Collège de France (Histoire des religions)

Apr 05 2020 63 mins 27.1k

Podcast du Collège de France





08 - Dieux, daimones, héros (II) - VIDEO
Apr 05 2020 67 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.

08 - Dieux, daimones, héros (II)
Apr 05 2020 67 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.





07 - Dieux, daimones, héros (II) - VIDEO
Mar 06 2020 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.

07 - Dieux, daimones, héros (II)
Mar 06 2020 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.








06 - Dieux, daimones, héros (II) - VIDEO
Feb 28 2020 65 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.

06 - Dieux, daimones, héros (II) - PDF
Feb 28 2020 65 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.

06 - Dieux, daimones, héros (II)
Feb 28 2020 65 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 La Théogonie d’Hésiode présente l’acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d’Ouranos par Kronos. Ce crime fait s’engouffrer dans le monde une myriade d’entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l’apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n’être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l’émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d’autres modalités que celles dessinées par l’épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d’entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s’ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l’Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d’un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d’intégration.











02 - Dieux, daimones, héros (II) - VIDEO
Feb 05 2020 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 Dieux, daimones, héros (II) La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu’est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l’action divine ? Poursuivant l’investigation ouverte l’an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d’enrichir et d’affiner l’interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l’ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l’immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.


02 - Dieux, daimones, héros (II)
Feb 05 2020 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 Dieux, daimones, héros (II) La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu’est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l’action divine ? Poursuivant l’investigation ouverte l’an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d’enrichir et d’affiner l’interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l’ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l’immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.

01 - Dieux, daimones, héros (II) - VIDEO
Jan 30 2020 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 Dieux, daimones, héros (II) La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu’est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l’action divine ? Poursuivant l’investigation ouverte l’an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d’enrichir et d’affiner l’interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l’ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l’immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.

01 - Dieux, daimones, héros (II)
Jan 30 2020 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2019-2020 Dieux, daimones, héros (II) La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu’est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l’action divine ? Poursuivant l’investigation ouverte l’an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d’enrichir et d’affiner l’interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l’ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l’immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.


















10 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Apr 12 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Le célèbre passage du livre II (53) d’Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d’une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l’historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l’étymologie de daimôn qui, pour sa part, n’a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l’action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l’étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l’emprise des dieux sur la condition humaine. S’y rattache également l’idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l’espace. Dans l’économie générale du monde telle que l’évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C’est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.

10 - Dieux, daimones, héros - PDF
Apr 12 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Le célèbre passage du livre II (53) d’Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d’une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l’historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l’étymologie de daimôn qui, pour sa part, n’a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l’action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l’étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l’emprise des dieux sur la condition humaine. S’y rattache également l’idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l’espace. Dans l’économie générale du monde telle que l’évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C’est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.

10 - Dieux, daimones, héros
Apr 12 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Le célèbre passage du livre II (53) d’Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d’une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l’historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l’étymologie de daimôn qui, pour sa part, n’a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l’action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l’étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l’emprise des dieux sur la condition humaine. S’y rattache également l’idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l’espace. Dans l’économie générale du monde telle que l’évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C’est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.

09 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Apr 08 2019 70 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Diverses orientations sémantiques traversent les tragédies complètes que nous avons conservées. La première est celle de la synonymie entre theos et daimôn, telle qu’on l’a rencontrée déjà, tant au pluriel qu’au singulier. Certaines occurrences qui relèvent d’une telle alternance semblent toutefois la dépasser en ajoutant l’aspect « marqué » d’une action divine dans le monde, comme le cas de Dionysos qualifié de daimôn « manifeste » dans les Bacchantes. La deuxième orientation sémantique concerne la « cristallisation » d’une action divine qui prend une consistance propre, dans le bien comme dans le mal attribué aux humains. La troisième voie fait passer d’une action divine conjoncturelle, que l’on pourra parfois traduire par « le sort », à une situation structurelle où les actions s’enchainent dans une suite que l’on peut alors désigner sous le terme de « destinée ». La quatrième orientation est étroitement liée à la précédente et concerne ce que l’on peut appeler brièvement « le daimôn familial ». Il évoque la récurrence, de génération en génération dans une même lignée, du bonheur ou du malheur, la matière tragique faisant plutôt droit au daimôn négatif, par exemple dans la famille des Atrides ou celle des Labdacides. Enfin, en cinquième et dernière instance, on s’interroge sur l’attribution du nom daimôn à des défunts comme Darius dans les Perses d’Eschyle, Alceste dans la pièce éponyme d’Euripide, ou encore Rhésos qualifié d’anthrôpodaimôn dans la pièce éponyme du pseudo-Euripide. Dans ce dernier cas, le contexte de l’existence post-mortem de Rhésos invite à rapprocher l’hapax anthrôpodaimôn du daimôn dios que devient Phaéthon à la fin de la Théogonie.

09 - Dieux, daimones, héros - PDF
Apr 08 2019 70 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Diverses orientations sémantiques traversent les tragédies complètes que nous avons conservées. La première est celle de la synonymie entre theos et daimôn, telle qu’on l’a rencontrée déjà, tant au pluriel qu’au singulier. Certaines occurrences qui relèvent d’une telle alternance semblent toutefois la dépasser en ajoutant l’aspect « marqué » d’une action divine dans le monde, comme le cas de Dionysos qualifié de daimôn « manifeste » dans les Bacchantes. La deuxième orientation sémantique concerne la « cristallisation » d’une action divine qui prend une consistance propre, dans le bien comme dans le mal attribué aux humains. La troisième voie fait passer d’une action divine conjoncturelle, que l’on pourra parfois traduire par « le sort », à une situation structurelle où les actions s’enchainent dans une suite que l’on peut alors désigner sous le terme de « destinée ». La quatrième orientation est étroitement liée à la précédente et concerne ce que l’on peut appeler brièvement « le daimôn familial ». Il évoque la récurrence, de génération en génération dans une même lignée, du bonheur ou du malheur, la matière tragique faisant plutôt droit au daimôn négatif, par exemple dans la famille des Atrides ou celle des Labdacides. Enfin, en cinquième et dernière instance, on s’interroge sur l’attribution du nom daimôn à des défunts comme Darius dans les Perses d’Eschyle, Alceste dans la pièce éponyme d’Euripide, ou encore Rhésos qualifié d’anthrôpodaimôn dans la pièce éponyme du pseudo-Euripide. Dans ce dernier cas, le contexte de l’existence post-mortem de Rhésos invite à rapprocher l’hapax anthrôpodaimôn du daimôn dios que devient Phaéthon à la fin de la Théogonie.

