Quand on cesse de rire : traductions de la première nouvelle de la première journée du Décaméron en castillan et en français (Enrica Zanin) « Car ça commence toujours avant et il finit toujours par manquer quelque chose » (Mathieu Riboulet, Entre les deux il n’y a rien (Verdier, 2015) Infamia, arbitrium, privilegium, pactum : une lecture normative de l’œuvre de Dante (Justin Steinberg, Dante and the Limits of Law, Chicago UP, 2013) Le poète procreator : « N’attend plus de moi ni dire ni mon signe/car libéré, droit et sain est ton arbitre/ ne pas faire à son gré serait forfaire » (Purg., XXVII, 139-142) Ciappelletto est-il le double parodique de Brunetto Latini ? (Robert Hollander, Boccaccio’s Dante and the Shaping Force of Satire, 1997) Siete voi qui ser Brunetto ? Dante sous une pluie de feu (André Pézard, 1950) L’Ulysse de Dante désire divenir del mondo esperto (Inf. XXVI, 98) Primo Levi, Si c’est un homme : « J’y suis, attention Pikolo, ouvre grands tes oreilles et ton esprit, j’ai besoin que tu comprennes : Considerate la vostra semenza : /Fatti non foste a viver come bruti / Ma per seguir virtute e conoscenza. Et c’est comme si moi aussi j’entendais ces paroles pour la première fois : comme une sonnerie de trompettes, comme la voix de Dieu ».

02 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Jan 18 2018 66 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Suivre les « narrateurs habiles et légers », d’accord, mais qu’est-ce que la légèreté ? Italo Calvino appelle « légèreté pensive » (pensosità) cet élan qui fait paraître pesante, inerte et opaque la frivolité (Leçons américaines, 1986) Boccace, Décaméron, neuvième nouvelle de la sixième journée : histoire d’une brigata spendericcia Sept femmes, trois hommes et deux personnages historiques : Betto Brunelleschi et Guido Cavalcanti Temps de l’histoire, temps de la narration et passé récent « Il se trouvait donc entre les colonnes de porphyre que l’on peut toujours voir, les tombeaux et la porte de San Giovanni, quand messire Betto, traversant à cheval la place de Santa Reparata avec sa compagnie, l’aperçut parmi ces sépultures et dit en accord avec ses amis : “allons lui chercher noise” (Andiamo a dargli briga) » Une accusation d’athéisme un peu cavalière « Se voyant encerclé, Guido leur répondit avec promptitude (prestamente) : “Seigneurs, vous êtes ici chez vous, livre à vous de me dire ce que vous vous semble” : puis ayant posé la main sur l’un de ces tombeaux qui étaient très hauts, il prit son élan et, doué qu’il était d’une parfaite légèreté (sì come colui che leggerissimo era), se retrouva de l’autre côté ; leur ayant échappé, il s’en alla » L’éloge, par Italo Calvino, du bond léger : « Que sa gravité recèle le secret de la légèreté, tandis que ce que beaucoup prennent pour la vitalité des temps, bruyante, agressive, trépignante et tapageuse, appartient au royaume de la mort, comme un cimetière d’automobiles rouillées » Historiciser notre lecture de la nouvelle : Giorgio Inglese, Francesco Baussi, Fosca Mariani Zini Qu’est-ce qu’un cas ? « La forme du cas a ceci de particulier qu’elle pose une question sans pouvoir donner la réponse, qu’elle nous impose l’obligation de décider mais sans contenir la décision elle-même — elle est le lieu où s’effectue la pesée mais non pas encore le résultat » (André Jolles, Formes simples, Paris, 1972) Le récit cadre de la sixième journée du Décaméron, le trait d’esprit comme morsure légère : « je veux vous rappeler que la nature de la répartie n’est pas de mordre comme un chien, mais comme une brebis » La chute ne sera pas mortelle : Guido Cavalcanti se dégage, Betto Brunelleschi se fait l’interprète de sa propre défaite La violence d’un magnat : « Et beaucoup se réjouirent de sa mort, car ce fut un bien triste citoyen » (Dino Compagni, Cronica, à propos de la mort en 1311 de Betto Brunelleschi) Retour à la cité (Christiane Klapisch-Zuber, 