Le Book Club

Oct 27 2020 22 mins 3.1k

Le podcast de Louie Media qui vous aide à renouveler votre bibliothèque. De grandes lectrices nous accueillent chez elles pour nous faire découvrir ce qu'il y a sur leurs étagères et partager trois livres qui comptent pour elles. Un mardi sur deux. Interviews: Clémentine Goldszal, Gladys Marivat, Elisabeth Philippe, Maud Ventura, Agathe Le Taillandier. Présentation: Agathe Le Taillandier. Coordination: Maud Benakcha.





Alice et moi : “Toute sa vie, elle se jette dans l’inconnu”
Oct 27 2020 16 mins  
Alice et moi est chanteuse. Après le succès à l’automne 2018 de son titre “J’veux sortir avec un rappeur », elle vient de finir l’écriture de son premier album, qui sortira début 2021. Le prénom Alice et moi, c’est tout simplement parce qu’ “il y a Alice, et puis il y a moi”. Un côté hypersensible,“dans sa bulle”, et puis il y a l’autre Alice, “celle qui fonce” et qui n’écoute pas ses peurs.  Une dualité qu’Alice et moi retrouve dans le livre qu’elle a choisi pour cet épisode. La chanteuse nous présente L’histoire d’Helen Keller, un roman de Lorena A. Hickok qu’elle a lu pour la première fois à l’âge de dix ans. Le livre raconte la jeunesse d’Helen, une petite fille sourde, muette, et aveugle, accompagnée de son éducatrice. Alors qu’elle commence à peine à appréhender le monde qui l’entoure, son handicap l’enferme dans son corps et l’empêche, dans un premier temps, de s’exprimer et de se faire comprendre des autres. Alice et moi ne prétend pas comparer son expérience avec celle d’Helen, mais la chanteuse reste touchée par la sensibilité de l’enfant, à laquelle elle s’identifie beaucoup. “Même si d’extérieur j’étais enjouée et sociable, au fond j’étais très coupée du monde”. Elle voit ce personnage évoluer et sortir de cette introversion forcée, pour finalement faire “de ses faiblesses sa force”. Et cette image accompagne encore aujourd’hui Alice et moi dans sa carrière d’artiste, surtout lorsque “ses émotions de petite fille réservée” refont surface.  Alice et moi retient aussi le bonheur qu’Helen Keller ressent grâce à l’apprentissage de nouvelles choses. “Toute sa vie, elle se jette dans l’inconnu avec une joie incroyable et pour moi ça c’est hyper inspirant”. Alors même si parfois elle a peur, Alice et moi repense à cette petite fille, et elle se rappelle de toujours rester optimiste.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Ventura a envoyé les questions de cette interview à Alice et moi. Clémence Lecart a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast.  Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Marcia Burnier : “Les groupes de meufs peuvent constituer une famille choisie”
Oct 20 2020 22 mins  
Marcia Burnier est autrice. Son premier roman, Les Orageuses, raconte l’histoire de deux femmes, toutes deux victimes de viol. Entourées par cinq autres amies, elles prennent un jour la décision de reprendre un pouvoir que l’on a essayé de leur ôter par la violence, en se faisant justice elles-mêmes. Ce livre, Marcia Burnier l’a écrit en premier “pour ses copines”. L’écrivaine a voulu redonner de la valeur à la parole des femmes autour d’elle, sa “famille choisie” comme elle l’appelle. Elle en est persuadée: “d’autres types de liens familiaux doivent pouvoir exister” au-delà des parents et du couple. D’où l’importance de valoriser la sororité.  La solidarité entre femmes est un thème que Marcia Burnier voudrait voir se développer dans la littérature. “Il faut qu’on arrive à accepter que des romans peuvent être très bons avec pratiquement que des personnages féminins”. D’ailleurs, le livre qu’elle a choisi de nous présenter dans cet épisode est une histoire “d’entraide entre femmes”. Il s’agit du recueil d’essais autobiographiques Peau, à propos de sexe, de classe et de littérature de Dorothy Allison. Dans cet ouvrage, l’autrice américaine revient sur sa propre histoire. Elle analyse son rapport à la sexualité, à l’inceste qu’elle a subi dans son enfance. Mais à travers toute cette violence, elle valorise aussi le collectif, “les groupes de meufs”, et met en avant l’importance du soutien qu’elle a pu recevoir de la part d’autres femmes.  L’histoire de Dorothy Allison résonne en Marcia Burnier. Si la première fois qu’elle la lit, c’est principalement parce qu’elle veut en savoir plus sur son identité de femme lesbienne, elle y attache rapidement une nouvelle signification. “Peau c’est un livre qui m’a fait me sentir autrice”. Lorsqu’elle écrit son premier roman, il lui apprend à donner de la valeur à ce qu’elle veut raconter. Et surtout, à se laisser le temps pour l’écrire. “Se dire autrice c’est aussi accepter de donner du temps à la littérature”. À travers Peau, Marcia Burnier se laisser aller à la rêverie et espère qu’un jour, elle pourra devenir écrivaine à temps plein.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Oriane Olivier a envoyé les questions de cette interview à Marcia Burnier. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast.  Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