09 - Dieux, daimones, héros
Apr 08 2019 70 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Diverses orientations sémantiques traversent les tragédies complètes que nous avons conservées. La première est celle de la synonymie entre theos et daimôn, telle qu’on l’a rencontrée déjà, tant au pluriel qu’au singulier. Certaines occurrences qui relèvent d’une telle alternance semblent toutefois la dépasser en ajoutant l’aspect « marqué » d’une action divine dans le monde, comme le cas de Dionysos qualifié de daimôn « manifeste » dans les Bacchantes. La deuxième orientation sémantique concerne la « cristallisation » d’une action divine qui prend une consistance propre, dans le bien comme dans le mal attribué aux humains. La troisième voie fait passer d’une action divine conjoncturelle, que l’on pourra parfois traduire par « le sort », à une situation structurelle où les actions s’enchainent dans une suite que l’on peut alors désigner sous le terme de « destinée ». La quatrième orientation est étroitement liée à la précédente et concerne ce que l’on peut appeler brièvement « le daimôn familial ». Il évoque la récurrence, de génération en génération dans une même lignée, du bonheur ou du malheur, la matière tragique faisant plutôt droit au daimôn négatif, par exemple dans la famille des Atrides ou celle des Labdacides. Enfin, en cinquième et dernière instance, on s’interroge sur l’attribution du nom daimôn à des défunts comme Darius dans les Perses d’Eschyle, Alceste dans la pièce éponyme d’Euripide, ou encore Rhésos qualifié d’anthrôpodaimôn dans la pièce éponyme du pseudo-Euripide. Dans ce dernier cas, le contexte de l’existence post-mortem de Rhésos invite à rapprocher l’hapax anthrôpodaimôn du daimôn dios que devient Phaéthon à la fin de la Théogonie.








08 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Mar 29 2019 56 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Un humain eudaimôn est « aimé des dieux immortels », ainsi que l’affirme Théognis. Dans ses Élégies qui font se succéder des sentences gnomiques et moralisantes où le terme daimôn a sa place, on perçoit clairement la valeur distributive des actions de daimones à qui est rapportée la répartition des biens et des maux dans la vie humaine. Cependant, quand il s’agit de prier pour obtenir un sort favorable, c’est à un dieu spécifique que l’on s’adresse, quitte à solliciter l’envoi d’un daimôn. Cette hiérarchisation crée les conditions de la cristallisation de la puissance d’une dieu sous forme d’un agent telle qu’on l’a déjà perçue dans l’Odyssée et chez Sappho. Il arrive, comme dans le cas de Phaéthon, qu’un daimôn reçoive un nom propre. C’est ce que l’on trouve chez Théognis, où eris, l’espoir, et kindunos, le danger, sont considérés comme « des daimones redoutables » (v. 637-638). Mais, par ailleurs, eris est « la seule divinité bénéfique parmi les hommes », ce qui montre une fois de plus la participation du daimôn à la divinité et la fluidité des catégories. La comparaison de ces affirmations élégiaques et gnomiques avec l’expression de la condition humaine telle que la mettent en scène la Théogonie et Les Travaux et les Jours permet de voir à l’œuvre ces glissements entre statut divin et action démonique rapportée à un dieu. Les Épinicies de Pindare élargissent encore le champ en plaçant la distinction entre dieux et mortels dans le registre de la puissance et de l’action des premiers sur le cours de la vie des seconds. Cette action, qu’elle soit positive ou négative, passe à nouveau par le biais de l’action démonique. Et quand elle est positive, l’humain est bel et bien eudaimôn.

08 - Dieux, daimones, héros - PDF
Mar 29 2019 56 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Un humain eudaimôn est « aimé des dieux immortels », ainsi que l’affirme Théognis. Dans ses Élégies qui font se succéder des sentences gnomiques et moralisantes où le terme daimôn a sa place, on perçoit clairement la valeur distributive des actions de daimones à qui est rapportée la répartition des biens et des maux dans la vie humaine. Cependant, quand il s’agit de prier pour obtenir un sort favorable, c’est à un dieu spécifique que l’on s’adresse, quitte à solliciter l’envoi d’un daimôn. Cette hiérarchisation crée les conditions de la cristallisation de la puissance d’une dieu sous forme d’un agent telle qu’on l’a déjà perçue dans l’Odyssée et chez Sappho. Il arrive, comme dans le cas de Phaéthon, qu’un daimôn reçoive un nom propre. C’est ce que l’on trouve chez Théognis, où eris, l’espoir, et kindunos, le danger, sont considérés comme « des daimones redoutables » (v. 637-638). Mais, par ailleurs, eris est « la seule divinité bénéfique parmi les hommes », ce qui montre une fois de plus la participation du daimôn à la divinité et la fluidité des catégories. La comparaison de ces affirmations élégiaques et gnomiques avec l’expression de la condition humaine telle que la mettent en scène la Théogonie et Les Travaux et les Jours permet de voir à l’œuvre ces glissements entre statut divin et action démonique rapportée à un dieu. Les Épinicies de Pindare élargissent encore le champ en plaçant la distinction entre dieux et mortels dans le registre de la puissance et de l’action des premiers sur le cours de la vie des seconds. Cette action, qu’elle soit positive ou négative, passe à nouveau par le biais de l’action démonique. Et quand elle est positive, l’humain est bel et bien eudaimôn.


