Rex Quondam Rexque Futurus

Jul 31 2020 129 mins 2.4k

Depuis plus de mille ans, le personnage d’Arthur fascine. Il est l’objet d’un imposant corpus d’oeuvres, unifié seulement par leur cadre : la cour légendaire du roi Arthur. Chaque mois, Lays et Antoine se penchent sur la littérature arthurienne.







Le Lanzelet d'Ulrich von Zatzikhoven et la Tradition Allemande (Rex Quondam Rexque Futurus #31)
Apr 19 2020 180 mins  
Antoine et Lays se sont surtout concentrés sur les oeuvres françaises, mais la légende arthurienne a très vite été traduite dans d'autres langues, et dans cet épisode, enregistré à distance de par les circonstances, on discute un peu plus des productions d'Outre-Rhin. Après quelques mots sur Hartmann von Aue, qui avec ses Erec et Iwein fut le premier à y adapter les oeuvres de Chrétien de Troyes (RQRF #5-7) avant même le Parzival de Wolfram von Eschenbach (RQRF #20), ils discutent de Wigalois ou le Chevalier à la Roue de Wirnt de Grafenberg, une oeuvre qui commence très proche du Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu (RQRF #23), car Wigalois naît de l'union de Gauvain avec une fée. Le gros morceau de cet épisode sera cependant le Lanzelet de Ulrich von Zatzikhoven, datant du début du treizième siècle, particulièrement intéressant car il nous présente un portrait de Lancelot très différent de celui de Chrétien de Troyes (RQRF #6). Par exemple, il se marie quatre fois (!) sans que sa femme précédente soit ensuite divorcée ou même mentionnée, jusqu'à ce qu'il finisse avec la belle Iblis. D'ailleurs, Guenièvre est bien enlevée dans ce roman, une tradition qu'on trouvait déjà dans d'anciennes vies de saints, mais Lanzelet n'est pas dans une relation amoureuse avec elle, et ne participe pas tant à sa rescousse. Par ailleurs, on y retrouve déjà le début du Lancelot en Prose (RQRF #15) qui n'était pas chez Chrétien : le royaume du père de Lanzelet est ravagé par une révolte de ses barons, et l'enfant est recueilli par une fée sous-marine. Tout cela laisse penser qu'on a là une trace de la tradition originelle de l'histoire de Lancelot, qui a pu influencer aussi bien les cycles en prose qu'Ulrich, mais que Chrétien aurait laissé de côté pour raconter son histoire d'amour courtois. Comme le souligne Danielle Buschinger, on remarque cependant que ce roman tient tout du "patchwork", une "recréation" post-classique, qui enchaîne des motifs connus sans toujours leur donner le poids requis : un test de vertu grâce à un manteau qui change de forme (comme dans le Lai du Mantel, #RQRF 25) ; une femme changée en dragon et qui doit être libérée par un baiser (comme dans le Bel Inconnu) … Dans ces péripéties colorées, Lanzelet "ne traverse jamais de crise", les épreuves l'effleurent sans le bousculer. Mais le merveilleux allemand y prend aussi une saveur différente, le roman invoque la magie avec un peu moins de timidité : Arthur ira ainsi demander son aide à l'enchanteur Malduc pour récupérer Guenièvre, et quand en échange il aura fait Erec et Gauvain (ou Walwein) prisonniers, on s'aidera d'Esealt le Long, un géant qui grandit d'un empan tous les mois, pour assaillir le château du sorcier. Loin du cœur contrarié du Lancelot français, l'adultère par excellence, déchiré par son amour pour sa reine, ce Lanzelet nous montre cependant une autre tradition, une variation intéressante, aidé en ça par un vrai goût pour la féerie.



Gliglois et L'Âtre Périlleux (Rex Quondam Rexque Futurus #30)
Mar 05 2020 127 mins  
Suivant Chrétien de Troyes, les romans arthuriens du XIIIe siècle ont souvent soit Gauvain pour héros — comme dans La Mule sans frein ou Le Chevalier à l'Épée (RQRF #19) — soit lui font partager la vedette avec un autre chevalier, privilégié par le romancier —comme dans Méraugis de Portlesguez (RQRF #26). Dans cet épisode, Antoine et Lays en examinent deux. Dans le court roman de Gliglois, on voit une dame très belle, logiquement nommée, Beauté, repousser l'amour de Gauvain, comme celui de Gliglois, jeune chevalier de son équipage qui est aussi tombé amoureux d'elle. Elle semble le honnir et le tourmenter, mais c'est en fait une épreuve pour tester son amour… À la fin, Gauvain bénira tout de même leur union. Dans L'Âtre Périlleux, par contre, Gauvain est pleinement le héros, et s'il n'a pas lui-même d'intrigue amoureuse dans cette histoire, il réunit à la fin la plupart des chevaliers qu'il croise à la dame de leur désirs (en forçant même l'un d'entre eux à lui rester fidèle). Tout commence quand Escanor de la Montagne le déshonore en enlevant une dame qui s'était mise au service de la cour d'Arthur. Il le pourchasse, mais croise des dames qui se lamentent autour d'un écuyer, les yeux crevés, qui affirme avoir vu Gauvain être démembré. En réalité c'est seulement un chevalier qui portait des armes similaires aux siennes, tué et dépecé par l'Orgueilleux Faé et Gomeret le Desréé (déréglé ou démesuré), jaloux que les dames qu'ils convoitent leur préfèrent Gauvain et Perceval. Cependant, à cause de cela, il semble que Gauvain perde son nom, et ne se nommera plus que Le Chevalier Sans Nom, jusqu'à ce qu'il ait percé à jour ce qui s'est produit… En chemin, il libère une dame prisonnière d'une tombe dans un cimetière maudit (ledit Âtre Périlleux) et dont un démon abuse chaque nuit. On y apprend que la mère de Gauvain, une fée, avait prophétisé qu'Escanor était le seul chevalier qu'elle n'était pas sûre que Gauvain puisse vaincre. Signe de sa puissance, suivant le moment de la journée, la force d'Escanor se démultiplie, un trait généralement attribué à Gauvain lui-même. Dans cette quête pour rencontrer celui qui pourrait mettre fin à ses jours et récupérer son nom en prouvant qu'il est bien vivant, Gauvain devra aussi défaire le sadique roi de la Rouge Cité, croisera des noms familiers comme Espinogrès ou Raguidel de l'Angarde, aidera Cadret dont la bien-aimée a été promise à un autre contre son gré… Privé de son nom, Gauvain est ici pleinement "l'idole inconnue" (pour reprendre le titre du livre de Stoyan Atanassov) : tout le monde l'invoque et connaît ses exploits, mais on ne le reconnaît pas.