2006) : quand le magnat négocie sa réintégration dans le fonctionnement ordinaire des institutions communales Guido Cavalcanti, « l’un des meilleurs dialecticiens du monde, excellent expert en philosophie naturelle » : loquens ut naturalis Averroès, les épicuriens et la leggiadria de Guido Messer Brunetto, questa pulzelletta (Dante, Rime, sonnet 99) La brigata de Dante et de Guido Calvalcanti : une poésie du savoir (Emanuele Coccia et Sylvain Piron) Une société dantesque : fiction du cas, friction des normes 1348 : histoire globale d’un événement de longue durée « Ceuls qui moururent/nul ne les pourroit nombrer/ Ymaginer, penser ne dire/Figurer, monstrer ne ecrire » (Guillaume de Machaut) Des textes de la pratique qui ne documentent que les à-côtés du désastre Millard Meiss, La peinture à Florence et à Sienne après la Peste noire (1951) : la peinture donne-t-elle à voir l’irruption de la mort ? Vasari et le déni de peste : « la chance prodigieuse de vivre au temps de Messire François Pétrarque » La peste n’est pas dépeinte, elle est peinte ; elle n’est pas décrite, elle est écrite (Georges Didi-Hubermann, « Feux d’images. Un malaise dans la représentation du XIVe siècle », préface à Millard Meiss) Défiguration de masse et décomposition de la ressemblance « Après ce bouleversement, la cité vécut en paix jusqu’en 1348, époque de cette peste mémorable (quella memorabile pestilenzia) décrite par Giovanni Bocaccio avec tant d’éloquence, et qui enleva dans Florence plus de quatre-vingt-seize âmes » (Machiavel, Histoires florentines, 1526) Inoubliable mais indescriptible, la peste ne produit pas de bouleversements politiques Lire en historien la description en « frontispice » du Décaméron : « …entassés là, comme les marchandises que l’on empile dans les cales des navires, ils étaient couche après couche recouverts d’un peu de terre jusqu’à ce que l’on fût au sommet de la fosse » Après cet « horrible commencement », traverser l’effroi : « Mais je ne voudrais pas que l’effroi vous interdise d’aller plus avant » Guido Cavalcanti, « narrateur habile et léger » : lui aussi a traversé l’effro « L’instant de survivre est instant de puissance. L’effroi d’avoir vu la mort se dénoue en satisfaction, puisque l’on n’est pas soi-même le mort » (Elias Canetti, Masse et puissance, 1960) Le tyran est un survivant au pouvoir.

02 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Jan 18 2018 66 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Suivre les « narrateurs habiles et légers », d’accord, mais qu’est-ce que la légèreté ? Italo Calvino appelle « légèreté pensive » (pensosità) cet élan qui fait paraître pesante, inerte et opaque la frivolité (Leçons américaines, 1986) Boccace, Décaméron, neuvième nouvelle de la sixième journée : histoire d’une brigata spendericcia Sept femmes, trois hommes et deux personnages historiques : Betto Brunelleschi et Guido Cavalcanti Temps de l’histoire, temps de la narration et passé récent « Il se trouvait donc entre les colonnes de porphyre que l’on peut toujours voir, les tombeaux et la porte de San Giovanni, quand messire Betto, traversant à cheval la place de Santa Reparata avec sa compagnie, l’aperçut parmi ces sépultures et dit en accord avec ses amis : “allons lui chercher noise” (Andiamo a dargli briga) » Une accusation d’athéisme un peu cavalière « Se voyant encerclé, Guido leur répondit avec promptitude (prestamente) : “Seigneurs, vous êtes ici chez vous, livre à vous de me dire ce que vous vous semble” : puis ayant posé la main sur l’un de ces tombeaux qui étaient très hauts, il prit son élan et, doué qu’il était d’une parfaite légèreté (sì come colui che leggerissimo era), se retrouva de l’autre côté ; leur ayant échappé, il s’en alla » L’éloge, par Italo Calvino, du bond léger : « Que sa gravité recèle le secret de la légèreté, tandis que ce que beaucoup prennent pour la vitalité des temps, bruyante, agressive, trépignante et tapageuse, appartient au royaume de la mort, comme un cimetière d’automobiles rouillées » Historiciser notre lecture de la nouvelle : Giorgio Inglese, Francesco Baussi, Fosca Mariani Zini Qu’est-ce qu’un cas ? « La forme du cas a ceci de particulier qu’elle pose une question sans pouvoir donner la réponse, qu’elle nous impose l’obligation de décider mais sans contenir la décision elle-même — elle est le lieu où s’effectue la pesée mais non pas encore le résultat » (André Jolles, Formes simples, Paris, 1972) Le récit cadre de la sixième journée du Décaméron, le trait d’esprit comme morsure légère : « je veux vous rappeler que la nature de la répartie n’est pas de mordre comme un chien, mais comme une brebis » La chute ne sera pas mortelle : Guido Cavalcanti se dégage, Betto Brunelleschi se fait l’interprète de sa propre défaite La violence d’un magnat : « Et beaucoup se réjouirent de sa mort, car ce fut un bien triste citoyen » (Dino Compagni, Cronica, à propos de la mort en 1311 de Betto Brunelleschi) Retour à la cité (Christiane Klapisch-Zuber, 2006) : quand le magnat négocie sa réintégration dans le fonctionnement ordinaire des institutions communales Guido Cavalcanti, « l’un des meilleurs dialecticiens du monde, excellent expert en philosophie naturelle » : loquens ut naturalis Averroès, les épicuriens et la leggiadria de Guido Messer Brunetto, questa pulzelletta (Dante, Rime, sonnet 99) La brigata de Dante et de Guido Calvalcanti : une poésie du savoir (Emanuele Coccia et Sylvain Piron) Une société dantesque : fiction du cas, friction des normes 1348 : histoire globale d’un événement de longue durée « Ceuls qui moururent/nul ne les pourroit nombrer/ Ymaginer, penser ne dire/Figurer, monstrer ne ecrire » (Guillaume de Machaut) Des textes de la pratique qui ne documentent que les à-côtés du désastre Millard Meiss, La peinture à Florence et à Sienne après la Peste noire (1951) : la peinture donne-t-elle à voir l’irruption de la mort ? Vasari et le déni de peste : « la chance prodigieuse de vivre au temps de Messire François Pétrarque » La peste n’est pas dépeinte, elle est peinte ; elle n’est pas décrite, elle est écrite (Georges Didi-Hubermann, « Feux d’images. Un malaise dans la représentation du XIVe siècle », préface à Millard Meiss) Défiguration de masse et décomposition de la ressemblance « Après ce bouleversement, la cité vécut en paix jusqu’en 1348, époque de cette peste mémorable (quella memorabile pestilenzia) décrite par Giovanni Bocaccio avec tant d’éloquence, et qui enleva dans Florence plus de quatre-vingt-seize âmes » (Machiavel, Histoires florentines, 1526) Inoubliable mais indescriptible, la peste ne produit pas de bouleversements politiques Lire en historien la description en « frontispice » du Décaméron : « …entassés là, comme les marchandises que l’on empile dans les cales des navires, ils étaient couche après couche recouverts d’un peu de terre jusqu’à ce que l’on fût au sommet de la fosse » Après cet « horrible commencement », traverser l’effroi : « Mais je ne voudrais pas que l’effroi vous interdise d’aller plus avant » Guido Cavalcanti, « narrateur habile et léger » : lui aussi a traversé l’effro « L’instant de survivre est instant de puissance. L’effroi d’avoir vu la mort se dénoue en satisfaction, puisque l’on n’est pas soi-même le mort » (Elias Canetti, Masse et puissance, 1960) Le tyran est un survivant au pouvoir.

01 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident - VIDEO
Jan 18 2018 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

01 - L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident
Jan 18 2018 91 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane. Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de « cliomane » et « cliopathe ». Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible. Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.






L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident : Les courTs du Collège de France
Jan 17 2018 5 mins  
Edhem Eldem Collège de France Histoire turque et ottomane L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident Année 2017-2018 Transcription de la vidéo : J'inaugure cette nouvelle chaire Histoire turque et ottomane avec un cours, cette année, qui portera sur le long XIXe siècle et sur la transformation de l'Empire ottoman face à l'Occident. L'objectif est d'analyser, d'examiner dans le détail, les dynamiques de ces relations entre un Empire que l'on dit mourant et une Europe qui est extrêmement puissante, qui est de plus en plus arrogante, donc c'est une relation assez conflictuelle mais aussi une relation d'amour, d'admiration puisque la modernisation ottomane va se faire à l'aune de l'Occident, c'est-à-dire qu'on va copier, on va émuler et on va essayer d'imiter ce que l'on considère être une formule de réussite. Alors l'idée est de trouver un rythme pour ce XIXe siècle et ce rythme, je l'établis en trois temps. Un premier temps qui est celui du flirt, en quelque sorte, où l'Empire ottoman commence à découvrir, mais très superficiellement, la réalité occidentale, notamment par des innovations technologiques. Un deuxième temps est celui de l'union, disons presque du mariage. Les Ottomans réalisent que des corrections ponctuelles ne suffisent plus et qu'il faut, par conséquent, se lancer dans un remaniement, une reconstruction de l'État et on se lance dans ce projet avec beaucoup d'enthousiasme, il faut le dire, à partir des années 1840, mais ça n'est pas que l'État, c'est aussi la société que l'on essaie de transformer par le haut et je crois que le point culminant de ce processus, c'est 1856, un décret qui, pour la première fois, parle de l'égalité de tous les sujets. Or, l'égalité, c'est quelque chose qui, dans un contexte ottoman traditionnel, n'a pas de sens puisque c'est une société hiérarchisée où vous avez, déjà, de l'esclavage mais aussi une inégalité de fond entre les musulmans et les non-musulmans. Et pour un moment ça marche. J'appelle ça un printemps des peuples ottomans. Pendant vingt ans, l'État joue le jeu, c'est-à-dire qu'il commence à recruter des non-musulmans dans les rangs de la bureaucratie. Ça ne dure pas longtemps parce que c'est un peu contre nature – c'est le XIXe, c'est l'âge des nationalismes – et surtout la gestion est mauvaise. Au bout de vingt ans il y a un essoufflement à la fois politique et économique qui mène à une crise, et c'est cette crise qui va ouvrir la troisième phase de ce long XIXe siècle, une phase de divorce, en quelque sorte, entre l'Empire ottoman et l'Occident où l'Empire ottoman, pensant être trahi par l'Europe, va se replier sur lui-même. Ça devient un empire de plus en plus islamique, de plus en plus turc, puisque la langue est turque, puisque le nationalisme turc est en train de naître et c'est ce qui fonde l'État turc dans sa modernité et une modernité assez sombre puisque c'est la période des massacres perpétrés contre les Arméniens et qui préfigurent une violence étatique qui va caractériser le XXe siècle. Donc tout cela pour dire que le XIXe siècle est extrêmement formateur, est crucial pour comprendre les dynamiques de transformation d'un Empire en État-nation, un processus fascinant qui mérite d'être étudié dans le détail en donnant la primauté aux voix locales parce que l'un des problèmes de l'historiographie de cette période, c'est que l'on a énormément de sources occidentales qui ont déjà une vision assez biaisée des choses et par conséquent, ce qu'il faut faire, c'est essayer de donner une voix aux textes locaux, aux textes ottomans, pas uniquement turcs, grecs, arméniens, essayer de voir comment cette période se forme et s'exprime à partir d'une documentation que l'on va lire dans le détail pour essayer de comprendre un peu comment ça marche.









01 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie - VIDEO
Jan 12 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Tout pouvoir est pouvoir de mise en récit. Cela ne signifie pas seulement qu’il se donne à voir et à comprendre par des fables ou des intrigues ; cela veut dire plus profondément qu’il ne devient pleinement efficient qu’à partir du moment où il réoriente les récits de vie de ceux qu’il domine. On doit sans louvoyer envisager cette puissance narrative de l’exercice du pouvoir, qui noue art de gouverner et art de raconter, si l’on veut comprendre les formes historiques du consentement au pouvoir autoritaire. Pour le dire vite : ce qu’il y a d’attirant dans la tyrannie, c’est sa puissance fictionnelle. Non seulement sa capacité à parler et à faire parler, mais à susciter une énergie narrative. Et le travail de l’historien consiste à chercher le moyen d’y contrevenir. Le cours de cette année poursuit la réflexion sur les fictions politiques engagées l’année précédente. Il s’agit toujours de les envisager comme des formes narratives de la théorie politique, susceptibles de produire des effets de vérité sur le présent et d’en partager l’expérience à partir d’un passé historique. Mais il s’agit désormais de le faire à partir d’un corpus strictement limité : celui de la novellistica italienne qui, dans l’effet de souffle de la révolution narrative du Décameron de Boccace, constitue un genre littéraire propre aux sociétés urbaines de l’Italie communale et post-communale, en Toscane notamment. Du XIVe au XVIe siècle, se développe donc une production textuelle singulière porteuse d’un savoir social particulièrement corrosif dont on tentera d’analyser la sociologie implicite. De Franco Sacchetti a Matteo Bandello, en passant par Giovanni Sercambi, le pseudo-Gentile Sermini et tant d’autres, souvent anonymes, cette littérature des novelle permet de saisir, notamment à l’épreuve de la beffa, c’est-à-dire du pouvoir subversif de la dérision, les mécanismes d’une société politique en crise. On tentera d’en dresser le portrait historique, en prenant la mesure des rapports entre expérience seigneuriale et tradition communale. Pour cela, on s’intéressera en particulier au destin fictionnel de Bernabò Visconti, seigneur de Milan de 1354 à 1385, qui devient, de son vivant même, un personnage de novelle, incarnant un personnage inquiétant et grotesque qui se maintient comme tel un siècle durant, au fur et à mesure du développement du genre. Il devient alors ce tyran attirant qui, par son rôle de beffatore ne cesse de créer des surprises et de susciter le rire. Ce rire est-il libérateur où installe-t-il dans l’horizon narratif familier de la nouvelle une certaine acclimatation au pouvoir tyrannique ? « Pour l’essentiel, le pouvoir autoritaire est librement consenti » (Timothy Snyder, De la tyrannie.Vingt leçons du XXe siècle, Paris, 2017) Un recueil de nouvelles théoriques, où « l’obéissance anticipée » de l’intrigue à la morale L’hypothèse de départ : un nouage entre art de gouverner et art de raconter Quand le « roman du dictateur » mime et mine la voix du despote : le Recours de la méthode (Alejo Carpentier, 1974) « Il jette sa voix devant lui pour être entendu, écouté, obéi. Bien qu’il paraisse muet, taciturne, silencieux, son silence est un ordre. Ce qui signifie que dans le Suprême, il y a au moins deux personnes » (Augusto Roa Bastos,Moi, le Suprême, 1974) Le « monologue multiple » de Gabriel Garcia Marquez et la « neutralisation de la fascination » (Emmanuel Bouju, La transcription de l’histoire, Rennes, 2006) Le chaos carnavalesque : « un bobard de l’imagination, un tyran pour rire qui ne sut jamais où était l’envers et où était l’endroit de cette vie » (L’Automne du patriarche, 1975) Retour à la novellistica toscane et rappels de quelques propositions du cours de l’année précédentes sur les fictions politiques comme expérience de production de la vérité : métaphores, préfigurations, pastiches et postiches « Ce qui distingue la fiction de l’expérience ordinaire, ce n’est pas un défaut de réalité mais un surcroît de rationalité » (Jacques Rancière, Les bords de la fiction, Paris, 2017) « Face au Léviathan » : Rebrousser chemin à partir d’un point de répulsion : le nouvel âge de la représentation Le 15 mai 1610, au matin, un enfant de huit ans… Louis XIII et la fiction politique des origines médiévales du Lit de justice Dérèglement rituel, improvisation théâtrale « Qu’a-t-on à opposer au pouvoir absolu de l’empereur ? Ni un droit ni des idées. Seulement une accumulation de souvenirs, vrais ou inventés, et d’images » (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Etude sur le “césaropapisme” byzantin, Paris, 1996) Le « portrait royal rasséréné » de Henri IV et le « roi hanté » Louis XIII : l’âge de la « représentation représentée » (Yann Lignereux, Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Rennes, 2016) Le coup de majesté de l’assassinat de Concini le 25 avril 1617 Une histoire visuelle et textuelle de la fabrique du tyran (Hélène Duccini, Faire voir, faire croire. L’opinion publique sous Louis XIII, Seyssel, 2003) Les Merveilles et coup d’essai de Louis le Juste : « Que vous, Sire, ayez eu une patience merveilleuse et conduite si secrète qu’à peine se trouverait-elle semblable aux âmes les plus chenues, c’est ce qui me jette comme hors de moi » Le prince idéal comme illusion d’optique : une histoire d’anamorphoses et de prises de position Le coup d’État est comme l’orage : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu’on ne l’a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’Etat, 1639) La fiction politique comme loupe politique qui permet d’observer, après-coup, les signes avant-coureurs Un avant-coup fictionnel : le ballet dansé de la Délivrance de Renaud (29 janvier 1617) La force de frappe du pathétique politique fait défaillir la représentation (Sylvaine Guyot) Un feu purificateur va « rappeler tous ses sujets à leur devoir, et les purger de tous prétextes de désobéissance » (Discours au vray du ballet dansé par le Roy) La théâtralisation du projet politique de Louis XIII, un acting out ? Quand l’événement devient, en temps réel, la scénographie de son propre déroulement « Merci, grand merci à vous, à cette heure je suis roi » Répétition fictionnelle et clôture tragique : La Magicienne étrangère Les deux costumes du roi : « la force démoniaque du feu [s’est] transformée et intensifiée en lumière du roi soleil » (Giovanni Carreri, Jérusalem délivrée. Gestes d’amour et de guerres, Paris, 2005) Comme dans La fête au bouc (Mario Vargas Llosa, 2000), le désordre burlesque est une inversion carnavalesque aux fins du pouvoir « Et voici le mythe fondateur ; un jour, la force, au lieu de frapper, a parlé ? Au lieu de se faire craindre, par sa nécessité même, de faire la guerre pour s’assurer qu’elle était la plus forte, elle s’est investie dans les signes qui la désignent, elle s’est mise en représentation. Elle a tenu discours, un discours qui répète seulement ceci ; qu’elle est la justice et la vérité » (Louis Marin, Le récit est un piège, 1978) Est-il imparable ? La leçon des bêtes et les « brèves machinations » des fables (La Fontaine, « Le pouvoir des fables ») et des contes (Perrault, Le chat botté) Suivons les « narrateurs habiles et légers ».

01 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie
Jan 12 2018 64 mins  
Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie Tout pouvoir est pouvoir de mise en récit. Cela ne signifie pas seulement qu’il se donne à voir et à comprendre par des fables ou des intrigues ; cela veut dire plus profondément qu’il ne devient pleinement efficient qu’à partir du moment où il réoriente les récits de vie de ceux qu’il domine. On doit sans louvoyer envisager cette puissance narrative de l’exercice du pouvoir, qui noue art de gouverner et art de raconter, si l’on veut comprendre les formes historiques du consentement au pouvoir autoritaire. Pour le dire vite : ce qu’il y a d’attirant dans la tyrannie, c’est sa puissance fictionnelle. Non seulement sa capacité à parler et à faire parler, mais à susciter une énergie narrative. Et le travail de l’historien consiste à chercher le moyen d’y contrevenir. Le cours de cette année poursuit la réflexion sur les fictions politiques engagées l’année précédente. Il s’agit toujours de les envisager comme des formes narratives de la théorie politique, susceptibles de produire des effets de vérité sur le présent et d’en partager l’expérience à partir d’un passé historique. Mais il s’agit désormais de le faire à partir d’un corpus strictement limité : celui de la novellistica italienne qui, dans l’effet de souffle de la révolution narrative du Décameron de Boccace, constitue un genre littéraire propre aux sociétés urbaines de l’Italie communale et post-communale, en Toscane notamment. Du XIVe au XVIe siècle, se développe donc une production textuelle singulière porteuse d’un savoir social particulièrement corrosif dont on tentera d’analyser la sociologie implicite. De Franco Sacchetti a Matteo Bandello, en passant par Giovanni Sercambi, le pseudo-Gentile Sermini et tant d’autres, souvent anonymes, cette littérature des novelle permet de saisir, notamment à l’épreuve de la beffa, c’est-à-dire du pouvoir subversif de la dérision, les mécanismes d’une société politique en crise. On tentera d’en dresser le portrait historique, en prenant la mesure des rapports entre expérience seigneuriale et tradition communale. Pour cela, on s’intéressera en particulier au destin fictionnel de Bernabò Visconti, seigneur de Milan de 1354 à 1385, qui devient, de son vivant même, un personnage de novelle, incarnant un personnage inquiétant et grotesque qui se maintient comme tel un siècle durant, au fur et à mesure du développement du genre. Il devient alors ce tyran attirant qui, par son rôle de beffatore ne cesse de créer des surprises et de susciter le rire. Ce rire est-il libérateur où installe-t-il dans l’horizon narratif