08 - Dieux, daimones, héros
Mar 29 2019 56 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Un humain eudaimôn est « aimé des dieux immortels », ainsi que l’affirme Théognis. Dans ses Élégies qui font se succéder des sentences gnomiques et moralisantes où le terme daimôn a sa place, on perçoit clairement la valeur distributive des actions de daimones à qui est rapportée la répartition des biens et des maux dans la vie humaine. Cependant, quand il s’agit de prier pour obtenir un sort favorable, c’est à un dieu spécifique que l’on s’adresse, quitte à solliciter l’envoi d’un daimôn. Cette hiérarchisation crée les conditions de la cristallisation de la puissance d’une dieu sous forme d’un agent telle qu’on l’a déjà perçue dans l’Odyssée et chez Sappho. Il arrive, comme dans le cas de Phaéthon, qu’un daimôn reçoive un nom propre. C’est ce que l’on trouve chez Théognis, où eris, l’espoir, et kindunos, le danger, sont considérés comme « des daimones redoutables » (v. 637-638). Mais, par ailleurs, eris est « la seule divinité bénéfique parmi les hommes », ce qui montre une fois de plus la participation du daimôn à la divinité et la fluidité des catégories. La comparaison de ces affirmations élégiaques et gnomiques avec l’expression de la condition humaine telle que la mettent en scène la Théogonie et Les Travaux et les Jours permet de voir à l’œuvre ces glissements entre statut divin et action démonique rapportée à un dieu. Les Épinicies de Pindare élargissent encore le champ en plaçant la distinction entre dieux et mortels dans le registre de la puissance et de l’action des premiers sur le cours de la vie des seconds. Cette action, qu’elle soit positive ou négative, passe à nouveau par le biais de l’action démonique. Et quand elle est positive, l’humain est bel et bien eudaimôn.

07 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Mar 27 2019 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d’Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l’intérieur dans ses temples divins » (986-991). D’autres cas d’enlèvements d’humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l’Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s’approchent le plus des dieux par l’apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s’il bénéficie lui aussi d’une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d’affiner la notion de « puissance d’action d’une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu’ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l’Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l’association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.

07 - Dieux, daimones, héros - PDF
Mar 27 2019 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d’Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l’intérieur dans ses temples divins » (986-991). D’autres cas d’enlèvements d’humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l’Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s’approchent le plus des dieux par l’apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s’il bénéficie lui aussi d’une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d’affiner la notion de « puissance d’action d’une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu’ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l’Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l’association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.

07 - Dieux, daimones, héros
Mar 27 2019 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d’Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l’intérieur dans ses temples divins » (986-991). D’autres cas d’enlèvements d’humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l’Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s’approchent le plus des dieux par l’apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s’il bénéficie lui aussi d’une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d’affiner la notion de « puissance d’action d’une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu’ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l’Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l’association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.








06 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Mar 18 2019 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu’à l’installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l’ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s’applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l’exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l’on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l’âge d’or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d’immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L’Iliade offre, avec le daimôn,l’image d’une puissance divine en action, tandis que l’Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d’agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n’offrent pas d’intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l’une et l’autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c’est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l’âge d’or. D’Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d’une action divine tout en assumant potentiellement le profil d’une entité objectivée qui participe de la divinité qui l’envoie.

06 - Dieux, daimones, héros - PDF
Mar 18 2019 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu’à l’installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l’ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s’applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l’exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l’on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l’âge d’or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d’immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L’Iliade offre, avec le daimôn,l’image d’une puissance divine en action, tandis que l’Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d’agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n’offrent pas d’intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l’une et l’autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c’est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l’âge d’or. D’Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d’une action divine tout en assumant potentiellement le profil d’une entité objectivée qui participe de la divinité qui l’envoie.

06 - Dieux, daimones, héros
Mar 18 2019 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu’à l’installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l’ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s’applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l’exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l’on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l’âge d’or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d’immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L’Iliade offre, avec le daimôn,l’image d’une puissance divine en action, tandis que l’Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d’agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n’offrent pas d’intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l’une et l’autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c’est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l’âge d’or. D’Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d’une action divine tout en assumant potentiellement le profil d’une entité objectivée qui participe de la divinité qui l’envoie.

05 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Mar 08 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.

05 - Dieux, daimones, héros - PDF
Mar 08 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.

05 - Dieux, daimones, héros
Mar 08 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.


04 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Mar 01 2019 54 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.

04 - Dieux, daimones, héros - PDF
Mar 01 2019
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.

04 - Dieux, daimones, héros
Mar 01 2019 54 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.

03 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Feb 22 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.

03 - Dieux, daimones, héros - PDF
Feb 22 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.

03 - Dieux, daimones, héros
Feb 22 2019 57 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.

02 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Feb 17 2019 55 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Le daimôn le plus célèbre de l’historiographie de la religion grecque est assurément l’eniautos daimôn de J.E. Harrison, un artefact interprétatif forgé pour rendre compte, en contexte grec, de l’esprit de la végétation tel que J.G. Frazer l’avait conçu dans son célèbre Rameau d’or. Dans cette perspective, où transparaissent aussi les réflexions de Durkheim sur l’effervescence collective des rituels, les daimones sont censés appartenir aux strates « primitives » de la religion grecque, avant de devenir des theoi. Ce type de reconstruction crée une sorte de « roman des origines » où le daimôn émerge de temps primordiaux qui ne sont jamais datés. Pour sa part, L. Gernet, lui aussi profondément influencé par l’école sociologique française, ainsi que par les Götternamen de Usener, fait du daimôn une réalité divine impersonnelle, qui semble relever du mana cher à Durkheim. Le xxe siècle accordera davantage d’attention aux interprétations philosophiques, voire astrologiques, du daimôn. C’est ainsi que M. Detienne a étudié le daimôn dans le pythagorisme ancien. En introduction de son ouvrage sur le thème (1963), il épouse certaines des intuitions de Gernet en les exprimant dans le langage de C. Lévi-Strauss. Le daimôn devient alors un « signifiant flottant », ce qui veut dire qu’il n’a pas une valeur fixe. En regard de ces différentes interprétations qui ont couru sur un bon siècle, c’est une grille d’analyse « polythéiste » que l’on tentera d’appliquer au daimôn dans les semaines qui viennent, afin d’aborder la question importante de la représentation, par les Grecs, de l’action divine dans le monde.