Le Roman de Fergus et le Roman du Roi Yder (Rex Quondam Rexque Futurus #29)
Feb 05 2020 112 mins  
Pour la reprise de 2020, Lays et Antoine examinent deux romans isolés du XIIIe siècle qui, en marge de la tradition des grands cycles en prose de Robert de Boron (RQRF #9-10), de la Vulgate (RQRF #15-18), du Tristan en Prose (RQRF #24) ou de la post-Vulgate (RQRF #27-28) se concentrent, comme le faisait Chrétien de Troyes, sur l'aventure d'un chevalier, dans une forme versifiée. Dans le Roman de Fergus, aussi appelé Le Chevalier à l'Escu, Fergus est peut-être inspiré d'un personnage historique mais son histoire reprend surtout celle du Perceval de Chrétien (RQRF #7). Occupé à travailler la terre, Fergus voit passer un cortège de chevaliers du Roi Arthur qui revient de la chasse. Il veut immédiatement les rejoindre et abandonne sa charrue sur place. Alors que son père, un vilain, un roturier, voudrait le battre car il abandonne ses devoirs, sa mère, de plus noble extraction, soutient son ambition. On déterre une armure complètement rouillée d'un coffre, et le voilà parti à l'aventure… Comme Perceval, Keu le met à l'épreuve, en rigolant, de vaincre un ennemi redouté d'Arthur, ici le Chevalier Noir. Une fois adoubé, il rencontre en chemin Galienne, la nièce du châtelain de Liddel, mais ne peut lui retourner son amour, avant d'avoir achevé sa quête. Il vainc le Chevalier Noir sans problèmes, mais quand il revient, Galienne a disparu… Après un an d'errance, il apprend que pour la retrouver il ferait mieux d'obtenir d'abord un écu projetant une lumière merveilleuse, gardé à Dunnottar par une vieille géante monstrueuse armée d'une faux, et par un dragon. Il apprend ensuite que Galienne est la nouvelle reine de Lothian mais qu'elle est assiégée à Roxburgh. Elle avait demandé de l'aide à la cour d'Arthur mais tous ses chevaliers étaient loin, cherchant Fergus. Fergus parviendra à vaincre les assaillants mais il disparaît ensuite, et Arthur devra organiser un tournoi pour qu'il refasse surface et puisse épouser Galienne, devanant roi de Lothian. Le Roman du Roi Yder (Romanz du reis Yder) place sur le devant de la scène un très vieux personnage mais qui avait souvent un rôle très secondaire. Il apparaît ainsi sur l’archivolte de la Porta della Pescheria de la Cathédrale de Modène (~1120-1140) comme "Isdernus". Yder était déjà mentionné par Cullwch ac Olwen (RQRF #2), peut-être notre trace la plus archaïque de récits arthuriens gallois, même s'il ne jouait pas de grand rôle dans l'histoire. Il faisait aussi une apparition chez Geoffrey de Monmouth (RQRF #3) et Wace (RQRF #4), dans le Lai du Court Mantel (RQRF #25), et, au début d'Erec et Enide de Chrétien de Troyes (RQRF #5), c'est lui qui outrageait Guenièvre quand son nain fouettait une de ses suivantes. Une histoire qui lui est régulièrement associée, et c'est le cas dans ce roman aussi, est d'avoir vaincu un ours en combat, ainsi dans la Folie Tristan de Berne (RQRF #13) ou dans La Vengeance Raguidel, où il venait aider Gauvain en battant l'ours du cruel Guingasoin. (RQRF #26) Environ mille vers manquent au début du seul manuscrit connu, mais on peut assez facilement reconstituer le début de l'histoire. Yder ne connaît pas son père, qui avait seulement laissé à sa mère la moitié d'un anneau. À 17 ans il part à sa recherche. En chemin il tombe amoureux de la reine Guenloïe, qui ne veut apparemment pas s'engager dans une relation sans connaître son ascendance ou avant qu'il ait fait ses preuves. Yder sauve le Roi Arthur d'une mauvaise passe, mais celui-ci oublie de le remercier et manque à sa parole. Yder, déçu, va donc aider un des vassaux qu'Arthur assiège. Devant ses prouesses, Arthur finit par l'inviter à contre-coeur à la cour. Quand un ours fait irruption dans les appartements de Guenièvre, Yder arrive à le repousser, suscitant encore plus d'admiration, mais aussi une profonde jalousie de la part d'Arthur, qui commence à croire que Guenièvre l'aime. Au cours de ses aventures, Yder retrouve son père Nuc, "duc d'Allemagne". Le portrait d'Arthur, déjà négatif, devient franchement maléfique quand, pour se débarrasser d'Yder, il l'emmène dans une expédition pour combattre des géants, où il espère qu'il mourra, et où Keu (qui avait déjà tenté de le tuer) finit par l'empoisonner. Heureusement, Yder survit, revient épouser Guenloïe, et est couronné roi par Arthur, qui ne le perçoit peut-être plus comme une menace maintenant qu'il est marié. On reconnaît les motifs typiques de l'aventure chevaleresque immortalisés par chrétien et qu'on a déjà retrouvés dans Le Bel Inconnu (RQRF #23) par exemple : un héros part de chez lui, tombe amoureux d'une châtelaine mais ne peut s'adonner à son amour qu'une fois ses preuves faites, il combat géants et bêtes, sa victoire finale est scellée par un mariage et un couronnement… D'autres parallèles prêtent plus à rire : dans les deux romans on voit quelqu'un se battre avec des volailles en broche ! Sans forcément être parodiques (même s'ils sont parfois décrits comme tels) le burlesque des aventures de Fergus ou la malfaisance presque comique d'Arthur dans ces deux textes poussent en effet assez loin la tendance humoristique du roman de chevalerie.