Agnès Desarthe : “La solution est toujours dans les livres, très rarement dans la vie”
Oct 13 2020 18 mins  
Agnès Desarthe est autrice et traductrice. Elle a publié à cette rentrée littéraire 2020 C’était mieux après, un roman jeunesse dans lequel elle raconte l’histoire de Vladimir, un petit garçon fraîchement arrivé dans une nouvelle école. Il doit alors s’adapter et surmonter sa timidité pour y trouver sa place.  Agnès Desarthe travaille en ce moment à l’écriture de son prochain roman. En parallèle, elle traduit des articles de l’autrice Virginia Woolf pour le magazine britannique le Literary Times Supplement. Écrire ou traduire, traduire et écrire, elle a “toujours exercé ces deux activités en même temps, parfois dans la même journée”. Agnès Desarthe ne saurait dire laquelle de ces deux casquettes elle préfère tant elles sont complémentaires. “L’un repose de l’autre”. Mais dans tous les cas, c’est la lecture qui est au coeur de son travail.  Dans cet épisode, Agnès Desarthe nous présente le roman Laura Willowes, de l’autrice américaine Sylvia Townsend Warner. Dans ce livre “étrange” où se mêlent naturel et surnaturel, Laura Willowes, une jeune femme plutôt réservée et docile décide de tout plaquer pour partir s’installer dans la campagne reculée anglaise. Ce livre a beaucoup marqué Agnès Desarthe parce qu’il fait écho à son histoire familiale, à son enfance, à sa grand-mère paternelle. “J’ai toujours eu l’impression que le naturel et surnaturel étaient main dans la main dans mon quotidien”. Laura Willowes, c’est finalement une “ode à la liberté, à l’autonomie, et à la possibilité d’être soi”. On sent paraître le désir d’être proche de la nature, une “nature sauvage” qui pousse le personnage principal à s’affranchir des conventions sociétales imposées à aux femmes.  Agnès Desarthe recommande également le roman Martin Eden de Jack London, que la comédienne Lison Daniel nous avez déjà présenté dans un précédent épisode du Book Club.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Elle a également envoyé les questions de cette interview à Agnès Desarthe. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Nina Meurisse : “La caméra prend des choses que personne ne voit”
Oct 06 2020 26 mins  
Nina Meurisse est actrice. Dans le biopic Camille sorti en 2019, elle rend hommage à Camille Lepage, jeune photo-reporter française tuée en Centrafrique en mai 2014. Pour interpréter avec justesse ce rôle qui lui a valu d’être nominée pour le César du Meilleur Espoir féminin, l’actrice s’est méticuleusement préparée. Elle est allée jusqu’à apprendre les rouages du métier avec des photographes de l’agence de presse AFP.  Nina Meurisse possède beaucoup de livres de photographies. Ils sont disséminés un peu partout chez elle. Sur les rayonnages d’une bibliothèque, sur la table basse du salon, “j’ai presque peut-être plus de livres de photos que de romans”. Lorsqu’elle entreprend un rôle, elle s’en sert souvent comme référence afin de mieux comprendre son personnage. Pour son prochain projet; une série qui sera diffusée sur la plateforme de streaming d’Amazon, l’actrice s’est penchée sur des clichés des années 1960. Elle analyse tout dans le détail, des habits à la posture des gens selon l’époque, en passant par la moindre petite “mimique”. “Cette idée de trouver ce personnage par le corps je trouve ça toujours assez intéressant”.  Dans cet épisode Nina Meurisse se confie à nous depuis sa loge, à Saint Jean d’Angély en Charentes-Maritime. Entre deux changements de costumes, l’actrice nous invite à contempler un instant la beauté du septième art, au travers de la littérature. Elle présente l’essai Notes sur le cinématographe, dans lequel le réalisateur Robert Bresson a rassemblé, à la manière de notes dans un journal, presque vingt-cinq ans de réflexions autour de son métier, et du cinéma plus largement. “C’est le seul livre que j’ai toujours avec moi, que je relie”. Il rappelle à Nina Meurisse que l’acteur.ice doit prendre le contrôle de son rôle, en poussant toujours plus loin l’analyse de son personnage. “Où il va? D’où il vient? Qu’est-ce qu’il veut dire par-dessus tout ça? Qu’est-ce qu’il a traversé? Qu’est ce qui le meut?” Et puis, une fois qu’iel a toutes ses clés en main, lâcher prise et laisser vivre ses émotions.  Nina Meurisse nous parle aussi des silences. Ces silences qui en disent déjà beaucoup. Robert Bresson écrit: “Sois sûr d’avoir épuisé tout ce qui se communique par l’immobilité et le silence”. C’est l’idée que le métier d’acteur.ice est d’abord physique, qu’il faut engager le corps tout entier, pour raconter une histoire au-delà de la parole. “Avant même que j’ai énoncé une phrase de dialogue, que va raconter le costume, la posture, la manière de respirer, la main qui se resserre?”. Une fois que l’acteur.ice a pris conscience de ces éléments, la caméra fera le reste. C’est là que réside toute la beauté du cinéma, que Nina Meurisse ne cesse de redécouvrir en nous lisant des passages de Notes sur le cinématographe. Moteur. Silence. Ça tourne. Action !  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Elle a également envoyé les questions de cette interview à Nina Meurisse. Maud Benakcha a fait le montage de cet épisode. Elle est aussi à l’édition et à la coordination de ce podcast. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Emily Loizeau : “Je m’efforce d’avoir une parole absolument libre”
Sep 29 2020 20 mins  
Emily Loizeau est autrice, chanteuse et compositrice. Son dernier disque Run Run Run, est une reprise d’une performance qu’elle a imaginé en hommage à Lou Reed, chanteur du groupe de rock américain The Velvet Underground. Un concert mêlant piano, guitare et lectures d’interviews du chanteur américain.   Emily Loizeau est une artiste engagée. Au quotidien, comme à travers sa musique, elle milite pour les droits des migrants: “Ça doit être vital ou alors il vaut mieux se taire”. En 2017 elle sort son EP Origami, bande originale du documentaire “Les enfants de la Jungle”, qui dresse le portrait de mineur.e.s isolé.e.s dans le camp de réfugié.e.s de Calais.  Ce n’est donc pas un hasard si elle a choisi de nous présenter dans cet épisode du Book Club, le roman Eldorado, de Laurent Gaudé. Dans cette “épopée d’aujourd’hui” sur l’immigration clandestine, l’écrivain retrace les destins de quatre personnes, un garde-côte italien, une femme rescapée de la noyade et deux frères soudanais qui fuient leur pays pour rejoindre l’Europe. Il est alors question de la rencontre entre “nos peurs qui sont dressées comme des étendards”, et “le désespoir de ceux qui n’ont pas d’autres choix”.  Ce roman a mis Emily Loizeau dans une profonde colère. Mais il l’a aussi émue, car c’est finalement l’histoire “d’une quête de l’espoir” vers “un pays où l’on pourrait se sentir en sécurité et où la main serait tendue”. Elle en est presque certaine: Eldorado “peut changer petit à petit la vibration de chacun et peut-être un peu de ce monde”.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Oriane Olivier a envoyé les questions de cette interview à Emily Loizeau. Amel Almia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Faïza Guène : “La lecture permet ce que la pauvreté empêche”
Sep 22 2020 24 mins  
Faïza Guène est autrice. En 2004, alors âgée de 19 ans, la jeune franco-algérienne crée la surprise avec la sortie de son premier roman Kiffe Kiffe demain. Sous forme de journal intime, Doria, une adolescente franco-marocaine qui vit seule avec sa mère, raconte son quotidien dans une cité de Seine-Saint-Denis. Le succès de ce roman est immédiat, à tel point que le livre est aujourd’hui traduit dans 26 langues. Cet automne elle revient avec la publication de son sixième roman, La Discrétion, dans lequel elle dresse le portrait d’une famille algérienne ayant fui la guerre d’indépendance pour s’installer à Aubervilliers, au Nord de Paris. Des thèmes similaires, mais auxquels il ne faudrait pas restreindre l’écrivaine. “Je refuse maintenant, strictement, tout rôle que je ne choisis pas, à commencer par celui de porte-parole”. Avec Faïza Guène, les banlieues ne sont pas sujets d’écriture, simplement des lieux propices à la littérature et aux histoires.  Faïza Guène développe très tôt un appétit pour la littérature, grâce à l’école et à sa bibliothèque municipale. Elle apprécie particulièrement l’intimité des romans. “J’ai l’impression d’être en mouvement avec l’histoire, avec les personnages.” À travers les livres elle trouve aussi le moyen de s’évader de son quotidien et “d’accéder à un autre monde que le sien”.  C’est cette expérience que Faïza Guène souhaite partager dans cet épisode du Book Club, à travers l’essai La prochaine fois le feu, de l’écrivain James Baldwin. A l’aide d'une plume “trempée dans l’encre du réel de l’époque”, l’auteur afro-américain dénonce le racisme de la société américaine des années 1960, et la domination d’une majorité blanche sur une minorité noire. Presque soixante ans plus tard, Faïza Guène est frappée par l’intemporalité et l’universalité de ce texte. “C’est comme si son message s’adressait à moi, directement, en particulier, et aussi à l’humanité toute entière”. Le livre la replonge dans son enfance “de fille d’Algérien pauvre qui a grandi en banlieue”, mais il lui fait surtout prendre conscience que sa condition n’est pas une fatalité. “Il m’a aidé à comprendre à quel point c’était nécessaire d’empêcher qu’on colonise mon territoire imaginaire”.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Marie Salah a envoyé les questions de cette interview à Faïza Guène. Amel Almia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Fatima Daas : “J’ai mis du temps à parler, et à aimer parler”
Sep 15 2020 16 mins  
Nous sommes très heureuses de vous présenter Fracas, notre tout nouveau podcast produit en partenariat avec Radio Nova. Créé et présenté par Charlotte Pudlowski, il explore notre rapport à la parole. Dans le premier épisode, elle reçoit l’autrice Fatima Daas. Et comme son premier roman, La petite dernière, fait partie des romans de la rentrée littéraire, il nous a paru pertinent de partager cet entretien avec vous, les auditeur.ices du Book Club.  Fatima Daas est en réalité un pseudonyme. C’est aussi le nom de l’héroïne de son roman, avec laquelle l’écrivaine partage de nombreuses similitudes. Toutes les deux ont grandi à Clichy-sous-Bois en région parisienne, dans des familles originaires d’Algérie. Toutes les deux sont musulmanes pratiquantes et aussi lesbiennes. Et toutes les deux travaillent au quotidien pour jongler entre ces deux identités, et bien d’autres encore. Son roman, l’autrice le résume ainsi: “c’est juste, comment tu te construis en étant plusieurs choses, en ayant plusieurs facettes et parfois des éléments qui te semblent contradictoires”.  Il aura fallu plusieurs années à Fatima Daas pour concilier sa foi et son homosexualité. Aujourd’hui l’autrice l’affiche fièrement, mais elle a conscience que son livre aborde des sujets qui justement, suscitent encore des débats. “Plus j’allais vers la fin du roman et plus je me questionnais sur ce que ça pouvait faire à des personnes qui pouvaient se reconnaître”. Alors si elle a choisi de publier son travail sous un pseudonyme, c’est aussi pour protéger ses proches, pour ne pas “les exposer à des gens, à des mondes qui ne les concernent pas”.  Fatima Daas a grandi dans une famille où “les non-dits” faisaient partie intégrantes des conversations. C’est finalement grâce à l’écriture qu’elle a trouvé sa voix. “Ça t’oblige à te regarder, à regarder les autres, à regarder le monde et après t’en parles”. Aujourd’hui, il n’est plus question pour elle de se taire. “Une fois qu’on est dans la parole, on a envie de garder cette parole et de le montrer, parce qu’on a tenu trop longtemps dans le silence”. Fracas est un podcast créé et présenté par Charlotte Pudlowski. Il est produit par Louie Media et Radio Nova.  Cet épisode a été réalisé par Anna Buy, et le mix est de Jean-Baptiste Aubonnet. Chaque interview est diffusée dans une version courte dans la matinale de Radio Nova, Un Nova jour se lève, le jeudi matin à 8h10. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est en charge de l’édition et de la coordination.  Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Emmanuelle Richard : “Pour qu’une chose fonctionne sur le lecteur, il faut passer par le ressenti”
Sep 08 2020 18 mins  
Emmanuelle Richard est autrice. Dans son dernier livre, Les corps abstinents, elle a écrit ce qu'elle n'avait pas trouvé : “C’est un livre que j’ai cherché beaucoup à un moment donné dans ma vie personnelle où j’en avais besoin”.  Depuis quelques mois, Emmanuelle Richard est en plein déménagement. Alors pour le moment, elle a été contrainte de mettre sa bibliothèque de côté. Cela ne l’empêche pas de nous décrire sa collection “éclectique” de livres. “Je peux lire autant de la BD, que du manga, que de la littérature dite de jeunesse”. Parmi ses lectures, la romancière nous recommande le livre Nino dans la nuit, que la journaliste Rebecca Manzoni nous avait déjà conseillé lors d’un précédent épisode du Book Club. Dans cet épisode, Emmanuelle Richard nous présente le roman Sa Majesté des Mouches de l’écrivain britannique William Golding, un livre qui l’a “profondément plongée dans le trouble”. Souvent présenté comme une allégorie glaçante des sociétés humaines, l’histoire débute à la suite d’un crash d’avion. Un groupe de jeunes garçons issus de la bourgeoisie anglaise se retrouve livré à lui-même sur une île déserte. Tous doivent alors réapprendre à vivre ensemble, révélant petit à petit les instincts prédateurs et la “cruauté de l’âme humaine”. C’est au collège qu’Emmanuelle Richard découvre ce roman, à une période de sa vie où elle se sent particulièrement “vulnérable”. Il la rassure, la bouleverse, elle le trouve juste. Exactement ce qu’elle recherche dans la littérature: “il faut que ça suscite des événements à l’intérieur du lecteur, qui soient de l’ordre de la sensation, de l’émotion”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Elle a également envoyé les questions de cette interview à Emmanuelle Richard. Amel Almia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Nina Bouraoui : “Je suis née dans une famille où les livres mangeaient l’appartement”
Sep 01 2020 20 mins  
Nina Bouraoui est autrice. Comme dans beaucoup de ses livres, son dernier roman Otages, apporte une réflexion sur la place des femmes dans la société, et sur les violences qu’elles subissent. Il raconte l’histoire de Sylvie Meyer, une quinquagénaire en apparence sans soucis, qui est employée dans une usine de caoutchouc. Après une énième demande de son patron, elle décide de le séquestrer, révélant ainsi de profondes blessures refoulées depuis longtemps. Dans cet épisode, Nina Bouraoui nous accueille dans son salon, devant sa bibliothèque qui fait office de “matrice du lieu”. Elle nous parle de son amour pour la Méditerranée, de sa jeunesse en Algérie. La romancière se confie aussi sur ses craintes de retourner un jour là-bas. “J’ai écrit une sorte de légende autour de ce pays, et cette fiction j’aurais peur qu’elle s'éteigne, qu’elle soit déçue”. Alors entre temps, elle lit. Beaucoup. Parmi ses auteur.ices algérien.nes favori.te.s, on trouve Albert Camus, qu’elle considère comme “un père algérien, qui a décrit l’Algérie comme [elle a] pu envisager de la décrire”.  Elle nous présente Le Mausolée des Amants, le journal intime posthume de l’écrivain et photographe Hervé Guibert. Cet ouvrage retrace la vie de cet homme, tiraillé entre sa passion pour l’écriture, son combat pour faire accepter l’homosexualité, et sa maladie, le Sida. Des passages très crus parfois, mais que Nina Bouraoui relit sans cesse, tant elle est admirative du travail d’Hervé Guibert. “Il a cette façon d’écrire qui fait dire que finalement lorsqu’on a en soi cette dimension poétique, cette dimension esthétique de l’écriture, et bien je crois que l’on peut tout écrire”.  Figure très présente dans la vie d’Hervé Guibert, c’est aussi grâce au Mausolée des Amants que Nina Bouraoui a découvert l’écrivain Thomas Bernhard, que nous recommandait Julia Kerninon dans l’épisode précédent du Book Club. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Elle a également envoyé les questions de cette interview à Nina Bouraoui. Clémence Lecart a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions. Maureen Wilson est responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Julia Kerninon : “La ligne directrice de ma vie, c’est l’écriture”
Aug 25 2020 20 mins  
Julia Kerninon est autrice. Dans Liv Maria, son dernier roman, elle peint le portrait d’une jeune femme profondément amoureuse de la liberté. C’est aussi le portrait d’une mère nostalgique de son passé, qui tente de s’adapter à ce nouveau rôle. Liv Maria est passionnée de lecture, tout comme Julia Kerninon, chez qui la bibliothèque occupe une place centrale. Elle aime la regarder, et “penser à tous les bons moments qu’ [elle a eu] avec ces livres”. Lectrice assidue depuis son enfance, la transition vers l’écriture s’est faite très tôt, et plutôt naturellement. “Ma mère m’a donné sa machine à écrire quand j’avais 5 ans et demi, et puis je me suis mise à écrire, et puis je n’ai jamais arrêté”.  Dans cet épisode elle nous présente La Cave, un roman autobiographique de l’écrivain et dramaturge autrichien Thomas Bernhard. Il revient sur ce jour où il décida d’arrêter l’école au profit d’un emploi d’apprenti dans sa ville natale de Salzbourg. Outre le style “étrange” et le franc-parler de Thomas Bernhard, c’est l’audace du personnage qui séduit Julia Kerninon. La rupture brutale avec le système scolaire du jeune homme remue en elle le désir de se mettre au travail, pour réaliser ses rêves d’écriture. “A l'époque je pense que je ne comprenais pas à quel point moi aussi je voulais partir à l'opposé de ce qui était prévu. Je pense que je ne comprenais pas ce que j'étais prête à faire pour devenir écrivain”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Elle a également envoyé les questions de cette interview à Julia Kerninon. Clémence Lecart a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast avec l’aide de Maureen Wilson, responsable éditoriale.  Marion Girard est responsable de productions. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