02 - Dieux, daimones, héros - PDF
Feb 17 2019 55 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Le daimôn le plus célèbre de l’historiographie de la religion grecque est assurément l’eniautos daimôn de J.E. Harrison, un artefact interprétatif forgé pour rendre compte, en contexte grec, de l’esprit de la végétation tel que J.G. Frazer l’avait conçu dans son célèbre Rameau d’or. Dans cette perspective, où transparaissent aussi les réflexions de Durkheim sur l’effervescence collective des rituels, les daimones sont censés appartenir aux strates « primitives » de la religion grecque, avant de devenir des theoi. Ce type de reconstruction crée une sorte de « roman des origines » où le daimôn émerge de temps primordiaux qui ne sont jamais datés. Pour sa part, L. Gernet, lui aussi profondément influencé par l’école sociologique française, ainsi que par les Götternamen de Usener, fait du daimôn une réalité divine impersonnelle, qui semble relever du mana cher à Durkheim. Le xxe siècle accordera davantage d’attention aux interprétations philosophiques, voire astrologiques, du daimôn. C’est ainsi que M. Detienne a étudié le daimôn dans le pythagorisme ancien. En introduction de son ouvrage sur le thème (1963), il épouse certaines des intuitions de Gernet en les exprimant dans le langage de C. Lévi-Strauss. Le daimôn devient alors un « signifiant flottant », ce qui veut dire qu’il n’a pas une valeur fixe. En regard de ces différentes interprétations qui ont couru sur un bon siècle, c’est une grille d’analyse « polythéiste » que l’on tentera d’appliquer au daimôn dans les semaines qui viennent, afin d’aborder la question importante de la représentation, par les Grecs, de l’action divine dans le monde.


02 - Dieux, daimones, héros
Feb 17 2019 55 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Le daimôn le plus célèbre de l’historiographie de la religion grecque est assurément l’eniautos daimôn de J.E. Harrison, un artefact interprétatif forgé pour rendre compte, en contexte grec, de l’esprit de la végétation tel que J.G. Frazer l’avait conçu dans son célèbre Rameau d’or. Dans cette perspective, où transparaissent aussi les réflexions de Durkheim sur l’effervescence collective des rituels, les daimones sont censés appartenir aux strates « primitives » de la religion grecque, avant de devenir des theoi. Ce type de reconstruction crée une sorte de « roman des origines » où le daimôn émerge de temps primordiaux qui ne sont jamais datés. Pour sa part, L. Gernet, lui aussi profondément influencé par l’école sociologique française, ainsi que par les Götternamen de Usener, fait du daimôn une réalité divine impersonnelle, qui semble relever du mana cher à Durkheim. Le xxe siècle accordera davantage d’attention aux interprétations philosophiques, voire astrologiques, du daimôn. C’est ainsi que M. Detienne a étudié le daimôn dans le pythagorisme ancien. En introduction de son ouvrage sur le thème (1963), il épouse certaines des intuitions de Gernet en les exprimant dans le langage de C. Lévi-Strauss. Le daimôn devient alors un « signifiant flottant », ce qui veut dire qu’il n’a pas une valeur fixe. En regard de ces différentes interprétations qui ont couru sur un bon siècle, c’est une grille d’analyse « polythéiste » que l’on tentera d’appliquer au daimôn dans les semaines qui viennent, afin d’aborder la question importante de la représentation, par les Grecs, de l’action divine dans le monde.

01 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
Feb 15 2019 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Dans le cadre du polythéisme grec, dieux et héros sont des éléments essentiels auxquels n’a pas forcément rendu justice le « tout au rituel » qui a pu prévaloir à certains moments de l’étude de la religion grecque antique. Car si rituel il y a, nous devons, en tant qu’observateurs externes du système en question, tenir compte des destinataires auxquels ils sont voués. Or, ce monde supra-humain est peuplé d’entités aux statuts divers et reçoivent des appellations génériques du type theoi, hērōes, daimones. Afin de comprendre la portée de telles distinctions en termes de statut et de puissance d’action, la notion de daimôn – que l’on se gardera de traduire par « démon » – est au cœur des investigations de cette année de cours. Une première étape consiste à évoquer quelques moments importants de l’historiographie de cette notion, depuis le milieu du XIXe siècle. Après deux brèves études par E.A. Ukert (1850) et E. Gerhard (1852), dans la grande tradition de l’Altertumswissenschaft, J.-A. Hild publie en France, en 1881, une monographie intitulée Étude sur les démons dans la littérature et la religion des Grecs, qui reste encore aujourd’hui le seul ouvrage de synthèse sur le thème, et qui aboutira à la rédaction de l’article « Daemon » par ce même auteur dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines (1896). L’ouvrage de F.G. Welcker (Griechische Götterlehre, 1857-1862) et celui d’H. Usener (Götternamen, 1896) sont également illustratifs de la manière dont cette période aborde la question des origines de la religion grecque et inscrit les daimones dans une sorte de typologie du divin qui oppose les « grands » et les « petits » dieux. Il faudra comprendre comment s’est opérée l’assimilation entre daimones et « dieux mineurs », quel est son ancrage éventuel dans le discours des Grecs eux-mêmes et ce que nous pouvons en faire pour mieux comprendre la manière dont ils se représentaient la puissance des dieux.

01 - Dieux, daimones, héros - PDF
Feb 15 2019 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Dans le cadre du polythéisme grec, dieux et héros sont des éléments essentiels auxquels n’a pas forcément rendu justice le « tout au rituel » qui a pu prévaloir à certains moments de l’étude de la religion grecque antique. Car si rituel il y a, nous devons, en tant qu’observateurs externes du système en question, tenir compte des destinataires auxquels ils sont voués. Or, ce monde supra-humain est peuplé d’entités aux statuts divers et reçoivent des appellations génériques du type theoi, hērōes, daimones. Afin de comprendre la portée de telles distinctions en termes de statut et de puissance d’action, la notion de daimôn – que l’on se gardera de traduire par « démon » – est au cœur des investigations de cette année de cours. Une première étape consiste à évoquer quelques moments importants de l’historiographie de cette notion, depuis le milieu du XIXe siècle. Après deux brèves études par E.A. Ukert (1850) et E. Gerhard (1852), dans la grande tradition de l’Altertumswissenschaft, J.-A. Hild publie en France, en 1881, une monographie intitulée Étude sur les démons dans la littérature et la religion des Grecs, qui reste encore aujourd’hui le seul ouvrage de synthèse sur le thème, et qui aboutira à la rédaction de l’article « Daemon » par ce même auteur dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines (1896). L’ouvrage de F.G. Welcker (Griechische Götterlehre, 1857-1862) et celui d’H. Usener (Götternamen, 1896) sont également illustratifs de la manière dont cette période aborde la question des origines de la religion grecque et inscrit les daimones dans une sorte de typologie du divin qui oppose les « grands » et les « petits » dieux. Il faudra comprendre comment s’est opérée l’assimilation entre daimones et « dieux mineurs », quel est son ancrage éventuel dans le discours des Grecs eux-mêmes et ce que nous pouvons en faire pour mieux comprendre la manière dont ils se représentaient la puissance des dieux.