La Post-Vulgate (1/2) - La Suite du Roman de Merlin (Rex Quondam Rexque Futurus #27)
Nov 13 2019 194 mins  
Tout indique qu'entre 1235 et 1240 le Lancelot-Graal (RQRF #15-#18)a subi un remaniement où l'on a tenté d'en harmoniser le ton et le sujet, qui a résulté en un nouveau cycle arthurien que nous connaissons de nos jours sous le nom de Post-Vulgate, attribué à un pseudo-Robert de Boron. Pour lui servir de pièce centrale fut composée une nouvelle suite du Merlin en prose, généralement appelée la Suite du Roman de Merlin, suite romanesque ou suite-Huth (d'après le nom du possesseur de l'un de ses manuscrits) pour la distinguer de la Suite-Vulgate du Merlin (RQRF #18) – préexistante, mais identifiée plus tard. De l'aveu même du narrateur, ce récit du début du règne d'Arthur cherche en fait à remplacer le Lancelot propre (RQRF #15), qui était trop long, et recentre donc le cycle sur Arthur, dont les exploits héroïques que relataient la Suite-Vulgate sont remplacés par un récit bien plus sombre et sceptique vis-à-vis de la chevalerie. La haine de Morgane n’y concerne plus seulement les amants Lancelot ou Tristan mais vise bien son frère le roi, qu’elle veut détrôner et tuer. L'inceste d'Arthur avec une autre de ses sœurs, engendrant ainsi Mordred, futur destructeur du royaume, souligne la fatalité, les rouages inévitables du destin. On ne prend même plus le temps de douter ou de s'émerveiller des prophéties qui parsèment le monde, et Merlin lui-même ne recule pas devant sa fin sordide... La Post-Vulgate ne nous est pas parvenue sous une forme complète continue ou entièrement cohérente. L’Estoire del Saint Graal (RQRF #18) et le Merlin en Prose (RQRF #10), repris avec quelques altérations du Lancelot-Graal, forment avec la Suite du Roman de Merlin les deux premières parties de ce que le pseudo-Robert, revendique comme une trilogie. De son dernier volet, il nous est resté des versions particulières de la Quête du Graal et de la fin du royaume arthurien dans des versions portugaise et castillane, ainsi que quelques fragments du Tristan en Prose, comme nous le verrons dans le prochain épisode. Peu après la première publication du manuscrit Huth de la Suite, on y avait vu des correspondances avec ces versions ibériques, mais c'est bien à Fanni Bogdanow qu'il est revenu d'avoir plus récemment articulé une reconstitution de ce cycle, qu'elle baptise aussi le Roman du Graal. Là où les parties disparates du Lancelot-Graal ne parvenaient jamais à s’accorder sur leur tonalité, ici, tout a été mis au diapason crépusculaire de la Mort Artu...




Méraugis de Portlesguez et La Vengeance Raguidel (Rex Quondam Rexque Futurus #26)
Oct 02 2019 155 mins  
Les manuscrits de Méraugis de Portlesguez nous disent qu'il est l’œuvre d'un certain Raoul de Houdenc, qui est probablement aussi le Raoul qui signe La Vengeance Raguidel. Méraugis de Portlesguez convoite l'amour de Lidoine pour ses vertus, et non pour sa beauté, contrairement à Gorvain de Cadruz qui veut l'affronter pour cela. Lidoine est sous le charme de Méraugis mais le début de leur relation est repoussé à un an plus tard, durant lequel Lidoine veut voir Méraugis faire ses preuves au cours d'aventures. Et justement, on réalise que, Gauvain n'est toujours par revenu de la quête de "l'Épée aux Estranges Ranges" annoncée dans le Conte du Graal (RQRF #7). On ne le sait pas mais Gauvain est en fait prisonnier d'une île où il doit combattre et tuer – ou être tué – par tous les chevaliers de passage. Méraugis part pour "l'esplumoir Merlin" où il espère retrouver sa trace, mais son aventure et celle de Lidoine croisera aussi à nouveau la route de Gorvain… Dans La Vengeance Raguidel, le cadavre du chevalier Raguidel arrive de nuit à la cour d'Arthur par un bateau se mouvant tout seul, comme dans la Première Continuation (RQRF #8). Une lettre indique qu'il ne pourra être vengé que par celui qui parvient à enlever le tronçon de lance fiché dans sa poitrine – et qui se révèle être Gauvain - aidé de celui qui arrive à lui enlever ses cinq anneaux – c'est-à-dire Yder, mais qui disparaît avant que Gauvain le sache. Oubliant la lance, Gauvain se bat d'abord contre un Chevalier Noir, avec qui il se réconcilie. Il est ensuite reçu incognito par une dame dont il a déçu l'amour jadis, et qui veut désormais le tuer avec une sorte de guillotine, comme dans le Perlesvaus (RQRF #11). Pour l'attirer dans son piège avant qu'il n'arrive par hasard, elle avait enlevé et torturé son frère Gaheriet. Après cela, Gauvain s'amourache de la belle Ydain, qui le déçoit par son infidélité, avec des scènes et une morale misogyne qui rappellent Le Chevalier à l'épée (RQRF #19). Gauvain retrouve enfin le bateau merveilleux, qui l'amène en Écosse. Là, il croise de nouveau Yder, avec lequel il espère pouvoir venger Raguidel, en vainquant le terrible Guingasouin, ses armes enchantées et son ours apprivoisé… En plus de placer Gauvain dans un rôle de premier plan, comme La Mule sans frein ou Le Chevalier à l'épée (RQRF #19), ces deux romans du début du XIIIe siècle se rejoignent dans une référence appuyée à Chrétien de Troyes et ses continuateurs, un sérieux goût pour l'ironie et l'humour et une recombinaison inventive de motifs connus de la littérature arthurienne.


Quelques lais bretons anonymes (Rex Quondam Rexque Futurus #25)
Sep 12 2019 103 mins  
A la suite de Marie de France (RQRF #14), d'autre poètes se sont attaqué au genre du lai breton. Ces courts textes en vers, racontant des aventures souvent merveilleuses qui auraient fait l'objet de lais lyriques composés par les anciens Bretons, entretiennent souvent une relation vague au reste de la matière de Bretagne. Ainsi, les lais anonymes de Guingamor, Graalent et Mélion reprennent des noms ou motifs déjà présents chez Marie de France, dans des lais tels que Guigemar, Lanval ou Bisclavret, en ôtant ou ajoutant à loisir des personnages comme Arthur, Guenièvre et Lancelot. Le Lai du Cor attribué à un certain Robert Biket, ainsi que le Lai du Court Mantel anonyme, témoignent eux d'un motif récurrent des légendes arthuriennes: l'arrivée à la cour d'un objet fantastique qui peut révéler l'infidélité des dames présentes, un sujet que l'on peut imaginer épineux dans un univers ou les triangles amoureux entre roi, reine et chevalier sont monnaie courante. L'importance de l'amour courtois est d'ailleurs le sujet du Lai du Trot, qui en fait d'aventure relate une brève allégorie qui semble tout droit sortie du Perlesvaus (RQRF #11). Quand au Lai de Tyolet, il combine l'histoire de l'arrivée à la cour d'Arthur du fils d'une veuve dame très semblable à Perceval (RQRF #7) avec une chasse au cerf blanc proche de celle de la deuxième continuation du Conte du Graal (RQRF #8)...