Lison Daniel : “On passe beaucoup de temps à se regarder passer à côté de sa carrière”
Aug 18 2020 24 mins  
Lison Daniel est scénariste et comédienne. En ce moment elle participe à l’écriture d’une série pour Netflix sous la direction de Fanny Herrero, la créatrice de la série Dix pour Cent. Elle tient aussi le compte instagram les.caractères, où elle incarne avec humour une galerie de personnages du quotidien, plus ou moins caricaturaux. On y rencontre Aurélie, esthéticienne à Marseille, Isabelle, une quadra qui a très mal vécu son confinement sur la côte d’Emeraude, ou encore Yvan, psychanalyste à la mine renfrognée.  Les ami.e.s de Lison Daniel le lui disent volontiers en découvrant sa collection de romans et de pièces de théâtre: elle “n’est pas fâchée avec la lecture”. La comédienne aime flâner pendant des heures dans la librairie en bas de chez elle, à la recherche de nouveaux ouvrages. “Je parcours les rayonnages et je laisse faire parce qu'il y a toujours un livre ou deux qui m'interpelle. Le titre, l'auteur, la quatrième, il y a toujours quelque chose qui m'intrigue”.  Dans cet épisode elle nous présente le livre Martin Eden, de l’écrivain américain Jack London. Ce roman d’aventures suit le jeune matelot Martin Eden près de San Francisco dans les années 1920. De condition très pauvre, il se lance pour défi de se cultiver, afin de séduire Ruth, une jeune femme issue de la bourgeoise dont il est éperdument amoureux. Cette soif de connaissances fait naître en lui le désir de devenir écrivain. Il s’efforcera alors de réaliser son rêve, envers et contre tout. Lison Daniel découvre ce roman pour la première fois il y a trois ans. “Quand je le lis, je suis dans une espèce de brouillard professionnel horrible. Je veux être comédienne, je veux être scénariste, mais en fait, je suis surtout serveuse parce qu’aucun agent ne veut de moi, parce qu’aucune boîte de production ne veut travailler avec moi”. La “ténacité incroyable du personnage” frappe la jeune femme, qui tire de cet ouvrage la force de persévérer dans le milieu artistique. La même année, elle lance le compte les.caractères avec sa cousine Laura. “J'ai décidé de ne pas attendre qu'on vienne me chercher et de faire mes choses de mon côté”.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Marine Revol a envoyé les questions de cette interview à Lison Daniel. Clémence Lecart a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast, avec l’aide de Lucile Rousseau-Garcia. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Fatoumata Kébé : “La Lune est le roman de ma vie”
Aug 11 2020 12 mins  
Fatoumata Kébé est astrophysicienne et autrice. Son travail porte sur les débris spatiaux. Mais, dans l’espace, c’est avant tout la Lune qui la captive depuis toujours. Elle y a consacré un livre, La lune est un roman, dans lequel elle revient sur l’ensemble des croyances et des certitudes que nous avons sur cet astre céleste. Dans cet épisode, elle nous parle de la place de la Lune dans sa vie, mais aussi de ses origines maliennes, et de la chance de pouvoir appréhender son histoire personnelle à travers les témoignages d’autres. Fatoumata Kébé explique avoir découvert sa passion pour l’espace, alors qu’elle était enfant, en lisant un livre. Depuis, elle a conservé un lien privilégié avec la lecture. “Le fait que ma passion pour l’espace a commencé avec un bouquin est peut être la raison pour laquelle j’ai toujours gardé la lecture comme loisir parce que ça me permettait de voyager”. Pour l’astrophysicienne, lire c’est “voyager tout en restant là où [l’on est]” et apprendre continuellement sur l’univers et sur l’humain. Fatoumata Kébé a choisi de nous parler d’Amkoullel, l'enfant Peul, la première partie de l’autobiographie d’Amadou Hampâté Bâ. L’auteur malien, à travers le récit de ses rencontres, recueille l’histoire orale de son pays, à l’époque colonisé par la France. “Amadou Hampâté Bâ raconte de manière assez précise comment fonctionnait le Mali sous emprise coloniale, mais également comment les moeurs, les coutumes, les traditions étaient maintenues”. Cette lecture a permis à Fatoumata Kébé d’avoir une meilleure connaissance de l’histoire du pays dont sa famille est originaire. Elle s’est aussi rendue compte de la chance que cela représente de “pouvoir connaître de manière plus précise [ses] origines, [ses] racines, [son] histoire”. Que ce soit dans cette quête de ses origines ou dans son parcours personnel, la Lune est pour Fatoumata Kébé un phare auquel elle se raccroche continuellement. “Avec le temps, j’ai toujours pu la contempler. A l’opposé, si elle me contemple, elle voit que j’évolue, que j’obtiens mes diplômes”. Cette Lune, qu’elle regarde et qui la regarde, est comme “un miroir de l’évolution de [sa] vie”. Ce magnétisme qui lie l'astrophysicienne à la Lune est tel qu’elle espère pouvoir, un jour, fouler son sol poussiéreux et ainsi rencontrer cet objet céleste qui la fascine tant.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier qui a également envoyé les questions de cette interview à Fatoumata Kébé. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Laëtitia Eïdo : “Cette bibliothèque c’est mon ventre”
Aug 04 2020 22 mins  
Laëtitia Eïdo est actrice, chanteuse, elle dessine et écrit. Elle joue dans la série Netflix Fauda, et sera à l’affiche du prochain film de Terrence Malick, The Last Planet. En parallèle de sa carrière au cinéma, elle pratique d’autres formes d’art. Cette expression plurielle est au coeur même de sa construction artistique. “Depuis que je suis petite je me suis toujours autorisée à tout pratiquer”. “Je ne comprends pas pourquoi il faudrait avoir honte ou avoir de la difficulté à assumer le fait qu’on ait plusieurs casquettes, à multiplier les talents. Je pense que faire un choix c’est réduire qui l’on est”. Si elle assume aujourd’hui ne pas vouloir se restreindre, elle nous confie combien les regards extérieurs sont parfois difficiles à vivre.  Dans cet épisode, Laëtitia Eïdo nous présente un livre qui l’a “aidée à assumer ce désir de création multiple”: Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Dans cette correspondance épistolaire avec un jeune artiste, Franz Xaver Kappus, l’écrivain explore ce que renferme la création et délivre ses conseils sur l’ensemble du processus qui l’y conduit. Un texte qui lui a semblé être “une évidence”, tant il correspond à sa vision du chemin artistique. La principale leçon que Laëtitia Eïdo en retire est “de ne pas se soucier du regard des autres quand on crée”. Il y a “cette idée que notre intuition vient de l’innocence, et que moins on sait, plus on sait, mais pas la même chose”. Se libérer du poids des connaissances permettrait, d’après elle, de laisser la place à notre élan artistique de s’exprimer pleinement.  Dans cette oeuvre, Laëtitia Eïdo a aussi été marquée par la réflexion proposée par Rainer Maria Rilke sur l’importance de la patience dans le processus artistique. “La création, comme une bonne recette de cuisine, ça prend du temps”, si bien que pour l’écrivain “patience est tout”. Si elle trouve d’un côté “rassurant de se dire qu’on a le temps”, elle confie la pression qu’elle ressent en tant que comédienne par rapport au temps qui passe et qui fait évoluer son image. Mais elle se répète l’adage de Rainer Maria Rilke pour cultiver un rapport sain au temps, ce temps qui lui est si précieux puisqu’il lui permet de créer.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier qui a également envoyé les questions de cette interview à Laëtitia Eïdo. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Samantha Bailly : “Je pense que le rapport à chez soi change quand on écrit”
Jul 28 2020 18 mins  
Samantha Bailly est autrice et scénariste. Dans ses livres, elle traite, par le biais de la fiction, des sujets qui touchent les nouvelles générations. Son dernier roman, C'est pas ma faute, raconte une histoire de disparition à l’ère des réseaux sociaux et la nature des liens qui peuvent se tisser à travers les écrans. Dans cet épisode, elle nous invite dans l’intimité de son bureau, son “petit endroit de repli magique”, pour nous parler d’un livre qui souligne l’importance d’avoir un espace à soi.  Samantha Bailly nous décrit sa bibliothèque où chaque exemplaire a été si consciencieusement choisi qu’elle est uniquement composée de ses “livres chouchous”. Le dernier ouvrage qu’elle en a sorti de cette bibliothèque est Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés - par ailleurs recommandé par Flèche Love dans un épisode précédent du Book Club. Ce livre, qui propose “une réflexion sur tout un tas de récits de femmes”, trône régulièrement sur sa table de chevet tant il la nourrit. Dans cet épisode, elle a choisi de se raconter à travers sa lecture de Chez Soi de Mona Chollet. “Où est-ce que je trouve refuge? Où est-ce que je suis chez moi?”: ces questions que posent cet essai ont immédiatement résonné chez l’autrice, tiraillée entre son côté casanier et ses envies d’ailleurs. Cet ouvrage “d’une très grande exigence intellectuelle mais plein de sensibilité” lui a fait changer son rapport à son espace intérieur. Elle l’identifie désormais comme un lieu d’ancrage indispensable, auprès duquel elle peut se ressourcer.  Samantha Bailly ne s’est par contre pas retrouvée dans la peur du voyage dont témoigne Mona Chollet. En contraste, cette lecture l’a décidée à réaliser le périple autour du monde dont elle rêvait. Pendant ces trois mois de nomadisme, elle a reconsidéré son rapport à sa maison : “je me suis rendue compte que, d’abord, chez moi c’est avec l’homme que j’aime”. Une période hors de chez elle qui lui a aussi permis de constater “qu’il n’y a rien de plus doux que de rentrer chez soi quand on s’y sent bien”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Samantha Bailly a répondu aux questions de la journaliste Maud Ventura. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Soko : “Les seuls livres que je lis c’est les livres que je lis à mon fils”
Jul 21 2020 11 mins  
Soko est musicienne, compositrice et actrice. Dans son nouvel album Feel Feelings, elle dévoile les émois qui la traversent et témoigne de l’importance de dire ses émotions. Dans cet épisode, elle nous parle de la nécessité qu’elle éprouve de dire son amour à son fils, Indigo. Elle raconte sa vision de l’amour maternel, son rapport aux livres pour enfants, et ce qu’elle chante pour endormir son bébé.  Puisqu’elle ne lit en ce moment que la bibliothèque de son fils par manque de temps, Soko a choisi de nous confier sa tendresse pour le livre pour enfants Love You Forever de Robert Munsch, illustré par Sheila McGraw. Également disponible en version française. Cette “histoire d’amour entre une maman et son bébé” au fil des âges a particulièrement émue Soko. Elle l’a lue pour la première fois le soir où elle est rentrée de la clinique avec son fils après son accouchement. “J’ai été dévastée par ce livre, c’est à dire que je pleurais comme une folle à chaque page”. C’est toujours avec autant d’émotions, qu’elle continue de lui lire et de lui chanter, un an plus tard, les doux mots contenus entre ces pages.  Cette histoire résonne avec la conception de la maternité de l’artiste en plaçant au cœur du récit le caractère inconditionnel de cet amour. Un principe d’autant plus important pour Soko qu’elle confie avoir grandi pensant que l’amour de ses parents était conditionné à sa bonne conduite. Leurs preuves d’affection lui ont “vraiment manqué en étant petite”. Aujourd’hui, elle a décidé de cultiver une toute autre relation avec son fils, Indigo, et lui répète l’amour qu’elle lui porte, et l’invariabilité de celui-ci.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Soko a répondu aux questions de la journaliste Maud Ventura. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Marianne Chaillan : "Cette nouvelle a joué un rôle crucial dans ma vie"
Jul 14 2020 26 mins  
Marianne Chaillan est autrice et professeure de philosophie. Dans sa salle de classe comme dans ses livres, elle veille à rendre accessible la philosophie en proposant des analyses de références de la pop culture. Dans son dernier livre Ainsi philosophait Amélie Nothomb, elle propose une rencontre entre la célèbre romancière et d’éminents philosophes. Dans cet épisode, elle nous accueille dans son bureau aux allures de “joyeux chaos”.  Marianne Chaillan explique séparer dans deux bibliothèques distinctes les livres qu’elle possède. Dans son bureau sont rangés les ouvrages de philosophie, et dans sa chambre “tout ce qui est littérature”. Si elle différencie ainsi ses bibliothèques, c’est à cause de ce que dégagent la présence même des livres. “Je n’ai jamais pu avoir des livres de philosophie dans ma chambre par exemple, parce que j’ai toujours pensé que cela m’empêcherait de dormir, cela me mettrait des pensées peu propices à la quiétude et au sommeil”. Marianne Chaillan nous parle de la nouvelle “La femme adultère” tirée du recueil L’Exil et le Royaume d’Albert Camus, découverte alors qu’elle avait 16 ans, en cours de français. Dans cette nouvelle, Albert Camus raconte le parcours d’une femme, Janine, qui “a fait le choix de l’existence confortable”, et qui, lors d’un voyage où elle aperçoit le désert, va réaliser l’étendue du champ des possibles auxquels elle a renoncé au fil du temps. Face à l’infinie succession des dunes de sable, elle saisit “pour la première fois à quel point elle s’est emmurée dans sa propre vie”, privilégiant la sécurité au prix de ses libertés.  La lecture de cette nouvelle a marqué Marianne Chaillan “au fer rouge”. Elle a immédiatement été saisie d’une angoisse: “Mon idée fixe a été: comment ne pas devenir cette femme, comment ne pas un jour me retourner sur ma propre vie à 50 ans et me dire “Quoi? C’était ça ma vie?””. Terrorisée par l’idée d’un jour faire face à cette même réalisation, le personnage de Janine a accompagné Marianne Chaillan dans tous les choix auxquels elle a dû faire face au cours de sa vie. “Cette nouvelle m’a aidée, vraiment, mais de manière diffuse, latente, à chaque carrefour, à chaque fois que s’est posé pour moi entre la facilité de la route commune et la crainte que peuvent inspirer les chemins de traverse”. Aujourd’hui encore, cette histoire la guide, lui intimant “d'affronter le risque d’exister” et d’oser s’aventurer dans le désert.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Marianne Chaillan a répondu aux questions de la journaliste Maud Ventura. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Lucie Vagenheim : “En lisant ce livre j’ai appris un peu plus sur mon histoire”
Jul 07 2020 23 mins  
Lucie Vagenheim est chanteuse, compositrice et autrice. Face à sa bibliothèque, contenue sur quelques étagères suspendues au dessus de son bureau, elle nous parle de la passerelle qui existe, pour elle, entre la littérature et la musique. Elle vient de dévoiler son premier EP, Glaces Brûlantes, du même titre que le livre qu’elle a récemment publié. “En appelant cette dernière chanson [qu’elle a écrite] du même nom que [son] livre”, Lucie Vagenheim a voulu rendre hommage à Gaël Faye, et à son roman Petit Pays qui l’a profondément bouleversée.  Dans cette auto-fiction, Gaël Faye relate l’histoire d’un enfant qui grandit en plein génocide, celui des Tutsis par les Hutus, au Rwanda, en 1994. Ce roman fait écho à l’histoire familiale de Lucie Vagenheim: “ça a été découvrir une partie de mon histoire racontée de manière poétique à travers les yeux et les mots de quelqu’un d’autre”. Sa mère, rwandaise, en lui offrant ce livre, lui a confié une partie de son vécu. “C’est difficile d’en parler pour elle, et, dans ce geste qu’elle a fait de me dire “lis le”, j’ai compris ensuite pourquoi c’était si difficile”. Ce livre a été le moyen de parler de cette blessure et de sortir ce pays du silence nostalgique dans lequel l’imaginaire familial l’avait placé.  Lucie Vagenheim a lu ce roman en pleine période de questionnement sur sa propre identité. Née en France d’une mère rwandaise et d’un père italien, elle raconte à quel point cette interrogation a marqué son adolescence: “la question de l’identité a été assez pesante pour moi parce que j’ai grandi en Normandie au milieu de personnes de couleur blanche”. “Pendant la période où j’ai lu Petit Pays c’était un questionnement qui revenait à nouveau, un besoin de savoir qui j’étais”. En apprenant sur son histoire familiale, Lucie Vagenheim a aussi mieux compris qui elle était en tant qu’héritière de ce passé grâce aux mots de Gaël Faye.  Découvrir cette oeuvre l’a aussi aidée à s’assumer en tant qu’artiste. Le fait que Gaël Faye raconte son histoire en livre mais aussi en chansons a conforté Lucie Vagenheim dans l’idée qu’elle n’avait pas à choisir entre ces deux moyens d’expression. “C’est un exemple, un modèle pour moi, cette dimension multi-artiste qu’il est m’inspire beaucoup, me donne confiance, je me dis que c’est possible de faire les deux, qu’on a le droit”. Un droit qu’elle s’est aujourd’hui accordé en écrivant à son tour son histoire aussi bien sur papier qu’en musique.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Lucie Vagenheim a répondu aux questions de la journaliste Marie Salah. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Giulia Foïs : “Jusqu’à Despentes j’étais en survie”
Jun 30 2020 19 mins  
Giulia Foïs est journaliste et autrice. Dans son dernier livre, Je suis une sur deux, elle raconte le viol qu’elle a subi, en en faisant un récit combatif et un appel à la sororité. Dans cet épisode, elle nous invite dans sa cuisine, son “centre névralgique” (0’07) depuis toujours, pour nous parler de King Kong Théorie de Virginie Despentes. Cet essai féministe a une importance toute particulière pour elle puisqu’il s’agit du livre qui lui a permis de se relever, dix ans après son agression.  “Je n’avais aucun modèle auquel me raccrocher” (5’02), confie Giulia Foïs. “Jusqu'à ce que je tombe sur ce livre qui a mis exactement des mots sur ce que je ressentais” (5’52). Pour la première fois, le récit de Despentes a fait écho au sien et l’a libérée de la culpabilité dont elle se sentait prisonnière. Cette “bouée” (9’14) à laquelle elle a pu s’accrocher, lui a permis de transformer cette blessure en “une énergie guerrière mais tournée vers l’extérieur et plus tournée contre moi” (9’23).  La journaliste explique comment les autrices telles que Virginie Despentes, Nina Bouraoui ou encore Clémentine Autain ont nourri ses réflexions sur le genre, le systémisme du patriarcat et sur sa propre identité. “Aujourd’hui, après la lecture de Despentes [...] je peux vous assurer que je préfère être une femme, parce qu’au moins j’ai eu à me poser deux trois questions sur qui j’étais” (9’31). Si le parcours des femmes est certainement plus rude et plus escarpé, elles sont, d’après elle, enrichies par l’ensemble de ces interrogations qui s’imposent à elles. “Et puis après on se lève et on se casse!” (10’34).  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Giulia Foïs a répondu aux questions de la journaliste Maud Ventura. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