01 - Dieux, daimones, héros
Feb 15 2019 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2018-2019 Dieux, daimones, héros Dans le cadre du polythéisme grec, dieux et héros sont des éléments essentiels auxquels n’a pas forcément rendu justice le « tout au rituel » qui a pu prévaloir à certains moments de l’étude de la religion grecque antique. Car si rituel il y a, nous devons, en tant qu’observateurs externes du système en question, tenir compte des destinataires auxquels ils sont voués. Or, ce monde supra-humain est peuplé d’entités aux statuts divers et reçoivent des appellations génériques du type theoi, hērōes, daimones. Afin de comprendre la portée de telles distinctions en termes de statut et de puissance d’action, la notion de daimôn – que l’on se gardera de traduire par « démon » – est au cœur des investigations de cette année de cours. Une première étape consiste à évoquer quelques moments importants de l’historiographie de cette notion, depuis le milieu du XIXe siècle. Après deux brèves études par E.A. Ukert (1850) et E. Gerhard (1852), dans la grande tradition de l’Altertumswissenschaft, J.-A. Hild publie en France, en 1881, une monographie intitulée Étude sur les démons dans la littérature et la religion des Grecs, qui reste encore aujourd’hui le seul ouvrage de synthèse sur le thème, et qui aboutira à la rédaction de l’article « Daemon » par ce même auteur dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines (1896). L’ouvrage de F.G. Welcker (Griechische Götterlehre, 1857-1862) et celui d’H. Usener (Götternamen, 1896) sont également illustratifs de la manière dont cette période aborde la question des origines de la religion grecque et inscrit les daimones dans une sorte de typologie du divin qui oppose les « grands » et les « petits » dieux. Il faudra comprendre comment s’est opérée l’assimilation entre daimones et « dieux mineurs », quel est son ancrage éventuel dans le discours des Grecs eux-mêmes et ce que nous pouvons en faire pour mieux comprendre la manière dont ils se représentaient la puissance des dieux.

























07 - Polythéisme grec, mode d'emploi - VIDEO
Mar 16 2018 65 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Les Grecs croyaient-ils à leurs dieux ? La question peut paraître curieuse, mais elle permet de soulever le problème de la « croyance » en contexte polythéiste. Le cours s’ouvre sur un bref parcours historiographique où sont convoqués Émile Durkheim, Rodney Needham et Jean Pouillon pour circonscrire les limites de l’application du registre de la « croyance » à des cultures non chrétiennes. Ensuite, il s’agit de réfléchir sur la signification du syntagme νομίζειν τοὺς θεούς / nomizein tous theous que l’on a parfois traduit par « croire aux dieux ». Cette « croyance » des Grecs a été interrogée par divers travaux, comme celui de Paul Veyne sur les mythes ou celui de Manuela Giordano sur les dieux, un article auquel a répondu Henk Versnel dans son monumental Coping with the Gods. En repartant des divers textes d’Hérodote qui recourent au verbe nomizein en contexte religieux, et en ajoutant des passages de Pausanias où ce dernier entre en compétition avec son grand devancier, il apparaît que le nomizein tous theous signifie à la fois reconnaître les dieux (c’est-à-dire les identifier, les nommer, se les représenter sous des formes diverses) et leur rendre les hommages qui leur sont dus. Les deux registres sont indissociables, mais cela ne fait pas pour autant des Grecs des « croyants » au sens que nous, modernes, donnons à ce terme.

07 - Polythéisme grec, mode d'emploi - PDF
Mar 16 2018 65 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Les Grecs croyaient-ils à leurs dieux ? La question peut paraître curieuse, mais elle permet de soulever le problème de la « croyance » en contexte polythéiste. Le cours s’ouvre sur un bref parcours historiographique où sont convoqués Émile Durkheim, Rodney Needham et Jean Pouillon pour circonscrire les limites de l’application du registre de la « croyance » à des cultures non chrétiennes. Ensuite, il s’agit de réfléchir sur la signification du syntagme νομίζειν τοὺς θεούς / nomizein tous theous que l’on a parfois traduit par « croire aux dieux ». Cette « croyance » des Grecs a été interrogée par divers travaux, comme celui de Paul Veyne sur les mythes ou celui de Manuela Giordano sur les dieux, un article auquel a répondu Henk Versnel dans son monumental Coping with the Gods. En repartant des divers textes d’Hérodote qui recourent au verbe nomizein en contexte religieux, et en ajoutant des passages de Pausanias où ce dernier entre en compétition avec son grand devancier, il apparaît que le nomizein tous theous signifie à la fois reconnaître les dieux (c’est-à-dire les identifier, les nommer, se les représenter sous des formes diverses) et leur rendre les hommages qui leur sont dus. Les deux registres sont indissociables, mais cela ne fait pas pour autant des Grecs des « croyants » au sens que nous, modernes, donnons à ce terme.