Le Tristan en Prose (Rex Quondam Rexque Futurus #24)
Aug 07 2019 229 mins  
La légende de Tristan et Iseult (abordée dans RQRF #13) était déjà connectée au reste de l'univers arthurien, mais de façon assez superficielle. Dans les années 1230, quelques fans de Tristan en ont eu marre qu'il fasse bande à part et composèrent le long cycle de Tristan en Prose où il rejoint vraiment la Table Ronde. On pourrait presque parler de Tristan-Graal, car Tristan participe aussi à la Quête du Graal, suivant la Queste du Lancelot-Graal (RQRF #16), et s'illustre le reste du temps dans des tournois, duels et course-poursuites entre chevaliers qui auraient parfaitement leur place dans le Lancelot Propre (RQRF #15). Très populaire, le Tristan en prose a été consigné dans plus de 80 manuscrits qui présentent un tel nombre de variantes et de divergences que l’œuvre donne parfois l'impression d'un Livre Dont Vous Êtes Le Héros. Au point qu'il fallut 34 ans pour que Renée Curtis (1963-1985) puis une équipe dirigée par Philippe Ménard (1987-1997) démêlent cette pelote d'intrigues et que soit complétée l'édition en 12 volumes de sa version la plus courante. La légende des amoureux maudits n'est pas seulement prolongée, puisqu'on note aussi quelques innovations. Parmi celles-ci, un long prologue sur les ancêtres de Tristan ou le fait que d'autres chevaliers deviennent amoureux d'Iseult – comme le beau-frère de Tristan, Kahédin, qui mourra de son amour insatisfait, ou Palamèdes, le preux Sarrasin et rival de Tristan. Ils passent beaucoup de temps à se lamenter auprès de fontaines dans la forêt, donnant lieu à plusieurs des poèmes chantés qui parsèment la prose. On perd aussi toute sympathie pour le roi Marc, devenu ici un félon meurtrier, dont les crimes sont rarement punis, et dont les victoires participent à une vision cynique et désabusée du monde de la chevalerie. Quelque peu sous-estimé par la critique moderne – quand elle n'a pas simplement été découragée par la complexité de la tradition manuscrite – ce roman a pourtant eu une grande influence. Il partage des épisodes avec la Post-Vulgate, un remaniement du Lancelot-Graal, même si le lien entre les deux reste discuté aujourd'hui. Il sera aussi beaucoup repris en italien (Tavola Ritonda, Tristano Riccardiano, Tristano Panciatichiano...) avant de former la base des chapitres sur Tristan de la très influente Morte Darthur (~1469) de Thomas Malory, et d'être régulièrement réimprimé aux XVe et XVIe siècles. Alors qu'une nouvelle traduction est en cours de publication, c'est l'occasion de le redécouvrir dans le – prévisiblement – plus long épisode de Rex Quondam Rexque Futurus...





Le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu (Rex Quondam Rexque Futurus #23)
Jun 05 2019 123 mins  
Dans le premier tiers du XIIIème siècle, Le Bel Inconnu, attribué par son manuscrit à un certain Renaud de Beaujeu, reprend, comme le Roman de Jaufré (RQRF #21), la tradition du roman arthurien en vers initiée par Chrétien de Troyes. Contrairement aux continuateurs de Chrétien, ou aux auteurs des grands cycles en vers ou en prose, Renaud de Beaujeu ne cherche pas à intégrer son récit dans une fresque plus vaste, mais préfère explorer le genre et ses figures imposées: les romans de Chrétien fournissent ainsi une première base aux aventures du titulaire Bel Inconnu, dont l'anonymat, calqué sur celui de Perceval, dissimule en fait Guinglain, fils caché de Gauvain et d'une fée. Mais Renaud de Beaujeu n'assemble pas simplement un patchwork des tropes de son illustre prédécesseur: il les retourne et les transforme, bâtissant une œuvre unique, étrange et intrigante, tout à fait différente de celles de ses contemporains. Ignorant tout de son identité, son héros titulaire commence sa quête à la cour du roi Arthur, qu'il quitte bien vite pour aller sauver la Blonde Esmérée, fille du roi du Pays de Galles, retenue prisonnière dans sa cité ruinée par un enchanteur maléfique. En chemin, il devra affronter bien des défis pour prouver sa valeur, avant de pouvoir apprendre qui il est vraiment et sauver celle à qui il semble promis. Le plus grand obstacle sur son chemin, toutefois, ne sera pas une épreuve de force, mais plutôt l'amour d'une autre: la Pucelle aux Blanches Mains, reine de l'Île d'Or et magicienne aux pouvoirs prodigieux...