Sophie Fontanel : "Je traite les vêtements et les livres de la même manière"
Jun 23 2020 12 mins  
Sophie Fontanel est autrice et critique de mode. Son dernier ouvrage Les fables de la Fontanel s’amuse des mœurs amoureuses au temps des réseaux sociaux et des applications de rencontre. Sophie Fontanel nous emporte dans son appartement, face à sa grande bibliothèque où les livres ne cessent de s’empiler: “c’est exactement comme les vêtements: j’ai beau ranger, une semaine plus tard c’est le bordel” (2’31). Un coin reste pourtant immuable: sa collection des romans d’Agatha Christie, reconnaissables par leurs couvertures orangées, qui sont un “refuge” (3’44) pour l’écrivaine.  Sophie Fontanel nous parle du roman L’île d’Arturo d’Elsa Morante, une histoire d’amour et d’ignorance sur l’île italienne de Procida. Arturo, un jeune garçon de 14 ans, tombe amoureux sans savoir encore ce qu’est l’amour: “Il ne sait rien et elle, elle sait tout” (10’22). Sophie Fontanel se retrouve dans ce personnage: “le parcours d’Arturo c’est le mien en fait, je sais pas, j’ai l’impression [...] de ne rien savoir à ce que c’est ensemble le sentiment amoureux et le désir” (11’03). Lire cet aveu lui a permis de se sentir “moins seule” (11’43). Elle nous raconte également dans cet épisode comment est né son intérêt pour l’écriture et pourquoi elle entretient un rapport très décomplexé à ses écrits. “Je me dis que puisque mon écriture et ma vie sont une seule et même chose [...] je n’ai pas à avoir honte en fait” (6’41). Vite détachée de ses propres publications, elle ne prête pas non plus une plus grande importance matérielle à l’objet livre dont elle se sépare pour le faire vivre. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier qui a également envoyé les questions de cette interview à Sophie Fontanel. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Maylis de Kerangal : “Tout écrivain n’est pas dépositaire d’un talent qui viendrait d’en haut”
Jun 16 2020 19 mins  
Maylis de Kerangal est autrice. Dans la liste de ses oeuvres figurent notamment Naissance d’un pont, paru en 2010, Réparer les vivants, publié en 2014, ainsi que le plus récent Un monde à portée de main. Nous la retrouvons dans la pièce où elle les a écrit, une ancienne chambre de bonne, jonchée de livres et “ouverte sur les toits” (5’30). Un espace “qui [lui] appartient” (5’38), et qui lui semble indissociable de son travail d’écriture : “parfois je me dis: si je n’avais pas cette pièce, est-ce que j’écrirais?” (5’45).  Dans cet épisode, Maylis de Kerangal nous confie son “affection particulière” (13’56) pour Les Mots de Jean-Paul Sartre, un roman autobiographique qui dépeint son enfance et l’influence de celle-ci sur sa destinée d’écrivain. “C’est l’idée que tout écrivain n’est pas dépositaire d’un talent qui viendrait d’en haut mais est le produit finalement d’une sociologie, d’une idéologie, d’une culture et d’un environnement” (10’15). À travers ce récit, Sartre remet en cause la figure d’un écrivain qui serait naturellement doué et montre à quel point ses facultées ont été construites par les projections de son entourage. “Ce qui me touche beaucoup dans ces autobiographies, c’est toujours la période de l’enfance” (15’25). Plus particulièrement, l’autrice s’intéresse à la manière dont le monde de l’enfance, dans ce qu’il a de “radioactif” (17’51), déteint sur l’imaginaire de l’écrivain. Elle se questionne sur l’influence qu’a son enfance sur son écriture, “sur le plan du légendaire familial” (17’00), de la façon dont “ont été investis les voix, les lieux” (17’10), et évoque la possibilité d’un jour mettre en mots l’univers qui a bercé ses jeunes années.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maylis de Kerangal a répondu aux questions de la journaliste Maud Ventura. Lucile Rousseau-Garcia a fait le montage de cet épisode. Jean-Baptiste Aubonnet en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Pauline Delabroy-Allard : “c’est drôle comme parfois la littérature et la vie s’imbriquent”
Jun 09 2020 19 mins  
Pauline Delabroy-Allard est autrice. Son premier roman, Ça raconte Sarah, publié en 2018 fait vivre une histoire d’amour urgente et passionnelle. Aujourd’hui, elle nous invite dans son intimité, il est 7h du matin, à l'orée d’une journée qui est déjà pluvieuse: “Comme tous les parents du monde je sais que les heures du petit matin comme ça sont très précieuses. Quand les enfants ne sont pas encore réveillés”. Elle profite donc de ce moment de calme pour nous parler de L’arbre aux haricots de Barbara Kingsolver.  Un roman qu’elle a tout de suite trouvé dans sa bibliothèque grâce à sa couleur reconnaissable: “Je connais sa tranche par coeur, elle est un peu verte et après avoir été léchée par le soleil, qui donne dans ma pièce, de vert qui était assez franc [elle s’est transformée en] une espèce de vert pâle, vert d’eau et je trouve ça très joli”. Une couleur singulière qui ressort au milieu de tous les autres livres blancs.  Paru en 1988, année de la naissance de Pauline Delabroy-Allard, ce roman et cet épisode tournent autour des questions de date, de famille, de filiation et de nouveaux né.e.s: “C’est un roman que j’ai lu pour la première fois à 15 ans et qu’ensuite j’ai lu très régulièrement. Une fois par an je pense jusqu’à mes 20 ans et puis maintenant il m’arrive de le lire une fois tous les deux ans”. Ce roman est l’histoire d’une jeune femme qui souhaite s’évader de sa ville natale qui l’ennuie, voire la désespère, mais sur le chemin, une femme lui donne son nourrisson.  Ce livre permet à Pauline Delabroy-Allard de nous livrer les questionnements qui l’ont suivie depuis son adolescence jusqu’à aujourd’hui: “Pendant le confinement, j'ai mis le point final (ou ce que je crois être le point final) à mon deuxième roman”. Un roman sur son identité: “c’est le point de départ parce que dit comme ça ça a l’air un peu mégalomane ou nombriliste mais c’est un projet autour de ce qui fait l’identité de chacun, à commencer par le prénom” Choisir le prénom, une réflexion d’autant plus actuelle qu’elle est sur le point de donner naissance à son deuxième enfant. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Lucile Rousseau Garcia a fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination de ce podcast. Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Joanna : “J’ai vraiment envie de vous faire découvrir des livres qui m’ont fait découvrir la vie”
Jun 02 2020 9 mins  
Joanna est chanteuse et compositrice. Dans ses chansons, elle prend à bras le corps les sujets féministes de notre époque. Dans ses textes, qu’elle réalise elle-même, elle parle d’agressions sexuelles, de corps en vie et d’une féminité émancipée. Beaucoup de sujets de société “la révoltent”, dit-elle, et c’est notamment grâce à la littérature qu’elle a forgé cet esprit conscient et critique du monde. Ça n’est d’ailleurs pas anodin qu’elle conseille trois oeuvres dont Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir: “Grâce à ce livre j’ai décomplexé”. Ses textes sont féministes mais également beaucoup tournés vers l’amour: “ Le grand sujet de ma courte vie”. Elle nous recommande également, comme la comédienne Florence Loiret Caille quelques semaines plus tôt, Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes:  “ C’est un livre qui pose toutes les questions que l’amour peut nous donner”.  Dans cet épisode, le fil rouge tiré par Joanna est justement celui du discours: appris, en développement et compris. Et le dernier tisse une réflexion à l’échelle européenne : “Ça parle avec brio du métier de lobbyiste et de son impact sur notre société capitaliste” avec Europe connexion d’Alexandra Badea. Avec ses conseils de lecture, elle ouvre trois portes pour découvrir ou faire découvrir à de jeunes adultes les portes d’une compréhension du féminisme, de l’amour et de l’anticapitalisme.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Mélodie Lauret : “j’avais l’impression que si je ne lisais pas assez, je ne pouvais pas être intelligente”
May 26 2020 12 mins  
Mélodie Lauret est chanteuse et compositrice. Sa passion est - entre autre - de faire sonner les mots. Elle joue avec, les faits résonner, les faits renaître pour qu’ils vibrent en nous: “c’est ce qui me passionne le plus dans la vie c’est les mots”. Les mots, on les retrouve évidemment dans les livres, sauf que son rapport aux pavés n’est pas aussi fluide qu’elle le voudrait: “Je suis quasiment incapable de lire un livre dans son entièreté”. Alors si l’inspiration et ce rapport aux mots ne vient pas de la littérature, d’où viennent-ils ?  Dans le podcast, on lit les mots. On les partage via leur rythme, à travers les voix qui les incarnent et grâce aux émotions qu’elles transmettent. C’est un peu la même chose qu’avec la chanson: “Je me suis rendu compte que j’avais un peu appris les mots en écoutant de la musique”. À travers Fin de partie de Samuel Beckett et No et moi de Delphine de Vigan, Mélodie Lauret nous tend la main pour nous livrer le chemin qu’elle a parcouru pour apprécier la lectrice qu’elle est aujourd’hui.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Kaoutar Harchi : “Le littéraire et le colonial sont liés”
May 19 2020 11 mins  
Kaoutar Harchi est sociologue des arts, de la culture et écrivaine. Dans cet épisode, elle analyse Nedjma de Kateb Yacine, paru en 1956. Un roman qui lui est aussi intime personnellement que fondateur professionnellement: “C’est un récit que j’ai découvert à l’adolescence. À l’époque je n’en lisais que des fragments qui me touchaient parce que je trouvais la poésie, les métaphores déployées d’une extraordinaire beauté”. Nedjma, c’est le roman éponyme de la passion amoureuse de quatre hommes envers cette femme: “Page après page chacun de ces hommes raconte sa relation à Nedjma, raconte la manière dont il espère la posséder”. Mais Nedjma c’est, entre les lignes, le récit d’un pays colonisé - l’Algérie - et l’histoire d’un écrivain colonisé: “Kateb Yacine engage un récit dans le but - selon ses propres mots - de montrer à la France, à la nation littéraire par excellence, qu’il était lui, l’indigène, le colonisé, capable d’écrire une histoire aussi complexe, aussi élaborée, aussi réfléchie que celle qui parsème l’ensemble littéraire français ”. C’est notamment pour cette raison qu’il écrit en français: “dans le but, selon ses propres mots, d’expliquer, aux Français, en français, que l’Algérie n’est pas française”. Des thématiques à l’intersection entre la valeur littéraire et la francophonie qui sont l’une des essences du travail de la sociologue Kaoutar Harchi.  Dans son essai Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne, elle se demande comment se forme la valeur littéraire. Elle analyse également comment être un écrivain non français, en France, mais qui parle et qui écrit la langue française.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha et Maële Diallo étaient à l’édition et à la coordination. Maud Benakcha a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Kaoutar Harchi a publié plusieurs romans dont Zone cinglée ou L’Ampleur du saccage et un essai Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Rachel Khan : “Tout est savoureux"
May 12 2020 10 mins  
Rachel Khan est actrice et autrice. Elle nous invite via une note vocale dans son appartement fourni en bibliothèques: “j’essaie de les ranger de temps en temps mais ça n’est pas du tout classé. On a un code général des collectivités territoriales à côté de Victor Hugo en passant par du droit international public à côté” Un désordre qui lui plait: “j’aime bien en fait que ça ne soit pas rangé. Parce qu’il y a ce petit challenge, là en ce moment, où on peut faire des haïku avec les titres de livre à la suite. En alignant les titres, on fait une phrase. C’est assez rigolo dans une bibliothèque qui n’est pas rangée”. Elle nous recommande un livre dont le titre réchauffera le coeur de certain.e.s, et intensifiera les craintes des autres: “Le livre que je relis lorsqu’on est dans une période un peu d’instabilité [...] a un titre assez parlant. Il s’appelle Gros-câlin. Donc à l’heure où l’on est dans nos gestes barrière je trouve que c’est un joli clin d’oeil”. Un livre écrit par Romain Gary (alias Émile Ajar). Un auteur adoré par Rachel Khan et dont elle a lu une bonne partie de ses romans : “Ce livre est véritablement ma passion. Je l’adore. Je considère que c’est un chef d’oeuvre. Il m’a été offert par ma Maman qui est une ancienne libraire”.  Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha et Maële Diallo étaient à l’édition et à la coordination. Maud Benakcha a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Rachel Khan est actrice et autrice. Elle fait également partie de la direction du centre culture hip hop La Place, à Paris.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Charlotte Gabris : “Je trouve ça beau d’avoir les livres de deux personnes qui s’aiment qui se réunissent”
May 08 2020 11 mins  
Charlotte Gabris est comédienne, humoriste et autrice. Lundi, date d’un premier pas vers le déconfinement, elle sera certainement très heureuse de voir de nouveau les librairies ouvrir leurs portes: “Je me rends compte, surtout en confinement, que j’ai vraiment du mal à lire sur tablette ou sur mon téléphone. Là comme toutes les librairies sont fermée, soit on relit des livres qu’on a déjà […] Ce qui me manque le plus - entre autre - en ce moment, c’est d’aller dans les librairies. J’adore n’acheter des livres qu’au ressenti. J’adore flâner, toucher, regarder les couvertures…”. Pendant le confinement, comme beaucoup de femmes qui se sont enregistrées en notes vocales pour le Book Club pendant cette période confinée, Charlotte Gabris voulait se plonger dans de gros pavés. Mais finalement, elle s’est tournée vers ses premières amours: “J’ai finalement repris le livre qui est mon livre préféré, qui est mon livre que j’ai depuis que j’ai 15 ans. Qui est un livre de Xavier Durringer qui s’appelle Chroniques des jours entiers, des nuits entières J’adore ce livre, enfin j’adore ce qu’il écrit. […] J’aime qu’on puisse tout lire à n’importe quel page. J’aime que ce soit un langage parlé”.  Des premières amours sur papier et rangées par ordre alphabétique: “Mon chéri à tout rangé par ordre alphabétique. Et c’était, je crois, une première petite dispute parce que pour moi c’est ma hantise. Je ne supporte pas ça. Au début je dis “non en fait on ne va pas du tout avoir une bibliothèque rangée par ordre alphabétique. Mais alors pas du tout !” Moi ça m’angoisse les choses trop rangées, trop carrées. J’aime que ça vive, j’aime le désordre ! Mais je l’ai laissé ranger par ordre alphabétique et finalement je suis assez reconnaissante vu que je trouve mes livres beaucoup plus rapidement qu’avant”. Et vous, quel est votre système de rangement ? Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Charlotte Gabris a publié récemment publié Déjeuner en paix aux éditions du Cherche-Midi.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



