Un relatif silence médiatique autour du procès du financement libyen de Nicolas Sarkozy


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Mar 28 2025 2 mins   14

Dans le procès du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, après des réquisitions extrêmement lourdes délivrées le 27 mars 2025, l'affaire a été enfin médiatisée.

Ces réquisitions pèsent lourd dans cette soudaine médiatisation. Le Parquet national financier a requis sept ans de prison contre l'ancien président, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Les mots employés par les procureurs ont aussi porté. Ils ont dépeint l'ancien chef d'État comme le véritable « commanditaire » d'un « pacte de corruption », « inconcevable, inouï, indécent », noué avec Mouammar Kadhafi.

Pourtant, alors que le procès a débuté le 6 janvier 2025, ce n'est qu'une toute petite médiatisation dans la durée si on la compare à d'autres procès. La société Aday, qui scrute les médias, a compté 7 800 articles ou contenus liés à ce procès dans les médias français, soit deux fois moins que les procès Dominique Pélicot sur les viols de Mazan (14 981) ou sur le pédocriminel Joël Le Souarnec (14 199).

Pourquoi cette frilosité vis-à-vis d'un tel procès politique ?

Il y a d'abord, le fait que l'affaire a été révélée par un outsider, Mediapart, en 2011. Or, ce journal a parfois été soupçonné d'être de parti-pris, ce que Sarkozy a entretenu en le traitant « d'officine » et en le poursuivant pour faux et usage de faux, sans obtenir gain de cause. Ensuite, le fait qu'elle a pu apparaître complexe à des médias audiovisuels qui doivent résumer les faits en deux minutes.

Pourtant, comme le note le journaliste de Mediapart Yunnès Abzouz, l'affaire montre « la délinquance en col blanc, ce crime social qui se nourrit de l'indifférence médiatique ». Avec des détails cocasses, comme le coffre-fort de Claude Guéant, prétendument loué pour entreposer des discours de Sarkozy.

Un ex-président proche des médias

Les liens des médias avec Nicolas Sarkozy sont à prendre en compte. C'est un ami de Vincent Bolloré, de Martin Bouygues ou d'Arnaud Lagardère, et forcément, leurs médias peuvent avoir des biais, des gênes ou des silences. Là où CNews parle « d'acharnement judiciaire », TF1 préfère suivre le procès Gérard Depardieu ou l'enquête sur la disparition du petit Émile. Quant au Figaro, qui avait caviardé en 2011 une interview de Kadhafi où il déclarait avoir donné des fonds à Sarkozy pour sa campagne, le journal fait le service minimum. Son actionnaire Dassault avait obtenu un contrat pour vendre des Rafale à la Libye.

Et puis il y a les médias qui ont été impliqués dans la défense de Sarkozy, soit en le faisant venir en plateau, soit en prêtant la main à des manipulations comme les fausses rétractations de Ziad Takkieddine dans Paris Match ou sur BFMTV. « On préfère la force d'un démenti à la brutalité des faits », avait déclaré Fabrice Arfi, de Mediapart, en rappelant qu'il n'y avait eu aucune couverture de news magazine sur cette affaire.