Les Continuations de Perceval III & IV : Perceval Revolutions (Rex Quondam Rexque Futurus #22)
Apr 03 2019 160 mins  
Chrétien de Troyes avait laissé son Conte du Graal inachevé (RQRF #8) et les Première et Deuxième Continuations (RQRF #11) n'avaient pas beaucoup avancé la quête de Perceval : il revenait au château du Graal, mais lorsqu'il tentait l'épreuve de ressouder l'épée brisée qu'on lui tendait, il restait une fissure dessus, signe qu'il n'était pas encore digne d'accomplir la Quête… Malgré cela, comme il est tout de même sur la bonne voie, la dernière de la Deuxième Continuation nous dit que "Perceval se réconforte". Alors que la prose est à la mode avec le Perceval en Prose (RQRF #10) et la Queste del Saint Graal (RQRF #16) qui avaient déjà conclu les aventures du Graal, deux auteurs vont essayer de poursuivre l'aventure de Perceval en vers de huit syllabes, comme Chrétien l'avait commencée – tout en piquant quelques scènes au Lancelot-Graal. Leurs tentatives semblent indépendantes malgré les points communs : on revoit Blanchefleur, la bien-aimée du héros, on rencontre Trébuchet, le forgeron qui fit son épée, mais justement, leurs versions se contredisent… La "Troisième" Continuation, attribuée à Manessier s'ouvre sur le Roi Pêcheur qu,i malgré l'échec relatif de Perceval, explique l'histoire du Graal, de Joseph d'Arimathie, et la raison de sa maladie : son frère, Goondesert, a été tué par le vil Partinal, qui s'était déguisé pour l'approcher. Après un coup si traître, son épée s'est brisée, et quand on lui en a apporté les deux moitiés, le Roi Pêcheur s'est flagellé avec jusqu'à en rester impotent. L'épée, presque ressoudée par Perceval, le désigne comme celui qui le vengera. Au cours des 11 000 vers d'aventures, Perceval exorcise le diable hors la Chapelle de la Main Noire, et avec Sagremor, Gauvain et quelques autres, sauve des demoiselles en détresse jusqu'à ce que leurs blessures les arrêtent. Finalement, Perceval tue Partinal, et rapporte sa tête au Roi Pêcheur, qui est immédiatement guéri, et réalise que Perceval est son neveu. Il en fait son héritier et peu après, Perceval lui succède et règne pendant sept ans, avant de se retirer du monde pour vivre en ermite. À sa mort, le Graal, la Lance et le Tailloir remontent au ciel. Souvent nommée "Quatrième" Continuation, les 17086 vers ajoutés par Gerbert de Montreuil sont en fait insérés avant la Continuation de Manessier dans les deux manuscrits où on peut la trouver, le début et la fin ayant peut-être été coupés pour la raccorder. Après son échec au Château du Graal, Perceval brise son épée sur la porte du Paradis Terrestre, et pour cela, il est condamné à sept ans d'errance supplémentaires au cours desquels les chevaliers d'Arthur iront, déguisés en ménestrels, aider Tristan et Yseut, et Perceval retrouvera notamment Gornemant de Gorhaut, qui l'avait initié à la chevalerie, et la famille du Chevalier Vermeil, qu'il avait tué dans le Conte du Graal. En plus d'un goût pour la référence arthurienne, Gerbert y montre une ferveur religieuse particulière, même pour la littérature du Graal : la nuit de noces de Perceval et Blanchefleur est très chaste, mais une voix leur annonce quand même que de leur lignée sortira Godefroy de Bouillon qui conquerra Jérusalem (comme dans le Parzival), et quand Perceval libère les gens engloutis en enfer sous le Siège Périlleux, on prend le temps de nous raconter les supplices qui y attendent les homosexuels… Le texte de Gerbert finit exactement comme il avait commencé, en se raccordant à la fin de la Deuxième Continuation : Perceval réunit les deux moitiés de l'épée (mais cette fois avec succès), et on enchaîne sur le texte de Manessier. Pris ensemble, les Continuations et leurs prologues portent l'histoire de Perceval, le jeune naïf qui n'a pas osé poser une question quand il vit l'étrange cortège d'un graal, à près de 60 000 vers. Sans atteindre la diffusion massive du Lancelot-Graal, elles témoignent de la force indéniable que l’œuvre de Chrétien continuait d'avoir, jusque dans sa forme poétique, et qui continue à nous captiver des siècles plus tard.


Le Roman de Jaufré (Rex Quondam Rexque Futurus #21)
Mar 06 2019 141 mins  
Le Roman de Jaufré est le seul texte arthurien préservé en occitan. Dédié à un roi d'Aragon, on débat encore des étapes de sa rédaction et de sa datation exacte: celle-ci se situe probablement autour de 1225, mais certains supposent une première version qui pourrait remonter à 1169. Relativement négligé en France, il conquerra le public espagnol, qui le rééditera pendant des siècles, notamment sous la forme de chapbooks (des petits livres imprimés largement diffusés) et qui l'exportera jusqu'aux Philippines, où on en collectera une version en tagalog ! L'action commence à la Pentecôte, alors qu'Arthur attend qu'une aventure survienne avant de passer à table. Le début du roman semble se moquer de ce cliché, car rien ne venant, le roi doit partir en quête d'aventure, où il se retrouve à la merci d'une bête à cornes qui menace de le projeter du haut d'une falaise, au désespoir de la cour. Après qu'il soit révélé que la bête est en fait un enchanteur métamorphe qui lui fait une sorte de blague, Jaufré, fils de Doson, débarque à la cour et y est adoubé. Juste après, il voit le vil chevalier Taulat de Rougemont tuer un des hommes de la cour et part à sa poursuite. Sur son chemin, il devra affronter un sergent qui bondit comme un cabri, des géants lépreux, un chevalier démoniaque qui semble insensible à ses attaques, et aussi élucider le mystère d'une terre dont les habitants explosent régulièrement en cris et en lamentations, mais qui deviennent très violents quand il leur demande le pourquoi de leur tristesse…




Le Parzival de Wolfram von Eschenbach (Rex Quondam Rexque Futurus #20)
Dec 19 2018 169 mins  
Parzival (~1205-1210) est l'une des œuvres les plus influentes de la littérature médiévale allemande. Le chevalier Wolfram von Eschenbach y réécrit le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (RQRF #9) en y créant plein de connexions : les aventures de Perceval et Gauvain – devenus Parzival et Gawan en allemand – sont bien plus imbriquées, de nombreux personnages se retrouvent liés au château du Graal à Munsalvaesche, et tout le monde est cousin de tout le monde. Et pour couronner le tout, le Graal n'y est pas un récipient qui a recueilli le sang du Christ, mais une pierre précieuse ("incandescente", si vous le dites) descendue du ciel par les anges restés neutres lors de la guerre entre Lucifer et Dieu. Elle est gardée par une compagnie de "Templiers", de prêtres et de vierges, qui suivent les ordres qui parfois apparaissent dessus. Au début du roman, Wolfram ajoute les aventures orientales de Gahmuret, le père de Perceval, au service du "Baruc" de Bagdad. Il convole avec Belakane, la reine noire de Zamzamanc, avec qui il aura un fils, Feirefiz, à la peau mêlée de noir et de blanc. Il mariera ensuite Herzeloyde, reine de Galles, avec qui il aura Parzival, avant de retourner mourir vers Bagdad malgré une armure de diamant. Comme chez Chrétien, élevé loin de la chevalerie, Parzival joindra cependant la cour d'Arthur, prendra l'armure du Chevalier Vermeil après l'avoir tué, et échouera à poser la question fatidique au château du Graal. Mais après de nombreuses aventures, un peu de pénitence et des retrouvailles avec son demi-frère Feirefiz, Parzival est appelé par le Graal : il peut devenir roi du Graal et libérer Anfortas de ses souffrances en lui posant la question fatidique : "Œheim, waz wirret dier?" (mon oncle, qu'est-ce qui te navre ?) Imprégné d'une idéologie guerrière mais aussi de sensualité amoureuse, le Parzival reflète l'importance des croisades lors de son contexte d'écriture, notamment par l'importance donnée aux templiers et les virées orientales de Gahmuret. Mais plutôt que de massacrer les infidèles comme dans le fanatique Perlesvaus (RQRF #11) ou les terrifier par les miracles de Dieu dans l'Estoire del Saint Graal (RQRF #18), il préconise aux païens une conversion inspirée par l'amour, et même par le couple, dans le cas de Belakane et Feirefiz, ses "templiers" arborant d'ailleurs une colombe plutôt qu'une croix. Ce sont finalement les divergences du roman avec le reste de la matière de Bretagne qui en font une œuvre unique et très influente pour la suite de la littérature arthurienne en langue allemande.


