Journalistes syriens en exil: rester ou revenir?


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Mar 14 2025 2 mins   14

Le président par intérim de la Syrie, Ahmed al-Charaa, vient de signer une déclaration constitutionnelle rétablissant la liberté d’expression et la liberté de la presse dans le pays.

Rester ou revenir ? C’est la question que se posaient la semaine dernière à l’Institut du monde arabe, à Paris, des journalistes syriens en exil réunis par CFI, l'agence française de développement des médias. Et cette déclaration de l’ancien chef rebelle de HTS, devenu président par intérim, va sans doute contribuer à accroître leur perplexité.

D’un côté, il y a ce qui peut être ressenti par les citoyens syriens, un vent de liberté qui permet de s’exprimer avec force contre des responsables du régime de Bachar al-Assad, selon Ali Akhabour, journaliste en exil de Focus Aleppo. Et de l’autre, ces massacres qui ont tué plus de mille personnes dans les régions alaouites de l’ouest du pays. D’un côté, le rétablissement officiel des libertés de la presse et d’expression, et de l’autre, une sécurité qui est loin d’être garantie, y compris pour les professionnels de l’information. D’après Reporters sans frontières, cinq journalistes, notamment des chaînes Al Jazeera et Al Araby, ont été blessés ces derniers jours après avoir été pris pour cible par des tirs dans leurs voitures marquées Presse. Comme si, une fois de plus, on cherchait à éviter tout témoignage filmé.

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La Syrie sort d’un bilan catastrophique en matière de liberté de la presse

Il est intéressant de noter que la déclaration du président autorise « la liberté d’opinion, d’expression, de la presse », mais elle prévoit aussi de créer une commission de justice transitionnelle pour les victimes et les disparus. Or, il ne peut y avoir de véritable liberté s’il n’y a pas de justice pour exprimer la vérité de ce qui a été, et cela le nouveau pouvoir le sait.

Depuis 2011, le régime d’Assad a tué 181 journalistes, d’après RSF, qui demande que justice leur soit rendue. Mais il a aussi conditionné des générations de reporters. Non seulement par la peur de l’emprisonnement, de la torture ou de l’assassinat, mais aussi par une autocensure qui faisait que c’était un peu, selon Walid Al Nofal, de Syria Direct, « comme s’il y avait un policier à l’intérieur de chaque journaliste », puis un « royaume du silence ».

Des hommes de HTS dans la presse d'État

« Le climat n’est pas bien clair », juge Ali Akhabour. Le nouveau pouvoir a placé à la tête de l’agence de presse étatique Sana et de la télévision d’État des hommes de HTS. Il y a sans doute la volonté de gagner la confiance des Syriens par des médias professionnels, mais aussi des pratiques de contrôle du travail des journalistes, comme la demande de communiquer les questions à l’avance ou l'accès aux sources. Parallèlement, les rumeurs et les vidéos trompeuses prolifèrent sur les réseaux sociaux ou les messageries. Finalement, l’idée de rentrer dans une Syrie apaisée est encore un rêve.

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