06 - Polythéisme grec, mode d'emploi - VIDEO
Mar 10 2018 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Poursuivant l’investigation sur les « dieux grecs, dieux des Grecs », il s’agit cette fois de comprendre la portée de ce groupement générique en relation avec l’identité possible des dieux singuliers qui le composent. Considérant le cas parallèle des Douze dieux, on voit qu’il peut s’agir d’une entité cultuelle destinataire de l’hommage des hommes. Mais le groupe est également susceptible, dans des contextes déterminés, de se déployer en dieux distincts. La notion de « dieux grecs » n’est pas qu’une abstraction mobilisée à des fins rhétoriques. L’Hellenion documenté par Hérodote et par des dédicaces atteste son potentiel ancrage concret et les représentations qu’il véhicule. Par ailleurs, l’Enquête elle-même montre que la dénomination des theoi, un processus qu’Hérodote fait remonter aux Pélasges instruits par les Égyptiens, s’adresse potentiellement à tous les Grecs. Qu’en est-il dès lors de la relation entre le nom d’un dieu présent dans cet imaginaire partagé par les Grecs et les surnoms – que l’on appelle des épiclèses – qui lui sont attribués à l’échelle locale ? Autrement dit, un dieu conserve-t-il, ou non, une unité derrière la multiplicité des cultes qu’il reçoit ? C’est une réponse positive que permet d’esquisser l’analyse des différents facteurs de multiplication des entités du monde supra-humain des Grecs. Que ce soit le groupe des « dieux grecs », celui des « Douze dieux », les collectifs féminins comme les Charites ou les Muses, ou encore chaque divinité dont le nom est au singulier et reçoit des épiclèses dans les cultes, les Grecs les concevaient comme des puissances qui pouvaient se condenser ou se déployer selon les contextes et les attentes de ceux qui les honoraient.


06 - Polythéisme grec, mode d'emploi - PDF
Mar 10 2018 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Poursuivant l’investigation sur les « dieux grecs, dieux des Grecs », il s’agit cette fois de comprendre la portée de ce groupement générique en relation avec l’identité possible des dieux singuliers qui le composent. Considérant le cas parallèle des Douze dieux, on voit qu’il peut s’agir d’une entité cultuelle destinataire de l’hommage des hommes. Mais le groupe est également susceptible, dans des contextes déterminés, de se déployer en dieux distincts. La notion de « dieux grecs » n’est pas qu’une abstraction mobilisée à des fins rhétoriques. L’Hellenion documenté par Hérodote et par des dédicaces atteste son potentiel ancrage concret et les représentations qu’il véhicule. Par ailleurs, l’Enquête elle-même montre que la dénomination des theoi, un processus qu’Hérodote fait remonter aux Pélasges instruits par les Égyptiens, s’adresse potentiellement à tous les Grecs. Qu’en est-il dès lors de la relation entre le nom d’un dieu présent dans cet imaginaire partagé par les Grecs et les surnoms – que l’on appelle des épiclèses – qui lui sont attribués à l’échelle locale ? Autrement dit, un dieu conserve-t-il, ou non, une unité derrière la multiplicité des cultes qu’il reçoit ? C’est une réponse positive que permet d’esquisser l’analyse des différents facteurs de multiplication des entités du monde supra-humain des Grecs. Que ce soit le groupe des « dieux grecs », celui des « Douze dieux », les collectifs féminins comme les Charites ou les Muses, ou encore chaque divinité dont le nom est au singulier et reçoit des épiclèses dans les cultes, les Grecs les concevaient comme des puissances qui pouvaient se condenser ou se déployer selon les contextes et les attentes de ceux qui les honoraient.

06 - Polythéisme grec, mode d'emploi
Mar 10 2018 60 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Poursuivant l’investigation sur les « dieux grecs, dieux des Grecs », il s’agit cette fois de comprendre la portée de ce groupement générique en relation avec l’identité possible des dieux singuliers qui le composent. Considérant le cas parallèle des Douze dieux, on voit qu’il peut s’agir d’une entité cultuelle destinataire de l’hommage des hommes. Mais le groupe est également susceptible, dans des contextes déterminés, de se déployer en dieux distincts. La notion de « dieux grecs » n’est pas qu’une abstraction mobilisée à des fins rhétoriques. L’Hellenion documenté par Hérodote et par des dédicaces atteste son potentiel ancrage concret et les représentations qu’il véhicule. Par ailleurs, l’Enquête elle-même montre que la dénomination des theoi, un processus qu’Hérodote fait remonter aux Pélasges instruits par les Égyptiens, s’adresse potentiellement à tous les Grecs. Qu’en est-il dès lors de la relation entre le nom d’un dieu présent dans cet imaginaire partagé par les Grecs et les surnoms – que l’on appelle des épiclèses – qui lui sont attribués à l’échelle locale ? Autrement dit, un dieu conserve-t-il, ou non, une unité derrière la multiplicité des cultes qu’il reçoit ? C’est une réponse positive que permet d’esquisser l’analyse des différents facteurs de multiplication des entités du monde supra-humain des Grecs. Que ce soit le groupe des « dieux grecs », celui des « Douze dieux », les collectifs féminins comme les Charites ou les Muses, ou encore chaque divinité dont le nom est au singulier et reçoit des épiclèses dans les cultes, les Grecs les concevaient comme des puissances qui pouvaient se condenser ou se déployer selon les contextes et les attentes de ceux qui les honoraient.











04 - Polythéisme grec, mode d'emploi - VIDEO
Feb 24 2018 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Du contraste dessiné en creux par Hérodote entre les coutumes des Grecs et celles des Perses, des Scythes et d’autres peuples ressortent divers éléments qui permettent d’identifier les composantes des nomoi qui concernent les dieux. En outre, dans le cadre du livre II dédié à l’Égypte, l’enquêteur prend position sur les « affaires divines » et affirme qu’il n’en parlera pas, sauf en ce qui concerne les ounomata. L’analyse des implications de cette restriction programmatique permet de mieux comprendre la place des dieux dans l’Enquête,notamment en regard de la poésie antérieure. Quant aux ounomata divins, la portée du terme s’éclaire dans le cadre de la véritable « histoire du polythéisme » que raconte Hérodote au début du livre II. Ce qu’il désigne par le terme ounoma/ounomata est moins le « nom » des dieux que leur « dénomination », c’est-à-dire le fait d’identifier, en leur attribuant un nom spécifique, des profils divins au sein d’un ensemble de dieux jadis indifférenciés. Chaque peuple est susceptible de procéder ainsi et l’identification de tels « profils » peut ensuite être transmise d’un peuple à l’autre. Dans la logique diffusionniste mise en place par Hérodote, la grande ancienneté qu’il attribue aux Égyptiens les institue en généreux pourvoyeurs de « dénominations » divines. C’est ensuite aux poètes Homère et Hésiode qu’Hérodote attribue la complexification de la représentation des dieux propre aux Grecs. La religion en général et la religion grecque en particulier telles que les conçoit l’enquêteur sont bien des institutions humaines, culturellement déterminées.

04 - Polythéisme grec, mode d'emploi - PDF
Feb 24 2018 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Du contraste dessiné en creux par Hérodote entre les coutumes des Grecs et celles des Perses, des Scythes et d’autres peuples ressortent divers éléments qui permettent d’identifier les composantes des nomoi qui concernent les dieux. En outre, dans le cadre du livre II dédié à l’Égypte, l’enquêteur prend position sur les « affaires divines » et affirme qu’il n’en parlera pas, sauf en ce qui concerne les ounomata. L’analyse des implications de cette restriction programmatique permet de mieux comprendre la place des dieux dans l’Enquête,notamment en regard de la poésie antérieure. Quant aux ounomata divins, la portée du terme s’éclaire dans le cadre de la véritable « histoire du polythéisme » que raconte Hérodote au début du livre II. Ce qu’il désigne par le terme ounoma/ounomata est moins le « nom » des dieux que leur « dénomination », c’est-à-dire le fait d’identifier, en leur attribuant un nom spécifique, des profils divins au sein d’un ensemble de dieux jadis indifférenciés. Chaque peuple est susceptible de procéder ainsi et l’identification de tels « profils » peut ensuite être transmise d’un peuple à l’autre. Dans la logique diffusionniste mise en place par Hérodote, la grande ancienneté qu’il attribue aux Égyptiens les institue en généreux pourvoyeurs de « dénominations » divines. C’est ensuite aux poètes Homère et Hésiode qu’Hérodote attribue la complexification de la représentation des dieux propre aux Grecs. La religion en général et la religion grecque en particulier telles que les conçoit l’enquêteur sont bien des institutions humaines, culturellement déterminées.

04 - Polythéisme grec, mode d'emploi
Feb 24 2018 63 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Du contraste dessiné en creux par Hérodote entre les coutumes des Grecs et celles des Perses, des Scythes et d’autres peuples ressortent divers éléments qui permettent d’identifier les composantes des nomoi qui concernent les dieux. En outre, dans le cadre du livre II dédié à l’Égypte, l’enquêteur prend position sur les « affaires divines » et affirme qu’il n’en parlera pas, sauf en ce qui concerne les ounomata. L’analyse des implications de cette restriction programmatique permet de mieux comprendre la place des dieux dans l’Enquête,notamment en regard de la poésie antérieure. Quant aux ounomata divins, la portée du terme s’éclaire dans le cadre de la véritable « histoire du polythéisme » que raconte Hérodote au début du livre II. Ce qu’il désigne par le terme ounoma/ounomata est moins le « nom » des dieux que leur « dénomination », c’est-à-dire le fait d’identifier, en leur attribuant un nom spécifique, des profils divins au sein d’un ensemble de dieux jadis indifférenciés. Chaque peuple est susceptible de procéder ainsi et l’identification de tels « profils » peut ensuite être transmise d’un peuple à l’autre. Dans la logique diffusionniste mise en place par Hérodote, la grande ancienneté qu’il attribue aux Égyptiens les institue en généreux pourvoyeurs de « dénominations » divines. C’est ensuite aux poètes Homère et Hésiode qu’Hérodote attribue la complexification de la représentation des dieux propre aux Grecs. La religion en général et la religion grecque en particulier telles que les conçoit l’enquêteur sont bien des institutions humaines, culturellement déterminées.





03 - Polythéisme grec, mode d'emploi - VIDEO
Feb 16 2018 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Plusieurs raisons président au choix de partir du texte d’Hérodote pour aborder les tensions entre le général et le particulier dans l’étude de la religion grecque antique : 1) l’abondance du matériau qu’il offre en matière de religion ; 2) la posture spécifique de l’enquêteur à l’égard de ce matériau par rapport aux poètes qui l’ont précédé ; 3) la représentation de la religion grecque qui se révèle en creux dans les descriptions des coutumes étrangères ; 4) le recours à la notion de « dieux grecs » dans toute une série d’épisodes des Guerres médiques. C’est la notion de nomos (« coutume », « tradition ») qui est d’abord explorée afin d’en comprendre la portée dans l’usage d’Hérodote, notamment en regard des débats de son temps sur l’opposition entre nomos et phusis. Cette dernière est entendue non comme « nature » (une catégorie qui n’est pas encore constituée à l’époque) mais comme la complexion de ce qui croît et se développe indépendamment de l’initiative humaine. Les nomoi sont donc des ensembles de comportements et d’usages aussi variés que les peuples qui les portent et, parmi ces usages, on trouve les relations avec la sphère supra-humaine dont quelques exemples tirés des premiers livres de l’Enquête sont analysés.

03 - Polythéisme grec, mode d'emploi - PDF
Feb 16 2018 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Plusieurs raisons président au choix de partir du texte d’Hérodote pour aborder les tensions entre le général et le particulier dans l’étude de la religion grecque antique : 1) l’abondance du matériau qu’il offre en matière de religion ; 2) la posture spécifique de l’enquêteur à l’égard de ce matériau par rapport aux poètes qui l’ont précédé ; 3) la représentation de la religion grecque qui se révèle en creux dans les descriptions des coutumes étrangères ; 4) le recours à la notion de « dieux grecs » dans toute une série d’épisodes des Guerres médiques. C’est la notion de nomos (« coutume », « tradition ») qui est d’abord explorée afin d’en comprendre la portée dans l’usage d’Hérodote, notamment en regard des débats de son temps sur l’opposition entre nomos et phusis. Cette dernière est entendue non comme « nature » (une catégorie qui n’est pas encore constituée à l’époque) mais comme la complexion de ce qui croît et se développe indépendamment de l’initiative humaine. Les nomoi sont donc des ensembles de comportements et d’usages aussi variés que les peuples qui les portent et, parmi ces usages, on trouve les relations avec la sphère supra-humaine dont quelques exemples tirés des premiers livres de l’Enquête sont analysés.