Réjane Sénac : “Aller au-delà des frontières entre humain et non-humain”
May 05 2020 11 mins  
Réjane Sénac est directrice de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po. Elle questionne l’égalité et plus précisément les nouvelles expressions qui encadrent le principe d’égalité aujourd’hui.  En ce moment, elle nourrit ses recherches notamment par le manifeste Féminisme pour les 99% écrit par Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser. Grâce à ces trois théoriciennes du politique, Réjane Sénac pose des pistes possibles pour l’avenir (post confinement): “Le chemin qui mènera à une nouvelle société au-delà de la crise actuelle repose sur - je les cite : «une justice de genre indexée à l’anti capitalisme» et qui sera dans l’alliance entre les féministes, les anti racistes, les écologistes, les militants pour les droits des travailleurs, travailleuses et des migrants, migrantes” Elle va ensuite un peu plus loin pour imaginer une toute autre société de valeurs: “Mais je pense important aussi de se servir de ce manifeste, de prendre appui sur ce manifeste pour repenser aussi et aller au-delà des frontières entre humain et non-humain dans une redéfinition du rapport au vivant et dans une redéfinition de la modernité et en particulier remettre en cause la sacralisation du pouvoir de la raison humaine et de la rationalité du monde”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Réjane Sénac a publié L’égalité sans condition. Osons nous imaginer et être semblables aux éditions Rue de l’échiquier.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Katia Lewkowicz : “Beaucoup, beaucoup d’enquêtes dans ma jeunesse”
May 01 2020 10 mins  
Katia Lewkowicz est réalisatrice. Quand elle enregistre sa note vocale, il est 8h du matin. On sent la lenteur et le poids de la nuit dans sa voix. Elle profite du seul moment calme de sa journée: “On est donc sept ou huit dans cette maison, c’est un bon bon bon bordel”. Il y a un ami, les enfants de cet ami, son compagnon et ses enfants.  C’est d’ailleurs dans ses lectures d’enfants qu’elle nous emporte: “Moi j’ai commencé à lire très jeune, je lisais beaucoup. Beaucoup beaucoup. Je me souviens que quand j’étais petite, j’ai commencé avec Fantômette. C’était la bibliothèque rose. J’avais une bibliothèque quand j’étais petite. Avec que des livres roses. Et ça n’était que Fantômette.”. Elle nous embarque également dans ses souvenirs teintés de la chaleur de l’été en Israël: “Pierre Bellemare il faisait, ça s’appelle Histoires vraies. Il écrivait des petites nouvelles. Je me rappelle je lisais ça en Israël, en vacances C’était déjà les prémices du confinement parce que ma mère elle ne voulait pas sortir avant 16-17h par qu’il faisait trop chaud. Donc on était dans ce petit appartement à Netanya. On avait une chambre pour ma soeur jumelle et mon frère. Avec deux lits en U. Et il y en avait un qui avait un lit tiroir. Donc régulièrement on se demandait qui allait dormir dans le tiroir. Et ma mère pour nous occuper elle nous avait achetés des canevas en laine. Elle s’est dit tiens ça va les occuper ils vont faire des paysages. Et moi je lisais Pierre Bellemare toute la journée. Que des histoires de meurtre”. Katia Lewkowicz nous conseille également la lecture de Je suis une sur deux de la journaliste Giulia Foïs qui y décrit son viol: “Elle m’a changé mon regard complètement là dessus. Je sais que maintenant s’il se passe quelque choses, s’il arrive quelque chose à ma fille ou à mes filles, j’aurai plus peur. Je saurai comment les regarder Je saurai comment leur parler. Je saurai comment les défendre. Je sais grâce à elle de quoi elles auraient besoin”. Un livre qui est une vraie prise de conscience pour la réalisatrice. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage de cet épisode. Tristan Mazire en a fait le mixage et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Pauline Darley : “Là, j’avais tout à découvrir”
Apr 28 2020 9 mins  
Pauline Darley est photographe. A travers ses yeux, le monde est plus vif et sacrément plus séduisant. Dans ce nouvel épisode, elle nous emporte dans le Paris de l’entre-deux-guerres avec Aurélien de Louis Aragon: “Paris est tellement belle. On a l’impression qu’elle est vivante. Et je trouve que l’on ressent bien l’ambiance du Paris des années folles, avec les artistes présents, les peintres, les poètes, les musiciens de jazz. Ou en tous cas l’image que l’on se fait de ce Paris là”.  Pauline Darley s’est plongée dans ces 700 pages d’histoire d’amour entre Aurélien et Bérénice alors que quelques années avant, rien ne la prédestinait à être une lectrice vorace. C’est récemment, en 2017, qu’un roman l’a bouleversée: “L’une de mes meilleures amies m’a parlée d’un livre, c’est La Passe-Miroir de Christelle Dabos, en me disant que c’était incroyable, qu’elle avait adoré ! Et donc j’ai voulu le lire, pour voir. Et en fait ça a été tellement un déclic parce que je crois que c’est la première fois, ou en tous cas la première fois avant longtemps, que je me suis retrouvée dans une bulle en lisant. Comme un état méditatif où plus rien ne se passait autour. J’étais vraiment dans ma bulle”. A partir de cette rencontre littéraire, elle s’est rendu compte de l’immensité de ce qu’elle avait à découvrir: Elle s’est même créée un rythme bien à elle: “Niveau lecture je crois que je suis une lectrice un peu étrange parce que j’adore lire plein de livres en même temps et des livres totalement différents. Je sais que je ne vais pas vouloir lire la même chose le soir qu’en journée, chez moi ou en extérieur”. Depuis, plus rien ne l’éloigne de ses romans. Vous vous imaginez vous, redécouvrir pour la première fois les oeuvres qui vous ont les plus transportées ? Quel rêve ! Le Book Club est un podcast présenté par Agathe le Taillandier. Maud Benakcha en est à l’édition et à la coordination. Elle a également fait le montage avec Maële Diallo. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.   Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Vous pouvez retrouver les créations de Pauline Darley sur son site et sur Instagram.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Camille Froidevaux-Metterie: “J’ai l’impression de faire un travail collectif avec toutes ces femmes”
Apr 24 2020 15 mins  
Camille Froidevaux-Metterie est philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité diversité à l’université Reims Champagne-Ardenne. Elle nous invite dans sa “petite grotte”, son bureau où elle travaille, lit et parfois dort. Dans cet espace à elle seule, il y a “une grande bibliothèque en trois parties. Il y a des livres d’histoire et de philosophie d’abord qui remontent à mes années d’études et puis que je complète chaque année, chaque mois, quasiment chaque semaine. Il y a une bibliothèque de science politique qui correspond à mon travail d’enseignante. Et puis, la dernière, ma préférée j’allais dire… En tous cas celle qui aujourd’hui est la plus importante pour moi: ma bibliothèque féministe qui comporte beaucoup d’essais, beaucoup de philosophie. A la fois des classiques mais aussi des ouvrages plus récents. Et puis des ouvrages qui sont en quelque sorte le fondement de tout mon travail. Des ouvrages sans lesquels je ne pourrais pas faire ce que je fais”.   Partie pour passer son confinement dans des essais féministes, Camille Froidevaux-Metterie s’est finalement tournée vers des romans et vers une histoire d’ours. Elle nous parle de Croire aux fauves de l'anthropologue Nastassja Martin: “Elle relate comment, alors qu’un jour elle s’était éloignée de ses compagnons de voyage, pour aller marcher seule dans la forêt elle a rencontré un ours. Quand je dis “rencontrer” vous vous doutez bien qu’il s’est agit de plus que d’une rencontre, d’un véritable combat d’un duel, d’une lutte corps à corps. Dont elle est sortie victorieuse puisqu’elle n’est pas morte mais avec une partie du visage arraché, restée dans la gueule de l’ours et puis aussi une jambe très abîmée”. Lecture de “déconfinement” pour Camille Froidevaux-Metterie, cette lecture et ce récit du rapport au corps l’ont bouleversée alors qu’elle était touchée physiquement et mentalement par le virus du Covid 19.   Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Camille Froidevaux-Metterie a publié récemment Seins. En quête d’une libération et La Révolution du Féminin est disponible republié en Folio. Ces deux ouvrages peuvent être retrouvés en format ebook.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