Le Chevalier à l'Épée et La Mule sans Frein (Rex Quondam Rexque Futurus #19)
Nov 21 2018 113 mins  
Parallèlement au développement des grands cycles arthuriens centrés sur le Graal, d'autres traditions émergent dans le sillage de Chrétien de Troyes, dont une qui consacre des récits plutôt courts aux aventures de Gauvain, qui, malgré sa grande présence dans le Conte du Graal (RQRF #7), n'a pas été le héros principal de l'une des œuvres de Chrétien. Deux de ces courts romans nous sont parvenus, aux côté du Conte du Graal, dans le manuscrit Cod. 354 de la Burgerbibliothek de Berne: Le Chevalier à l'Épée et La Mule sans Frein. Le Chevalier à l'Épée voit Gauvain partir à l'aventure lors d'une partie de chasse. Trouvant à se loger chez un chevalier, il va devoir composer avec son hôte capricieux et la fille de celui-ci dans des péripéties qui oscillent entre jeu de séduction et lit périlleux. Étant parvenu à conserver à la fois sa vie et son honneur, il quitte le château pour rejoindre la cour d'Arthur avec sa nouvelle conquête, mais celle-ci l'abandonne pour un autre chevalier, lui laissant ses lévriers pour toute compagnie. Attribué dans son prologue à un certain Paien de Maisieres – peut-être un double parodique de Chrétien de Troyes – La Mule sans Frein relate comment, un jour de Pentecôte, une mystérieuse demoiselle montée sur une mule sans frein arrive à Cardoël, promettant un baiser au chevalier qui chevauchera la mule pour retrouver sa bride. Keu se lance à l'aventure, mais prend peur avant de traverser un pont périlleux. C'est Gauvain qui bravera les merveilles du château où le frein est gardé, se soumettant à un jeu de décapitation et combattant lions, serpents et chevalier pour ramener son butin à la demoiselle, qui, son baiser accordé, reprendra son chemin...



Le Lancelot-Graal (4/4) - L'Estoire del Saint Graal et la Suite-Vulgate du Merlin (Rex Quondam Rexque Futurus #18)
Oct 17 2018 156 mins  
Dans le deuxième quart du XIIIème siècle, la trilogie formée par le Lancelot (RQRF #15), La Queste del Saint-Graal (RQRF #16) et La Mort le Roi Artu (RQRF #17) se voit adjoindre deux autres récits: L'Estoire del Saint Graal, et L'Estoire de Merlin, véritables "préquelles" au cycle du Lancelot-Graal. Si L'Estoire del Saint Graal reprend la trame de base du Joseph d'Arimathie en prose (RQRF #9), suivant le parcours de Joseph d'Arimathie et du Graal de Jérusalem jusqu'en Bretagne, l'ajout d'éléments introduits dans La Queste del Saint-Graal, comme le baptême du roi Mordrain et de son sénéchal Nascien, résulte en un récit très différent, rythmé par des batailles, des aventures merveilleuses et des conversions miraculeuses de rois païens. L'Estoire de Merlin, au contraire, reprend le récit du premier Merlin en prose (RQRF #10), n'y faisant que quelques adaptations pour faciliter son intégration dans le cycle. La version cyclique du Merlin se distingue en fait surtout par le fait qu'elle ajoute au roman original une continuation, couramment désignée sous le nom de Suite-Vulgate du Merlin, qui raconte les premières années du règne d'Arthur, là où le premier Merlin s'achevait sur son sacre. Devant faire face à une rébellion de ses principaux vassaux, à une invasion saxonne, et aux ravages du roi Rion de la Terre aux Riches Pâtures en Carmélide, Arthur va bénéficier non seulement de l'aide de Merlin, mais aussi des rois Ban de Bénoïc, père de Lancelot, et Bohort de Gaunes, père de Bohort et Lionel. S'inspirant en effet très largement du Lancelot, la Suite-Vulgate va ainsi explorer les origines des protagonistes du cycle, racontant pêle-mêle le mariage d'Arthur et Guenièvre, les conceptions de Mordred, de la Fausse Guenièvre et d'Hector des Mares, l'arrivée à la cour d'Arthur de Gauvain et de ses frères, ou encore la création de la Carole Enchantée, tout en y ajoutant une forte inspiration du Roman de Brut de Wace (RQRF #4), reprenant ainsi l'expédition menée par Arthur et ses alliés sur le continent contre l'empereur Lucius de Rome. La Suite-Vulgate, rythmée par les aventures et prophéties de Merlin, doit s'achever sur sa disparition, puisqu'il est absent du reste du Lancelot-Graal: ce sera le fait de son élève Niniane qui l'emprisonnera dans une prison d'air par un sort qu'il lui aura enseigné...