03 - Polythéisme grec, mode d'emploi
Feb 16 2018 58 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Plusieurs raisons président au choix de partir du texte d’Hérodote pour aborder les tensions entre le général et le particulier dans l’étude de la religion grecque antique : 1) l’abondance du matériau qu’il offre en matière de religion ; 2) la posture spécifique de l’enquêteur à l’égard de ce matériau par rapport aux poètes qui l’ont précédé ; 3) la représentation de la religion grecque qui se révèle en creux dans les descriptions des coutumes étrangères ; 4) le recours à la notion de « dieux grecs » dans toute une série d’épisodes des Guerres médiques. C’est la notion de nomos (« coutume », « tradition ») qui est d’abord explorée afin d’en comprendre la portée dans l’usage d’Hérodote, notamment en regard des débats de son temps sur l’opposition entre nomos et phusis. Cette dernière est entendue non comme « nature » (une catégorie qui n’est pas encore constituée à l’époque) mais comme la complexion de ce qui croît et se développe indépendamment de l’initiative humaine. Les nomoi sont donc des ensembles de comportements et d’usages aussi variés que les peuples qui les portent et, parmi ces usages, on trouve les relations avec la sphère supra-humaine dont quelques exemples tirés des premiers livres de l’Enquête sont analysés.

02 - Polythéisme grec, mode d'emploi - VIDEO
Feb 13 2018 66 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Après avoir analysé les implications de l’usage du terme de « religion », il s’agit de procéder à un même type d’exercice pour le terme de « polythéisme ». Les différentes étapes de l’histoire du mot sont analysées, depuis l’usage unique de polytheos dans une tragédie d’Eschyle au Ve siècle avant notre ère jusqu’aux usages actuels du mot « polythéisme » dans les études sur la religion grecque antique, pour souligner la pluralité du monde supra-humain des Grecs. Entre ces deux temps, l’analyse porte sur l’usage de polytheos/polytheia chez Philon d’Alexandrie et les Pères de l’Église, puis sur les traités de Guillaume Budé qui récupère ces mots grecs en les translittérant en latin pour désigner l’idolâtrie et le paganisme antiques, tandis que Jean Bodin forge le terme français de polythéisme pour stigmatiser les hérésies chrétiennes. Ensuite, on assiste à un changement de paradigme, puisque le mot de polythéisme vient progressivement remplacer l’idolâtrie, en atténuant ainsi la charge négative que véhiculait ce mot hérité de la traduction grecque de la Bible. Enfin, la réflexion sur la religion et les religions menée par les différentes sciences humaines qui se mettent en place au XIXe siècle introduit le polythéisme parmi les étapes qu’aurait traversées l’histoire religieuse de l’humanité et le définit par contraste avec d’autres systèmes en –isme, comme l’animisme, le totémisme, le fétichisme, le monothéisme, etc., jusqu’à ce que la deuxième moitié du XXe siècle ne fasse de ce terme un outil en soi – et pas seulement par contraste – pour désigner les systèmes religieux qui peuplent la sphère supra-humaine d’une pluralité d’entités.

02 - Polythéisme grec, mode d'emploi - PDF
Feb 13 2018 66 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Après avoir analysé les implications de l’usage du terme de « religion », il s’agit de procéder à un même type d’exercice pour le terme de « polythéisme ». Les différentes étapes de l’histoire du mot sont analysées, depuis l’usage unique de polytheos dans une tragédie d’Eschyle au Ve siècle avant notre ère jusqu’aux usages actuels du mot « polythéisme » dans les études sur la religion grecque antique, pour souligner la pluralité du monde supra-humain des Grecs. Entre ces deux temps, l’analyse porte sur l’usage de polytheos/polytheia chez Philon d’Alexandrie et les Pères de l’Église, puis sur les traités de Guillaume Budé qui récupère ces mots grecs en les translittérant en latin pour désigner l’idolâtrie et le paganisme antiques, tandis que Jean Bodin forge le terme français de polythéisme pour stigmatiser les hérésies chrétiennes. Ensuite, on assiste à un changement de paradigme, puisque le mot de polythéisme vient progressivement remplacer l’idolâtrie, en atténuant ainsi la charge négative que véhiculait ce mot hérité de la traduction grecque de la Bible. Enfin, la réflexion sur la religion et les religions menée par les différentes sciences humaines qui se mettent en place au XIXe siècle introduit le polythéisme parmi les étapes qu’aurait traversées l’histoire religieuse de l’humanité et le définit par contraste avec d’autres systèmes en –isme, comme l’animisme, le totémisme, le fétichisme, le monothéisme, etc., jusqu’à ce que la deuxième moitié du XXe siècle ne fasse de ce terme un outil en soi – et pas seulement par contraste – pour désigner les systèmes religieux qui peuplent la sphère supra-humaine d’une pluralité d’entités.

02 - Polythéisme grec, mode d'emploi
Feb 13 2018 66 mins  
Vinciane Pirenne-Delforge Collège de France Religion, histoire et société dans le monde grec antique Année 2017-2018 Après avoir analysé les implications de l’usage du terme de « religion », il s’agit de procéder à un même type d’exercice pour le terme de « polythéisme ». Les différentes étapes de l’histoire du mot sont analysées, depuis l’usage unique de polytheos dans une tragédie d’Eschyle au Ve siècle avant notre ère jusqu’aux usages actuels du mot « polythéisme » dans les études sur la religion grecque antique, pour souligner la pluralité du monde supra-humain des Grecs. Entre ces deux temps, l’analyse porte sur l’usage de polytheos/polytheia chez Philon d’Alexandrie et les Pères de l’Église, puis sur les traités de Guillaume Budé qui récupère ces mots grecs en les translittérant en latin pour désigner l’idolâtrie et le paganisme antiques, tandis que Jean Bodin forge le terme français de polythéisme pour stigmatiser les hérésies chrétiennes. Ensuite, on assiste à un changement de paradigme, puisque le mot de polythéisme vient progressivement remplacer l’idolâtrie, en atténuant ainsi la charge négative que véhiculait ce mot hérité de la traduction grecque de la Bible. Enfin, la réflexion sur la religion et les religions menée par les différentes sciences humaines qui se mettent en place au XIXe siècle introduit le polythéisme parmi les étapes qu’aurait traversées l’histoire religieuse de l’humanité et le définit par contraste avec d’autres systèmes en –isme, comme l’animisme, le totémisme, le fétichisme, le monothéisme, etc., jusqu’à ce que la deuxième moitié du XXe siècle ne fasse de ce terme un outil en soi – et pas seulement par contraste – pour désigner les systèmes religieux qui peuplent la sphère supra-humaine d’une pluralité d’entités.






























































































































































































































































































































































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