19. Florence Loiret Caille : “Les livres, on les porte en soi, c'est comme les rôles”
Apr 21 2020 24 mins  
Florence Loiret Caille est actrice. En ce moment, on peut la retrouver dans la dernière série Le Bureau des Légendes sur Canal+. Elle est devenue actrice très jeune: “J’ai eu un agent assez tôt, vers 17 ans. Donc j’ai tourné mon premier court métrage à 17 ans”. C’est par la lecture que tout s’est construit: “En fait mon envie de jouer elle est effectivement née dans les livres. Quand je lisais un livre ça décrivait un état dans lequel je me mettais”. Parallèlement aux tournages, elle étudie à la fac et c’est à ce moment là qu’elle découvre notamment Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Oeuvre littéraire hybride sur le sentiment amoureux, sur le discours de l’amoureux, cet essai est un texte libre dans lequel on peut se balader, un peu comme dans un recueil de poésie. “L’état amoureux est décrit à tous les stades” se souvient Florence Loiret Caille qui l’a lu à un moment particulièrement propice: “J’ai dû me prendre un méga vent un jour et j’ai dû ouvrir ce truc pendant que je l’étudiais et là je suis tombée de ma chaise je pense”.  Depuis cette période “dès que ça ne va pas sentimentalement”, Florence Loiret Caille se replonge dans cette “bible” des maux amoureux: “ça me donne un axe et ça me remet dans le monde. Parce qu’on est toujours un peu paniqué quand on est envahis par un sentiment amoureux. Que ça se passe bien ou mal en fait”.   Aujourd’hui son exemplaire de Fragments d’un discours amoureux est tellement stabiloté, corné que “on dirait un vieux scénario tout pourri”. Et comme littérature et jeu sont toujours aussi entremêlés dans la vie de Florence Loiret Caille, elle a appris de sa lecture de Roland Bathes: “Quand on joue, quand on prépare un film, on se met aussi dans un certain état. Comme quand on est amoureux”.  Florence Loiret Caille recommande également Love me Tender, de Constance Debré que nous avons entendue il y a quelques mois dans le Book Club.  Cet entretien a été mené par Agathe le Taillandier. C’est également elle qui présente Le Book Club. Amel Almia a monté cet épisode. Maud Benakcha est à l’édition et à la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. La dernière saison du Bureau des légendes est actuellement diffusée sur Canal+.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Diane Brasseur : “Le moment où l’on rêve son livre”
Apr 17 2020 12 mins  
Diane Brasseur est autrice. Aujourd’hui, elle a ce titre d’autrice mais avant d’être publiée pour la première fois, elle a douté, elle a attendu et elle a été patiente: “J’ai lu ce récit de Jean-Philippe Toussaint, L’urgence et la patience [NDLR] alors que je n’avais pas encore publié et c’est un livre qui m’a donné - à l’époque - beaucoup d’allant et beaucoup de courage surtout pour traverser ces moments de découragement qu’on connaît quand on se dit qu’on ne va jamais publier.” La patience est le mot phare de cette période de confinement pour nous tou.te.s et c’est également l’idée centrale de cet épisode. L’idée de la patience dans l’écriture. Depuis le début du confinement, plusieurs autrices comme Alice Zeniter, Marie Pavlenko ou Myriam Leroy nous ont détaillé les étapes compliquées de l’écriture et de la fin de la création.  “Il y a un moment très important dans le processus de l’écriture. C’est celui où l’on n’écrit pas. Le moment où l’on rêve son livre.” Il y a beaucoup de mythes autour de l’écriture. Notamment l’idée de cette inspiration qui arrive d’un coup: “Donc l’auteur qui se met à sa table et qui serait frappé par une foudre créatrice. Pour lui, Jean-Philippe Toussaint [NDLR] il y a une passivité qui lui déplaît et à laquelle il ne croit pas du tout. Il trouve que l’urgence c’est bien plus intéressant que l’inspiration parce que l’urgence c’est le contraire de l’inspiration.” Diane Brasseur nous embarque dans la construction concrète des livres entre “délivrance”, “jaillissement” et “persévérance”.  Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha et Maële Diallo étaient au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Diane Brasseur a publié plusieurs romans aux éditions Allary.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Estine Coquerelle : "J’aime bien me laisser guider par l’envie"
Apr 14 2020 12 mins  
Vous connaissez peut-être cette pile de livres. Celle qui est au chevet de votre lit, ou sur votre table basse, peut-être même qu’il y en a plusieurs, disséminées un peu partout chez vous. Des livres que vous avez achetés puis jamais ouverts, d’autres que vous aimez tant que vous avez besoin de les garder près de vous, ou bien simplement des livres entamés, que vous prenez le temps de découvrir page par page, chapitre par chapitre.  L’illustratrice Estine Coquerelle fait partie de ces lectrices à la bibliothèque dispersée. Aux quatre coins de son appartement on trouve des bandes-dessinées de Riad Sattouf comme La vie secrète des jeunes, qu’elle trouve fascinant: “ce travail, d’arriver à retranscrire la manière de parler des gens , à quel point c’est drôle toutes ces mimiques qu’on acquiert selon le milieu social duquel on vient (...) et il y a des trucs du quotidien dans lesquels on se reconnaît.”. Elle raconte également son amour pour les recueils de nouvelles de Milan Kundera car elle aime “sa façon de raconter l’amour, la vie, le désir, la culpabilité”. Enfin, son trésor à elle, c’est “un gros livre” de Louis Aragon, qu’elle a hérité de sa grand-mère et dont elle a lu la première page à son amoureux quand elle l’a rencontré. Cependant, il y a un livre cher à son coeur qui manque à sa collection. Il s’agit de Journal d’un corps, de Daniel Pennac, qu’elle a lu et relu, offert, prêté et perdu. Ce livre, “Il est drôle, dégoûtant, il est tout ce qu’on veut”, et il résonne avec son art, où le corps est central et sublimé, mais honnête.  Dans cet épisode du Book Club spécial confinement, Estine Coquerelle nous raconte qu’elle aime lire, mais surtout en vacances, quand elle a le temps. Ce qu’elle préfère, c’est “se laisser guider par l’envie”, et si ces temps-ci elle n’a pas forcément loisir à se plonger dans un roman, elle garde auprès d’elle quelques œuvres qu’elle aime feuilleter pour s’inspirer quand elle “tourne en rond” dans son travail d’illustratrice.  Vous pouvez retrouver l’oeuvre d’Estine Coquerelle sur Instagram et vous procurer ses illustrations sur sa boutique en ligne.  Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maureen Wilson était responsable éditorial, Maële Diallo était au montage, Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique. Le Book Club est un podcast coordonné par Maud Benakcha.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Alice Zeniter : “J’ai une admiration de romancière à romancière”
Apr 10 2020 12 mins  
Les tragédies que subit un pays lui appartiennent, de manière presque intime. Elles appartiennent également à sa population, habitée par la mémoire de ces événements. Mais cette capacité à porter une histoire en soi ne s’arrête pas aux frontières. L’autrice Alice Zeniter n’est pas Nigériane, pourtant, en se plongeant dans le roman de Chimamanda Ngozi Adichie L’autre moitié du soleil, publié en 2006, elle s’est sentie transportée au cœur de la guerre civile qui a bouleversé le pays dans les années 1970. “Le Nigéria devient une part de ma carte intime” dit-elle. Ce livre qui l’a tant marquée devient alors une extension d’elle: “j’ai prêté mon corps aux personnages pour ressentir ce qu’éprouvait Adichie, et donc leur souffrance, leur traversée de la guerre elle est passée par moi, par cette identification, et du coup ça devient un peu mon histoire”.  Pour Alice Zeniter, la lecture de ce roman est une expérience, mais aussi un cours d’écriture. Elle s’enthousiasme devant la plume de Chimamanda Ngozi Adichie, sa capacité à mélanger les genres et à s’approprier le roman de guerre, que l’on associe (à tort) plutôt aux écrivains hommes: “Je trouve ça admirable qu’elle n’ait pas eu peur de ça, qu’elle ait pu dire: ceci est ma place et c’est là que je vais déployer l’immensité de mon talent”. Elle-même autrice, elle lui voue une admiration “de romancière à romancière” qu’elle décrit dans ce nouvel épisode du Book Club spécial confinement.  Entre ses lectures et ses rendez-vous à distance avec son éditrice, Alice Zeniter se confie également sur la prochaine rentrée littéraire et se demande si son mois de septembre sera comme les autres. En attendant, elle continue de travailler sur son roman même si elle a “vraiment des problèmes pour imaginer le futur ces derniers temps”. Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



Marie Pavlenko : “Il ne faut pas bouder les classiques”
Apr 07 2020 10 mins  
Vous est-il déjà arrivé d’ouvrir un vieux livre — publié plusieurs décennies, voire plusieurs siècles avant votre naissance — en pensant ne jamais vous retrouver dans l’histoire de ces personnages si lointains ? Et pourtant, au bout de quelques chapitres, cette histoire, ces personnages vous ont saisis et vous les avez compris. Peut-être parce que leur situation faisait écho à vos ressentis du moment, ou parce qu’ils vous rappelaient de vieilles histoires familiales. C’est ce qu’a vécu l’autrice jeunesse Marie Pavlenko en ouvrant Germinal d’Emile Zola, un jour d’été, pendant son adolescence: « Je n’ai jamais connu mon grand-père maternel - il est mort quand ma Maman avait dix ans — et il était mineur. Et Germinal est un livre qui a beaucoup compté pour moi parce qu’il m’a fait rentrer dans un monde que je ne connaissais pas et qui pourtant appartenait à mon passé. »  Si sa bibliothèque est remplie de mangas et de livres jeunesse, Marie Pavlenko revendique également son amour des classiques qui ont fait la littérature: « Il ne faut pas bouder les classiques. Les classiques ils ne sont pas là pour rien, ils sont là parce qu’ils ont traversé les temps et ils portent quelque chose. Ils portent une époque, mais ils portent aussi une espèce de parole universelle et intemporelle. » D’ailleurs, la littérature jeunesse a aussi ses œuvres incontournables. C’est le cas des romans de l’écrivain britannique Roald Dahl qui ont passionné l’autrice pendant son enfance. Ses favoris restent Le Bon Gros Géant et Sacrées Sorcières mais c’est avec La Potion Magique de George Bouillon qu’elle comprend le cœur de l’œuvre de l’auteur: “J’ai eu l’un de mes premiers chocs purement littéraire qui était de découvrir la puissance de la métaphore [...] il y a ces quelques mots à un moment donné : « elle avait la bouche ridée comme le derrière d’un chien » Et je me souviens que du haut de mes huit ans j’ai vu le derrière du chien, et j’ai vu la bouche de la grand-mère. Et j’ai éclaté de rire. Et ces deux choses qui entraient en collusion dans ce bout de phrase eh bien ça va bientôt faire 40 ans et je m’en souviens encore. »  Dans ce septième épisode du Book Club spécial confinement, Marie Pavlenko nous recommande de nous « plonger dans des pavés », même si, de son côté, elle n’a pas tellement le temps de le faire car elle doit terminer son prochain roman et aller écouter les oiseaux se remettre à chanter. Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Vous pouvez retrouver les livres de Marie Pavlenko chez Flammarion Jeunesse.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Flèche Love : “je sais qu’il aura toujours des trésors à m’offrir”
Apr 03 2020 10 mins  
Comment s’est construit votre chemin vers le féminisme? Est-ce en faisant face à des inégalités criantes et répétées? Est-ce en rencontrant une personne qui vous a ouvert les yeux? Ou est-ce, comme c’est le cas dans cet épisode avec la musicienne Flèche Love, en lisant une oeuvre qui vous a fait prendre conscience des réalités, “comme des guides spirituels et lumineux”?  Resté sur sa table de chevet pendant des années, Femmes qui courent avec les loups: Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Estès, a attendu longtemps avant que Flèche Love puisse l’apprécier, le digérer et le lire entièrement: “C’est comme si je n’avais pas été prête à lire ce livre. Plusieurs fois je m’y suis essayée et je m’y suis perdue. Et j’ai lu deux pages et j’étais là “ah je comprends pas!” C’est un livre qui demande à être lu au bon moment”. Et, pourquoi ne serait-ce pas le bon moment pour vous aussi de le découvrir? C’est ce que conseille la musicienne: “Dans une période de confinement on ne peut pas aller chercher à l’extérieur ce dont on a besoin. On ne peut pas sortir. Et c’est une invitation à l’intériorité dans toute sa puissance.”  Dans ce sixième épisode du Book Club spécial confinement, Flèche Love nous incite (pour ceux et celles qui le peuvent) à prendre du temps pour soi afin de mieux comprendre le monde. Elle nous scande sa vision de la société pour peut-être mieux l’apprivoiser. Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Le dernier album de Flèche Love est produit par le label Musique Sauvage.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Claire Castillon : “Ce genre de livre est la quête de toute une vie”
Mar 31 2020 11 mins  
L’autrice Claire Castillon ne sait pas dire pourquoi elle a aimé un livre: “je peux juste dire tiens, lis ça, c’est beau parce que c’est fort!”. Et c’est vrai... comment dire que l’on a aimé un livre quand ce que l’on a lu va au-delà des mots et qu’il nous enivre de sentiments, qu’il nous paralyse l’esprit, que - comme pour L’enfant brûlé de Stig Dagerman que nous conseille Claire Castillon - il nous est “tatoué” à la peau. C’est en fouillant dans sa bibliothèque à la recherche d’une nouvelle lecture qu’elle a découvert ce livre: “Avec L’enfant brûlé j’ai été complètement envahie d’emblée par une voix tellement vraie, tellement forte, tellement juste en fait, jamais trafiquée que le bouleversement s’est produit de page en page”. C’est l’histoire d’un jeune homme dont la mère décède: “un voyage plus beau que n’importe quel voyage dans les beautés du monde parce que tout est juste, parce que rien n’est… rien n’est feint [...] Il n’y a aucune émotion oubliée”. Alors ce cinquième épisode du Book Club spécial confinement n’est pas uniquement la description d’un livre apprécié, c’est le partage d’émotions suite à la lecture d’un livre qui “racle l’âme jusqu’au bout” pour Claire Castillon. Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.   Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Claire Castillon a récemment publié Marche Blanche chez Gallimard et River chez Gallimard Jeunesse.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Clara Ysé : "Parfois il y a des choses que l’on ne comprend pas"
Mar 28 2020 9 mins  
Dodécaphonisme: après avoir fait huit ans de solfège, parlé à tout Louie Media et téléphoné aux parents musiciens d’une des membres de l’équipe… Je peux dire que je ne suis pas plus avancée pour vous donner une explication courte et précise du dodécaphonisme. Ce qu’il faut retenir c’est que c’est une technique de composition musicale qui a été une vraie révolution au début du XXe siècle.  Cette révolution a fait “événement”. Et c’est là toute la force de ce que nous apprend la musicienne Clara Ysé dans ce quatrième épisode du Book Club spécial confinement via le livre qu’elle nous conseille: L’être et l’événement d’Alain Badiou. “Je crois que ce qui m’a aidée à vivre” raconte-t-elle “et ce qui m’a pas mal bouleversée c’est l’idée que parfois, il y a des grands événements qui arrivent dans plusieurs domaines. Badiou distingue quatre domaines: qui sont du coup l’amour, la politique, les mathématiques et les arts. Et pour lui un événement c’est quelque part quelque chose qui arrive et au moment où il arrive on n’a pas le langage pour comprendre ce qui est arrivé”. Lorsque toutes les révolutions sont nées: le cubisme, le dadaïsme, l’art contemporain, la majorité disait: “ce n’est pas de l’art!”, parce qu’ils n’avaient pas encore les mots pour décrire ce qu’ils voyaient. Avec l’invention du dodécaphonisme, les inventeurs puis leurs successeurs ont, compris ou plus précisément ont senti qu’ils ne pourraient plus faire de la musique de la même manière. “Je trouve ça hyper beau de penser que les grands tournants, que les grands mouvements, que les choses qui font date dans un langage, comme la musique, en fait ont fait autant date […] pour l’arrivée de l’événement que pour la fidélité événementielle qui est opérée par ceux qui sentent qu’ils ne peuvent pas continuer à faire, qu’à être dans le langage de la même manière qu’avant.” Cette réflexion digérée par Clara Ysée mais faite initialement par Alain Badiou dans ses recherches, peut être transposée à toutes les révolutions que nous ne comprenons pas encore aujourd’hui mais qui paraîtront évidentes aux yeux et aux oreilles des prochaines générations.  Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Tristan Mazire a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Le monde s’est dédoublé est le dernier EP de la musicienne Clara Ysé.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Morgane Ortin : “faire accoucher les gens de leurs mots d’amour”
Mar 26 2020 9 mins  
Vous nous accompagnez naviguer à travers les mers? Pendant une dizaine de minutes nous vous emportons hors de chez vous pour traverser les océans à la recherche de l’amour et de soi. Rien que ça!  Dans ce troisième épisode spécial confinement, c’est Morgane Ortin, la fondatrice du compte instagram Amours Solitaires qui s’est enregistrée, chez elle, pour nous parler d’un roman qui l’a “accompagnée pendant des longs et des longs et des longs mois de travail et d’analyse. Et j’aime bien aujourd’hui le relire et pouvoir relire tout ce que j’ai pensé aussi au moment où je l’ai lu pour la première fois et où je l’ai étudié”. Ce livre, c’est Le Marin de Gibraltar de Marguerite Duras: “ Ça raconte l’histoire d’une femme qui est très riche, qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Elle s’ennuie quand même beaucoup et en fait elle navigue à la recherche d’un marin avec qui elle a passé une seule nuit, qui est parti au petit matin mais dont elle est tombée folle amoureuse”.  Un choix de lecture qui apaise Morgane Ortin: “Je crois que j’avais besoin de quelque chose qui m’était familier pour me rassurer. Vous savez comme quand on regarde plusieurs épisodes d’une série parce qu’on est déjà accoutumé.e.s aux personnages et que ça nous donne un sentiment rassurant et réconfortant de pouvoir les revoir”. Et vous, quel est votre livre réconfortant? Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Morgane Ortin est la fondatrice du compte instagram Amours Solitaires. Elle est également l’autrice des deux livres qui portent le même nom et qui a donné naissance à une série.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Sylvie Hoarau : “C’est très dérangeant d’avoir ce point de vue là”
Mar 24 2020 10 mins  
Perverse. C’est de cette manière qu’a été décrite l’héroïne du roman Lolita de Vladimir Nabokov à sa publication en 1959. Pervers serait certainement le terme que l’on utiliserait aujourd’hui pour définir l’homme, beau-père et protagoniste de ce roman. Lolita est un roman qui plaît mais qui a toujours dérangé. À l’époque pour l’hypersexualisation de son héroïne, aujourd’hui pour des questions de violence et de pouvoir d’un homme, d’un adulte sur une jeune fille.  Pour son auteur, Vladimir Nabokov, il n’y a jamais eu de doutes sur ses intentions de romancier: “Lolita est une jeune fille de 12 ans alors que Monsieur Humbert est un homme mûr et c’est l’abîme entre son âge et celui de la fillette qui produit le vide”.  “C’est un livre qui a fait scandale et qui pose question” Dans ce deuxième épisode spécial confinement, la chanteuse et compositrice Sylvie Hoarau du groupe Brigitte oscille entre deux états. Il y a l’admiration pour l’auteur: “J’étais vraiment fascinée par Nabokov lui-même en me demandant mais quel esprit, comment… d’où sort une idée pareille d’abord de dépeindre cet amour sans aucune empathie pour l’objet de son amour - ce qui est quand même un peu étrange - et puis beaucoup d’humour aussi dans les situations…” Et il y a la répulsion: “Je me souviens que ma fille avait 15 ans je crois quand j’ai lu ce livre. Et il y a des moments j’ai dû m’arrêter de lire parce que j’étais trop dérangée par le propos. La manière dont il décrit la sensualité, cette attirance pour cette toute jeune fille. C’est vraiment trop réaliste. Ça me mettait dans un état un peu d’angoisse. Je me disais, c’est possible qu’un homme d’un certain âge puisse avoir cette espèce de vision d’une très jeune fille donc ça me mettait très mal à l’aise. » Mais Lolita est un roman, une fiction. Et n’est-ce pas le rôle des romans de dérouter souvent, de déranger parfois et de in fine poser questions ? Cet épisode, c’est toute cette question et toute la réflexion de Sylvie Hoarau.  Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson en a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale. Le dernier album des Brigitte s’appelle Toutes Nues.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


Myriam Leroy : "c’est en lisant “Un roman russe” que je me suis dit que, moi aussi, j’étais peut-être capable d’écrire"
Mar 20 2020 13 mins  
Pendant ce confinement, le Book Club ne s’arrête pas! Au contraire, nous nous sommes dit que vous auriez encore plus besoin d’écouter des recommandations littéraires de toutes ces femmes, toutes ces grandes lectrices qui nous inspirent.  Pendant toute cette période, des autrices, des musiciennes, des journalistes... vont enregistrer des notes vocales pour nous immiscer avec elles dans leur bibliothèque. La première femme à avoir joué le jeu est la journaliste et autrice Myriam Leroy. Elle nous décrit sa bibliothèque et ses lectures depuis chez elle, en Belgique. Elle nous recommande Un roman russe d’Emmanuel Carrère: “Il y a des bouquins hyper brillants, très intelligents, des chefs-d’oeuvre que je trouve écrasants et qui font assez vite disparaitre ma propre envie d’écrire. Parce que je ne me sens pas à la hauteur. Et par contre il y a des bouquins qui sont tout autant des chefs-d’oeuvre, qui sont tout autant brillants et qui me stimulent. (…) Quand je lis Virginie Despentes, je trouve ça tellement brillant que ça m’écrase. Quand je lis Emmanuel Carrère, je trouve ça tellement brillant que ça me donne envie d’écrire.” Myriam Leroy est journaliste et autrice. N’hésitez pas à découvrir ses deux derniers romans: Ariane et Les yeux rouges. Bonne lecture! Cet épisode est présenté par Agathe le Taillandier, Maud Benakcha était au montage, à l’édition et à la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mixage de cet épisode et Pauline Thomson a composé la musique.  Marion Girard est responsable de productions, Maureen Wilson, responsable éditoriale. Mélissa Bounoua est directrice des productions et Charlotte Pudlowski directrice éditoriale.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


18. Rebecca Manzoni : "J'écris parce qu'on n'avait plus rien à se dire"
Mar 17 2020 31 mins  
Entre un téléphérique jouet, des baguettes de batterie et un tipi d’enfant se dresse la bibliothèque vivante de Rebecca Manzoni, journaliste à France Inter. Chez elle, les livres se baladent sur le sol comme une trace des pérégrinations de toute sa famille. Depuis des années, elle a pris l’habitude de vivre ses livres: de les corner, de les recopier… que ce soit pour se souvenir, ou pour lui donner de l’inspiration. Dans sa chronique Pop N' Co elle fait entendre le monde à travers la musique. Et comprendre le monde, c’est l’un de ses leitmotiv. Pour se faire, elle lit beaucoup d’auteur.ice.s actuel.le.s: “C’est important de lire les livres d’auteurs contemporains pour savoir ce qu’il se passe, en tout cas pour avoir accès à des mondes que je n’ai pas l’occasion de fréquenter.” (30:33).  Avec La place d’Annie Ernaux, le livre qu’elle présente dans ce dix-huitième épisode du Book Club, elle nous parle d’héritage: de monde qui a été et qui n’est plus vraiment, de traditions, d’éloignement et de déceptions jamais cicatrisées. Malgré l’importance que ce livre a dans sa vie, ça n’a pas été l’amour au premier regard. C’est au lycée qu’elle le découvre: ”Je suis complètement passé à côté de ce livre au début, je l’ai lu scolairement, car c'est quand même pas un livre très aimable.”(10:35).  Ce livre, qu’elle a relu par la suite, est alors devenu fondamental pour elle: “c’est un livre tellement important pour moi qu’il faut que les mots soient justes, je ne voudrais pas la trahir, Annie Ernaux”(11:42). Cette autobiographie incarne le concept de transfuge de classe: le fait pour une personne de changer de milieu social au cours de sa vie. L’autrice Annie Ernaux y parle de son père. C’est “l’histoire de la vie de cet homme, d’un milieu populaire”(12:43) et de l’autrice/narratrice qui ”va prendre ses distances [avec ce milieu], mais c’est une souffrance” (12:56) résume Rebecca Manzoni. Si la journaliste a choisi de nous parler de La Place, c’est qu’elle se sent très proche du vécu d’Annie Ernaux et de ce qu’elle décrit, que ce soit dans les relations entre les membres de sa famille ou du sentiment de trahison que ressent son père face au statut de transfuge de sa fille. C’est un livre qui l’a marquée car; “c’est quelque chose qui me touche énormément” (18:20), “mon père venait vraiment d’un milieu social tel qu’elle elle le décrit, avec l’immigration italienne en plus”, (21:53) “et même si mon père est venu très régulièrement chez moi, je pense qu’il y avait cette idée de “tu ne me comprends plus, tu t’es trop éloignée”. (23:21) Cet épisode a été mené et présenté par Agathe le Taillandier. Le montage, l’édition et la coordination ont été réalisés par Maud Benakcha. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix. La musique est de Pauline Thomson.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



17. Marina Rollman : "La littérature te réconcilie avec l’idée que la tristesse c’est chouette aussi"
Mar 03 2020 26 mins  
On se sépare des gens comme on se sépare des livres: dans la douleur et la nostalgie. On tourne cette dernière page en essayant de faire durer le plaisir, en profitant de la délicatesse de chaque mot, de la force de la syntaxe et de la complexité des personnages. A la différence près que les relations ne peuvent pas toujours être reconstruites, alors que nous pouvons relire sans fin les livres. Mais: “C'est ça qui est beau, de se dire "ça ne dure pas" donc kiffez ces plaisirs terrestres”.(12’55) L'humoriste Marina Rollman, que l’on entend au micro de Maud Ventura, nous dévoile son livre - Un bonheur parfait  de James Salter. Ce roman, elle l’a ouvert pour la première fois à 20 ou 21 ans: “dans le bus.” (10’22) et, depuis il ne l’a pas quittée. Ce livre trace l’histoire d’un couple d’américains que l’on suit tout au long de leur vie, soit pendant une quarantaine d’années. Du point de vue de Marina Rollman, c’est un livre sur la beauté du quotidien, ce genre de livres qui “font apprécier la vie” (10’43) et ces auteurs ou ces artistes qui permettent de “mieux voir" (10’53)  "Ca ne rend pas le monde beau, ça aiguise mon oeil" (11’20) Marina Rollman qui “essaie d’être quelqu’un de culturé mais [qui] n’y arrive pas toujours” (1’48) nous accueille dans sa bibliothèque rangée par langues “Je lis beaucoup en anglais, un peu trop je pense, mon vocabulaire français s’est appauvri en fait” (2’26). La raison de ce rangement est simple: "Parfois la littérature francophone m'impressionne, je ne sais pas par où entrer” (2’45).  A la fin de cette rencontre, ce qui nous reste, c’est notamment cette phrase de Marina Rollman: “Je trouve ça toujours très beau les gens qui arrivent à concilier un intellect fou avec quelqu’un avec qui tu as envie de passer une soirée” (2’17) C’est exactement ce que l’on s’est dit en la découvrant un peu plus, elle, dans sa bibliothèque et à travers ses lectures de femme “woke, social warrior [et] féminazie” (6’36): la sensation d’avoir passé un temps précieux avec une femme avertie, forte et engagée. Vous pouvez également la retrouver sur scène dans son one-woman show Un spectacle drôle au théâtre de L’Oeuvre et dans ses chroniques sur France Inter. Cet épisode a été mené par Maud Ventura. Le montage a été réalisé par Amel Almia. Maud Benakcha a été en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix. Cet épisode est présenté par Agathe Le Taillandier.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


16. Louison : "Il ne fallait pas subir cette lecture, il fallait qu'elle soit un médicament"
Feb 18 2020 23 mins  
Chez vous, où sont rangés vos livres? Sous un lit, un peu cachés? Dans le salon, à la vue de tou.te.s? A la cave parce que vous n’avez de la place nulle part ailleurs? Jusqu’à maintenant, dans le Book Club, nous nous sommes bien rendu compte que les choix de rangement des lectrices n’étaient pas uniquement décoratifs, qu’il y avait toujours une histoire sur les lieux et les dispositions. Avec l’autrice et illustratrice Louison, l’histoire est entière. Elle a quelques temps placé ses livres dans un autre lieu, sur le même palier que son appartement. Mais comme pour elle, c’est: "extrêmement déprimant de vivre sans ses livres"(02:19), elle a décidé de tout rapatrier dans un cocon plus intime: "J’avais besoin de cette espèce de présence dans ma chambre parce qu’il y avait, effectivement une absence qui est toujours très dure." (02:58) Cette absence, c’est celle de son compagnon qu’elle a perdu brutalement en juillet 2018.  Pendant cette période de deuil, il y a eu une des étapes de reconstruction avec laquelle a coïncidé la lecture de La Douleur de Marguerite Duras. C’est de ce livre qu’elle nous parle dans cet épisode. Au moment de l’acheter, elle était convaincue qu’il aurait une place importante dans son processus de résilience. "J’ai attendu avant de le lire, il ne fallait pas subir cette lecture, il fallait qu’elle soit un médicament, une infirmière presque" (12:43). La Douleur, c’est “l’horreur de l’attente et l’horreur du retour” (16:21). En pleine Seconde Guerre mondiale, Marguerite Duras attend son mari, déporté politique. Quand il revient enfin, il n’est plus, physiquement et psychologiquement. En parallèle de mettre des mots sur le deuil qu’a subi Louison, il narre également l’histoire de sa famille. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille de sa grand mère de confession juive et résistante est déportée. Ce livre s’est imposé à Louison. Il a eu un effet thérapeutique et l’a accompagnée dans son processus de deuil ainsi que dans l’écriture de son premier roman Le Chemin des amoureux. Ce livre lui a ouvert le champ des possibles et lui a permis "d'assumer de ne plus avoir besoin des dessins pour raconter une histoire". (17:50) Cet entretien a été mené par Maud Ventura. Le montage a été réalisé par Amel Almia. Maud Benakcha a été en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef. Cet épisode est présenté par Agathe Le Taillandier.  Le Book Club est un podcast de Louie Media que vous pouvez retrouver sur notre site Louiemedia.com et sur toutes les plateformes d'écoute : Apple podcast, Soundcloud, Spotify…  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


15. Constance Debré : “Il ne faut pas se laisser bouffer par des colonnes de livres”
Feb 04 2020 24 mins  
« Si la littérature n’est pas là pour parler de la solitude fondamentale de nos vies, je ne vois pas très bien à quoi elle sert. » (9’17) Dans cet épisode du Book Club, la journaliste Agathe de Taillandier se rend chez Constance Debré, dans son studio parisien. Un lit, des tréteaux, un bureau pour écrire… Constance Debré vit de manière spartiate depuis qu’elle a abandonné son métier d’avocat pour devenir romancière. « C’était très bien que ce changement de rapport au monde, ce glissement, se matérialise par une table rase au premier degré. » (3’26)   Peu de livres, donc, dans son appartement. Constance Debré a vendu la grande majorité de sa bibliothèque après avoir changé de métier. « Les livres, ce sont des signes qui nous ont traversé le cortex à un moment, qui nous ont façonné plus ou moins, mais ce n’est pas pour autant qu’on est obligé de les garder. Ce ne sont rien que des signes. » (4’05) Certains ouvrages lui manquent, mais il ne faut selon elle pas « se laisser bouffer » par ses possessions (5’29): « les livres, on les trimballe vachement en soi quand même. » (6’09)   L’autrice de Love me tender a choisi de parler de Képas (un terme faisant référence aux paquets contenant de l’héroïne), un roman de Denis Belloc Elle raconte avoir été bouleversée par ce roman d’inspiration autobiographique: «C’est un livre somptueux, si on n’a pas peur des choses un peu dures, mais la littérature est aussi là pour dire la beauté de la violence des vies. » (7’41)   Belloc raconte dans ce récit son addiction à l’héroïne, très rapide et violente, dans le Paris des années 80. « Il plonge complètement, c’est ça qui est aussi très beau. » (7’16) Une histoire qui résonne avec la trajectoire personnelle de Constance Debré, dont les parents consommaient de l’opium et de l’héroïne. « C’est à la fois douloureux, et en même temps c’est quelque chose que je comprenais. J’ai toujours compris les toxicomanes, même si je ne le suis pas moi-même. J’ai parfois l’impression que je ne m’entends qu’avec les gens qui ont ce tempérament » (10’15)   Képas n’est pas qu’un roman sur la came. Belloc y évoque également de manière crue ses expériences sexuelles, ce qui a particulièrement touché Constance Debré. « Il y a des milliards de choses qui peuvent se passer entre deux êtres qui pendant un moment, des mois ou une nuit vont se toucher. Mais ce n’est jamais quelque chose qui n’a pas de sens. C’est quelque chose de tellement obscur, de mystérieux, fait de solitude, de tendresse, de désespoir et de douceur, de fuite et d’arrêt de la fuite. » (19’10)   Pour Constance Debré, Képas est un roman unique, certes « trash » (7’15), mais magnifique. Un roman dont la lecture l’a transformée, et qui continue désormais de vivre en elle. « Ce n’est pas pour lire de jolies histoires qui me distraient que je lis, c’est pour entendre ça. » (9’26)   Cet entretien a été mené par Agathe Le Taillandier. Le montage a été réalisé par Hortense Chauvin et Maud Benakcha, qui était également en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


14. Maïa Mazaurette : “C’est une drama queen Marguerite Duras”
Jan 21 2020 28 mins  
Chez Louie Media, dans chacun de nos podcasts, nous essayons de faire ressentir le monde avec des histoires fortes, remplies d’émotions et d’intimité. Dans le Book Club, cette intimité, nous la retrouvons dans la bibliothèque des femmes qui nous inspirent et que nous rencontrons. A chaque épisode nous nous arrêterons sur un livre un peu spécial. Un roman, un essai ou toute oeuvre littéraire qui raconte un moment charnière de la vie de cette femme. La lectrice que l’on découvre dans cet épisode est la journaliste et autrice Maïa Mazaurette. Elle a habité à Berlin, Copenhague ou New York. Et pendant ses expatriations, elle a perdu beaucoup de ses livres... Si pour certain.e.s passionné.e.s de lecture cette situation est un cauchemar, elle, s’en accommode très bien: “J’aime bien perdre des livres parce que j’ai l’impression qu’une bibliothèque, c’est aussi quelque chose qui nous rattache au passé” (01’20). Elle a donc troqué ses bouquins papier contre une tablette numérique. “J’ai aussi un intérêt personnel à ne pas avoir une bibliothèque sous mes yeux et en voir une justement qui disparaît au fur et à mesure” (01’55).  Au micro de Gladys Marivat, Maïa Mazaurette nous présente L’Amant de Marguerite Duras aux éditions de Minuit, un livre qui fait écho à son adolescence. Au moment où elle se retrouve avec ce récit entre les mains, elle a 15 ans, elle est en vacances en famille dans le sud de la France et s’identifie à l’héroïne du roman. “C’était une jeune fille de 15 ans qui était celle que je rêvais d’être : belle, libre...” (15’). Ce qui est fort pour cette adolescente, future journaliste, c’est que ce livre n’est pas qu’une histoire d’amour ou de sexe mais aussi celle d’une émancipation. Malheureusement, à ce même moment, elle se heurte à l’image de Jane March qui adapte le rôle de l’héroïne au cinéma : “J’ai cette actrice sublime en tête et je me dis que pour avoir cette vie là, pour avoir cette absolue indépendance et liberté, il faut être une très belle femme” (16’30).  Dans L’amant, Marguerite Duras affiche sa hantise du temps qui passe: “Marguerite Duras dit [...] à 18 ans, elle vieillit. Et puis, elle dit qu’elle garde le même visage jusqu’à ses 80 ans, celui d’une femme qui a le visage détruit à 18 ans” (17’20). Cette phrase a profondément influencé le rapport à la beauté de Maïa Mazaurette mais surtout son regard sur les effets de l’âge sur le corps d’une femme. “A 35 ans, je me disais mais qu’est ce qui va me tomber dessus à 40 ans ? [...] Parce que j’ai l’impression que c’est le dernier moment de ma vie où je vais pouvoir faire l’amour avec l’amant chinois” (18’12). Une peur dont elle s’est aujourd’hui librement défaite.  C’est ce même livre qui, une fois adulte, poussera Maïa Mazaurette à aller jusqu’au Cambodge, sur les traces de Marguerite Duras, pour finir la rédaction de son livre Sortir du trou, lever la tête aux éditions Anne Carrière. L’amant de Marguerite Duras n’aura cessé d’accompagner la journaliste et autrice, de son adolescence à aujourd’hui.  Cet entretien a été mené par Gladys Marivat. Maud Benakcha a fait le montage. Elle était également en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix, Maureen Wilson y était responsable éditoriale et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


13. Titiou Lecoq : “À 13 ans j’ai eu les lunettes féministes avec Simone de Beauvoir”
Jan 07 2020 44 mins  
Pour Titiou Lecoq, lire des classiques de la littérature, c’est comme regarder des séries: “Il y a des retournements de situation, des vrais plot twists [NDLR : des rebondissements]. Tout ce que les scénaristes américains peuvent utiliser dans les séries, tu l’as dans Balzac” (21’16). Habituellement, les grands classiques de la littérature sont découverts par les lecteur.ice.s à l’adolescence, dans des cours de français qui - avouons le - ne les passionnent pas toujours! Or, l’écrivaine nous donne une toute autre lecture de ces pavés: “Il n’y a pas de questions de difficulté. C’est vraiment comment nous, adultes, on amène les enfants à ces lectures” (24’50).  Titiou Lecoq ne fait pas partie des élèves qui auraient pu être dégoûté.e.s par ces classiques littéraires. Ce sont d’ailleurs ces ouvrages qui l’ont aidée à construire sa vision de la littérature. Au micro de Maud Ventura, elle présente : Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir aux éditions Folio, Le Père Goriot d’Honoré de Balzac aux éditions Flammarion et La fonction du balai de David Foster Wallace aux éditions Au diable vauvert. “Tu as l’autrice Simone de Beauvoir qui m’ouvre la porte sur les choses, Balzac est sur une fonction de la littérature [...], et après tu as Wallace qui arrive dans ma vie et qui me dit : “T’es sûre que la littérature sert à ça ? T’as réfléchi ? C’est quoi un mot ?” (38’18).  La bibliothèque de l’autrice féministe est très organisée : tous les livres sont rangés dans l’ordre alphabétique à l’exception de deux auteurs qui lui sont chers. “Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont droit à leur étagère à part. [...] J’ai une relation très proche et très particulière avec eux. Je me suis tellement servie de leurs bouquins, je les ai tellement lus que j’ai besoin de les avoir dans un espace à part” (01’48). Sa relation avec ces auteurs est si intime, qu’elle leur parle à travers leurs livres. “Comme si je parlais à Simone, j’ai écrit en haut de la page [...]. Comme si je lui répondais” (09’45). Titiou Lecoq se remet en question, que ce soit en tant que lectrice ou en tant qu’écrivaine. “Si je lis pour le plaisir, je vais culpabiliser. Il faut que je rentabilise les choses que je lis ou que je fais. C’est assez obsessionnel” (04’25). Par conséquent, la militante féministe ne s’est pas toujours sentie légitime à être une femme de lettres. “Je n’avais pas fait de thèse, ni de doctorat sur Honoré de Balzac. Je ne suis pas universitaire. Je me suis dit que je ne pouvais pas écrire de livre sur lui” (06’26). Quelques mois après la publication de son livre Honoré et moi aux éditions L’Iconoclaste, Titiou Lecoq a maintenant réglé cette question de légitimité. “J’arrive à écrire pour le plaisir d’écrire sans me gâcher les choses avec des prises de tête, ce qui est un miracle” (07’00). Une déconstruction qui lui a pris des années à matérialiser mais qui lui permet aujourd’hui d’écrire et de lire sans trop de limites. Cet entretien a été mené par Maud Ventura. Amel Almia a fait le montage. Maud Benakcha était en charge de l’édition et de la coordination, Maureen Wilson était responsable éditoriale. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix, Maureen et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


12. Marie-Aude Murail : "Je ne veux pas être lue, je veux être relue"
Dec 10 2019 46 mins  
Avez-vous récemment relu un livre qui vous avait bouleversé.e étant enfant ? Aujourd’hui, avec quelques années ou décennies de plus, l’avez-vous redécouvert avec la même euphorie ou avait-il perdu toute sa saveur ? Dans cet épisode du Book Club, l’autrice Marie-Aude Murail décrit cette “double lecture” (16’50) avec d’un côté des yeux d’enfants et de l’autre la compréhension d’adulte. Pour elle, “quel que soit ton âge, tu dois t’autoriser cette lecture naïve parce qu’autrement tu vas perdre toute ta fraîcheur et la fraîcheur de l’histoire” (17’20).  Pour cet entretien avec Maud Ventura, l’écrivaine a choisi trois lectures qui retracent son parcours de lectrice au fil des âges : comme enfant, adolescente et jeune femme. Elle présente : Tintin au Tibet de Hergé aux éditions Casterman, Lorenzaccio d’Alfred de Musset aux éditions Gallimard et L’Ami Commun de Charles Dickens aux éditions Gallimard.  Depuis son adolescence, Marie-Aude Murail a un attachement tout particulier pour Charles Dickens. Une adulation telle, qu’elle se rappelle, mi amusée, mi honteuse qu’elle a volé deux de ses livres dans la bibliothèque de son père. “J'ai appris avec Dickens qu'un livre était fait pour rire, pleurer, avoir peur, pour vouloir savoir la suite. C'est lâcher la bride à toutes ses émotions” (34’10).  Les ouvrages de l’écrivain anglais ne sont pas les seuls à avoir une place privilégiée dans la maison de Marie-Aude Murail. Si elle n’a pas besoin de posséder tous les livres, les albums jeunesse sont bien les seuls dont elle ne peut pas se séparer. “C’est des objets d’art, des souvenirs, des morceaux de vie. Ces livres ont été tellement lus...” (07’30).  Marie-Aude Murail a grandi entourée de filles et de femmes. Pourtant, en classe, aucune femme écrivaine n’était citée. Elle prend donc les choses en main en classe de première : “La fois où j'ai entendu parler d'une femme, c'est parce que j'ai demandé à faire un exposé. J'ai levé la main et j'ai dit “Est-ce que je peux faire un exposé sur Colette ?” (41’19).  Aujourd’hui autrice jeunesse, Marie-Aude Murail se questionne. Pour ne pas invisibiliser les femmes dans les histoires et ne pas perpétuer les stéréotypes de genre, l’autrice porte une grande attention à son écriture et à la réécriture de ses oeuvres. C’est notamment grâce à sa fille qu’elle a pu se “rééduquer” sur ce qu’est une femme. “En tant que créatrice, je sentais ce plafond de verre et toutes ces choses là. Mais peut être qu'il fallait que j'aille plus profondément dans mon inconscient et dans ces choses que j'avais entérinées” (20’31). