Mar 18 2025 3 mins 517
Le président français, Emmanuel Macron a réuni un Conseil de politique nucléaire afin d'envisager et surtout de préparer les années à venir à ce sujet. Car cet enjeu stratégique est aussi financier. Décryptage.
C’est un marché qui pèse lourd même si c'est vrai qu'il est très difficile d'estimer un montant. Mais en tout état de cause, le marché français du nucléaire est estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Juste un indicateur pour vous faire une idée, l'an passé, EDF, qui produit et qui fournit l'électricité en France a dépensé à peu près cinq milliards d'euros uniquement pour la maintenance et l'exploitation de ses 18 centrales nucléaires dans le pays. Ce n'est qu'un indicateur mais il permet de comprendre l'importance de ce secteur qui est en mutation.
Regarder vers l’avenir
D'un côté, le parc nucléaire tricolore vieillit, les premiers réacteurs ont aujourd'hui plus de quarante ans. L'idée est donc de prolonger leur durée de vie, ce qui nécessite des mises à niveau coûteuses, environ 50 milliards d’euros d’ici 2030 selon EDF. Et puis de l'autre côté, des réacteurs nouvelles générations sont développés et mis en service, les EPR. La première version de ces réacteurs, à Flamanville, dans le nord-ouest de la France, a été connecté au réseau électrique à la fin de l'année dernière. Mais ce projet a rencontré bon nombre de soucis, douze ans de retard sur les travaux et surtout, ça a coûté sept fois plus que l'estimation prévue en 2006 avant le début du chantier.
Des coûts très élevés
Construire des installations nucléaires coûte cher comme on vient de le démontrer. Et ce sujet était d'ailleurs à l'ordre du jour hier, de la réunion présidée par le chef de l'État. Car une nouvelle version des EPR est à l'étude, les EPR 2. Emmanuel Macron vise une première mise en service d'ici 2038 au lieu de 2035. Un retard sur l'agenda en raison du prix de construction de telles structures. Parce que comme pour les EPR première génération, la facture s'envole. En 2022, le coût du programme était initialement évalué à 51,7 milliards d'euros. Il l'est à 67,4 milliards d'euros aujourd'hui. Cette facture pourrait atteindre les 100 milliards si on compte les frais financiers, soit le double de l'estimation initiale.
Où trouver l’argent?
On le rappelle, la France est limitée dans son déficit public qui est déjà au-dessus de 6% de son PIB donc difficile de trouver des fonds et EDF est fortement endettée, près de 65 milliards d’euros en 2023. Et on l'a dit le groupe doit mobiliser d’importants financements pour moderniser le parc existant. Il y a donc un enjeu important pour la France, mais aussi pour l'Europe, cela parce que le retour en grâce de l'atome est un investissement qui a un coût. Un coût qui permet de produire une électricité décarbonée, plutôt bon marché et surtout disponible à tout moment. Ces capacités de production permettent à la France d'exporter de l'électricité vers ses voisins européens. Et cette souveraineté européenne par l'indépendance énergétique de la France, ça compte, à l'heure où les tensions géopolitiques sont de plus en plus exacerbées !