Le Lancelot-Graal (3/4) - La Mort le roi Artu (Rex Quondam Rexque Futurus #17)
Sep 12 2018 160 mins  
La Mort le Roi Artu conclut le cycle du Lancelot-Graal, en traquant tous ses personnages jusqu'à la mort. Comme dans la tradition des chroniques illustrées par Geoffrey de Monmouth (RQRF #3) et ses continuateurs tels que Wace (RQRF #4), Arthur apprend lors d'une campagne sur le continent que Mordred l'a trahi et revendique la reine et la couronne pour lui, puis il revient confronter son neveu en Bretagne, mais ils s'y entretuent, tout comme leurs forces respectives. Cette fois-ci, cependant, c'est son conflit avec Lancelot qui avait amené le roi en Gaule. En effet, après la découverte de la relation adultère entre Lancelot et Guenièvre (qui a repris après l'interruption de la Queste), Lancelot secourt Guenièvre du bûcher en tuant malencontreusement Agravain, Guéhériet et Gaheret, fils du roi Lot, il est pourchassé par Gauvain, leur frère, et Arthur, leur oncle. En outre, Mordred, s'il reste le fils de sa sœur et le frère de Gauvain, devient dans le Lancelot-Graal le propre fils incestueux d'Arthur, rehaussant encore la perversion de cet usurpateur.   Contrairement à la structure des aventures entremêlée du Lancelot Propre (RQRF #15) ou aux interruptions allégoriques de La Queste del Saint Graal (RQRF #16), La Mort le Roi Artu montre dans une longue chaîne d'événements le déploiement des engrenages de la vengeance dans un monde débarrassé des enchantements merveilleux ou des manifestations de Dieu. C'est un conflit profondément mondain, profondément humain, qui déchire Guenièvre, Lancelot et Arthur. La Roue de la Fortune tourne pour cette parenthèse arthurienne, et les personnages n'y discernent la main de Dieu qu'avec incertitude, quand ce crépuscule vient clore cette parenthèse tour à tour courtoise et sainte que fut la cour du grand Roi Arthur. Est-ce bien elle qui saisit Excalibur avant de l'engloutir dans les flots ?


Le Lancelot-Graal (2/4) - La Queste del Saint Graal (Rex Quondam Rexque Futurus #16)
Aug 01 2018 124 mins  
Dans La Queste del Saint Graal (~1225) qui fait suite au Lancelot Propre (discuté dans l’épisode précédent), on voit enfin entrer en scène Galaad, le « Bon Chevalier », le fils parfait et très christique que Lancelot eut malgré lui avec la fille du Roi Pellès. Destiné à mettre fin aux aventures de la Bretagne et à achever les mystères du Graal, il surpasse en tout le reste de la Table Ronde. Perceval n’est donc plus le seul héros du Graal, même si sa virginité lui vaut d’accomplir cette quête avec Galaad et Bohort, qui est presque aussi chaste. Le roman est une condamnation sans appel de la chevalerie « terrestre » et des vanités que sont les tournois, les exploits guerriers ou l’amour courtois. Gauvain échoue à conquérir le Graal de par son orgueil et sa violence, tandis que c’est le péché de son adultère avec Guenièvre qui empêche Lancelot d’accéder à ses mystères. Face à eux, la foi des chevaliers « celestiels » que sont Galaad, Bohort et Perceval est mise à l’épreuve avec succès : grâce aux ermites qu’ils rencontrent ils comprennent le sens chrétien de leurs étranges aventures. Connectant même l’Ancien Testament, les trois héros sont emportés par une nef construite par le Roi Salomon lui-même, et assistent au service du Graal à Corbenic avant qu’il soit transporté à Sarras. Mais quand Galaad peut contempler ses secrets face-à-face, c’est trop pour un mortel… Rompant avec une tradition de glorification de la classe militaire, le christianisme fervent de ce puissant roman est plus friand d’interprétations symboliques que de batailles, recommandant aux guerriers un ascétisme et même un pacifisme presque sans exceptions. Mettant en perspective les Quêtes du Graal précédentes et influençant pour toujours la suite du mythos arthurien, c’est un des chefs d’oeuvre de la littérature médiévale.








Les Romances françaises de Tristan et Iseult (Rex Quondam Rexque Futurus #13)
Apr 04 2018 170 mins  
Petit retour en arrière pour Lays et Antoine, qui reviennent cette semaine au XIIe siècle pour aborder un pan important mais originellement distinct de la Matière de Bretagne: l'histoire de Tristan et Iseult. Si les deux amants légendaires trouvent probablement leur source dans des légendes galloises et corniques du haut Moyen Âge, c'est en effet avec les poètes Béroul et Thomas, contemporains de Chrétien de Troyes, et qui que la légende apparaît dans la littérature, déjà associée au Roi Arthur. Le Tristan de Béroul, roman norman qui représente la branche "commune" de la légende, nous est connu par un manuscrit unique et fragmentaire. Il nous raconte la découverte de la relation des deux amants par le Roi Marc, mari d'Iseult et oncle de Tristan, ainsi que leur fuite, leur vie sauvage, et finalement leur retour à la cour de Tintagel. Le Tristan de Thomas, représentant la tradition dite "courtoise" de la légende, est encore plus fragmentaire, et survit sous forme d'épisodes dans une demi-douzaine de manuscrit. Le roman, écrit par le poète anglo-norman Thomas de Bretagne, relate la séparation des amants, le départ de Tristan en Petite Bretagne, son mariage sans amour avec une autre Iseult, sa blessure mortelle et sa mort, suivie de près par la mort de désespoir de sa bien-aimée, venue de Tintagel pour le soigner. A ces deux textes en vers sont associés deux autres, plus courts: la Folie Tristan de Berne, associée à la version de Béroul, et la Folie Tristan d'Oxford, plus proche de la version de Thomas. Toutes deux racontent avec des variations le même épisode: une visite de Tristan, déguisé en fou, à Iseult, qui ne le reconnait d'abord pas. L'occasion pour les deux amants de se remémorer leur histoire, et pour nous d'en apprendre plus sur les premiers épisodes perdus des récits de Béroul et Thomas...