familier de la nouvelle une certaine acclimatation au pouvoir tyrannique ? « Pour l’essentiel, le pouvoir autoritaire est librement consenti » (Timothy Snyder, De la tyrannie.Vingt leçons du XXe siècle, Paris, 2017) Un recueil de nouvelles théoriques, où « l’obéissance anticipée » de l’intrigue à la morale L’hypothèse de départ : un nouage entre art de gouverner et art de raconter Quand le « roman du dictateur » mime et mine la voix du despote : le Recours de la méthode (Alejo Carpentier, 1974) « Il jette sa voix devant lui pour être entendu, écouté, obéi. Bien qu’il paraisse muet, taciturne, silencieux, son silence est un ordre. Ce qui signifie que dans le Suprême, il y a au moins deux personnes » (Augusto Roa Bastos,Moi, le Suprême, 1974) Le « monologue multiple » de Gabriel Garcia Marquez et la « neutralisation de la fascination » (Emmanuel Bouju, La transcription de l’histoire, Rennes, 2006) Le chaos carnavalesque : « un bobard de l’imagination, un tyran pour rire qui ne sut jamais où était l’envers et où était l’endroit de cette vie » (L’Automne du patriarche, 1975) Retour à la novellistica toscane et rappels de quelques propositions du cours de l’année précédentes sur les fictions politiques comme expérience de production de la vérité : métaphores, préfigurations, pastiches et postiches « Ce qui distingue la fiction de l’expérience ordinaire, ce n’est pas un défaut de réalité mais un surcroît de rationalité » (Jacques Rancière, Les bords de la fiction, Paris, 2017) « Face au Léviathan » : Rebrousser chemin à partir d’un point de répulsion : le nouvel âge de la représentation Le 15 mai 1610, au matin, un enfant de huit ans… Louis XIII et la fiction politique des origines médiévales du Lit de justice Dérèglement rituel, improvisation théâtrale « Qu’a-t-on à opposer au pouvoir absolu de l’empereur ? Ni un droit ni des idées. Seulement une accumulation de souvenirs, vrais ou inventés, et d’images » (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Etude sur le “césaropapisme” byzantin, Paris, 1996) Le « portrait royal rasséréné » de Henri IV et le « roi hanté » Louis XIII : l’âge de la « représentation représentée » (Yann Lignereux, Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Rennes, 2016) Le coup de majesté de l’assassinat de Concini le 25 avril 1617 Une histoire visuelle et textuelle de la fabrique du tyran (Hélène Duccini, Faire voir, faire croire. L’opinion publique sous Louis XIII, Seyssel, 2003) Les Merveilles et coup d’essai de Louis le Juste : « Que vous, Sire, ayez eu une patience merveilleuse et conduite si secrète qu’à peine se trouverait-elle semblable aux âmes les plus chenues, c’est ce qui me jette comme hors de moi » Le prince idéal comme illusion d’optique : une histoire d’anamorphoses et de prises de position Le coup d’État est comme l’orage : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu’on ne l’a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’Etat, 1639) La fiction politique comme loupe politique qui permet d’observer, après-coup, les signes avant-coureurs Un avant-coup fictionnel : le ballet dansé de la Délivrance de Renaud (29 janvier 1617) La force de frappe du pathétique politique fait défaillir la représentation (Sylvaine Guyot) Un feu purificateur va « rappeler tous ses sujets à leur devoir, et les purger de tous prétextes de désobéissance » (Discours au vray du ballet dansé par le Roy) La théâtralisation du projet politique de Louis XIII, un acting out ? Quand l’événement devient, en temps réel, la scénographie de son propre déroulement « Merci, grand merci à vous, à cette heure je suis roi » Répétition fictionnelle et clôture tragique : La Magicienne étrangère Les deux costumes du roi : « la force démoniaque du feu [s’est] transformée et intensifiée en lumière du roi soleil » (Giovanni Carreri, Jérusalem délivrée. Gestes d’amour et de guerres, Paris, 2005) Comme dans La fête au bouc (Mario Vargas Llosa, 2000), le désordre burlesque est une inversion carnavalesque aux fins du pouvoir « Et voici le mythe fondateur ; un jour, la force, au lieu de frapper, a parlé ? Au lieu de se faire craindre, par sa nécessité même, de faire la guerre pour s’assurer qu’elle était la plus forte, elle s’est investie dans les signes qui la désignent, elle s’est mise en représentation. Elle a tenu discours, un discours qui répète seulement ceci ; qu’elle est la justice et la vérité » (Louis Marin, Le récit est un piège, 1978) Est-il imparable ? La leçon des bêtes et les « brèves machinations » des fables (La Fontaine, « Le pouvoir des fables ») et des contes (Perrault, Le chat botté) Suivons les « narrateurs habiles et légers ».