Robert de Boron (2/2): De Myrddin au Merlin en Prose (Rex Quondam Rexque Futurus #10)
Dec 06 2017 194 mins  
Avant d'attaquer le Merlin en prose et son fragment en vers, rattachés à Robert de Boron, Antoine et Lays font deux pas en arrière pour montrer le développement du personnage de Merlin. A commencer par les poèmes gallois du Livre Noir de Carmarthen (copié en 1250) tels que Yr Oianau (les salutations) et Yr Affalenau (les pommiers) et quelques autres poèmes de manuscrits plus tardifs comme Cyfoesi Myrddin a Gwenddydd ei Chwaer (Dialogue de Myrddin et Gwenddydd, sa soeur), Gwasgwargedd Myrddin yn y Bedd (Chant de séparation de Myrddin à la tombe) et Peiran Faban/Vaban (Le garçon commandant). Lays et Antoine tentent de mettre en contexte l'histoire de ce Myrddin (prononcer Meurthinn, avec un th anglais comme dans father) dans cette tradition littéraire dont on évoquait les problèmes dans l'épisode 2. Il s'agirait là d'un barde qui s'est enfui après une bataille, devenant fou, et qui énonce son passé glorieux avant ses décennies d'exil dans la forêt, où il prophétise sur l'avenir de la Bretagne. Le personnage du garçon sans père nommé Ambrosius chez Nennius (voir RQRF 1) et qui révélait à Vortigern les deux dragons sous la tour qu'il essayait de construire, sera combiné à ce Myrddin gallois par Geoffrey de Monmouth autour de 1136 dans son Historia Regum Britanniae (voir RQRF 3) pour créer le personnage de Merlin, et il semble s'y être tant attaché qu'il lui consacra même une Vita Merlini (c. 1151), une vie de Merlin, qui est malheureusement moins lue, mais où l'on voit ce Merlinus sauvage vivre dans les bois et prophétiser. Cet homme sauvage trouve des parallèles dans un manuscrit de la vie de Saint Kentigern qui mentionne un Lailoken très "merlinique" et un texte irlandais, Buile Suibhne (c. 1200) ou Folie de Suibhne (= Sweeney) Enfin, au terme de ce (long) parcours, on attaque enfin le Merlin en Prose, la seconde partie de la "trilogie" de Robert de Boron, précédé par le Joseph, et suivi par le Perceval en Prose, examinés la dernière fois. Merlin est, comme dans l'Historia de Geoffrey, le fils d'un démon, mais sa mère, au lieu de participer enthousiaste à leur relation sans réaliser sa nature démoniaque, elle est violée suite à un moment d'inattention. L'enfant, heureusement précoce, acquiert des démons la faculté de voir le passé et de Dieu, la faculté de voir l'avenir. Il les mettra au service des rois Vortigern, Pandragon et Uther, avant d'aider à la conception d'Arthur, puis, alors que la Bretagne est sans roi après la mort d'Uther, Merlin fait apparaître à Noël devant le perron de la cathédrale de Londres, une épée, plantée dans une enclume, sur un bloc de pierre. Et qui la sortira, sera par la grâce de Dieu roi de Bretagne… Pour finir, on termine cet examen du cycle "boronesque" avec la fin du Perceval en Prose, parfois nommée Mort Artu, car elle intègre la tradition de Geoffrey et Wace (voir RQRF 4) quand à la chute du royaume arthurien.






Chrétien de Troyes (3/3) - Perceval ou Le Conte du Graal (Rex Quondam Rexque Futurus #7)
Sep 06 2017 120 mins  
Aujourd'hui on associe premièrement le Roi Arthur à trois éléments : Excalibur, son épée fabuleuse, la Table Ronde, qui était apparue chez Wace, et enfin le Graal, que cherchent ses chevaliers. C'est dans ce dernier roman inachevé de Chrétien de Troyes, son Perceval ou Le Conte du Graal, qu'apparaît le fameux graal. Pour l'instant sans majuscule — c'est un graal, pas le Graal — il ne s'agit pas encore du récipient qui recueillit le sang du Christ, mais d'un plat contenant une hostie, que le jeune chevalier Perceval va voir défiler devant lui dans un étrange cortège au château du Roi Pêcheur, mais se souvenant des conseils qu'on lui fit, il n'ose pas poser de question, ce qui sera fatal... Et s'il faut encore attendre Robert de Boron pour le motif emblématique de "l'épée dans le rocher", aujourd'hui nous allons effectivement voir la fameuse "Escalibour" : "la meilleur épée qui ait existé / elle tranche le fer comme le bois" (vv. 5902-4 de l'édition Poirion, p. 831) — mais dans la main de Gauvain ! Il partage en effet la vedette avec Perceval et c'est au milieu de ses aventures que s'interrompt le roman, alors qu'il se trouve pris dans des accusations qui mettent sa courtoisie à l'épreuve et peu après que Perceval a appris quelques secrets du graal auprès d'un oncle ermite... Après avoir résumé l'histoire, Antoine et Lays abordent brièvement quelques théories quant à la signification et l'origine du motif du graal, même si bien sûr ils auront largement l'occasion de revenir dessus au fil de l'émission.


Chrétien de Troyes (2/3) - Lancelot et Yvain (Rex Quondam Rexque Futurus #6)
Aug 02 2017 102 mins  
Après Erec et Enide et Cligès dans l’épisode précédent, Antoine et Lays s'intéressent ce mois-ci à deux des romans les plus aboutis de Chrétien de Troyes : son Lancelot et son Yvain. Dans Lancelot, ou le Chevalier de la charrette, le chevalier du même nom tente de secourir Guenièvre et d’autres natifs du pays de Logres, retenus prisonniers au pays de Gorre, « dont nul ne revient ». Pour les libérer, Lancelot devra passer le Pont de l’Épée, affronter plusieurs fois le terrible chevalier félon Méléagant en duel, et peut-être trouvera-t-il le temps de vivre sa passion adultère avec la belle Reine Guenièvre… De son côté, Yvain, le Chevalier au lion, tue en duel Esclados le Roux, qui défendait une fontaine merveilleuse de la forêt de Brocéliande , qui avait le pouvoir de déclencher de terribles orages sur son domaine. Il épouse ensuite sa femme, Laudine, aidé par l’astucieuse servante de celle-ci, Lunette. Il hérite donc de cette charge, mais dépasse le délai d’un an au terme duquel sa femme lui avait prescrit de rentrer, et elle le répudie donc. Il devient fou, et là commence pour lui une quête rédemptrice où il va secourir d’un serpent cracheur de feu le lion qui lui donne son nom, une famille à la merci d’un géant, Lunette aux prises avec un procès injuste qui la voue au bûcher, une jeune femme déshéritée par sa sœur aînée, et trois cents ouvrières exploitées contre leur gré par deux fils de démons…















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EckinV Aug 17 2020
Le meilleur podcast francophone de sa catégorie ! (Qui n'en comporte bas beaucoup certes...)

Le podcast de Da Aug 06 2020
C'est pointu mais passionnant même pour les curieux arthurophiles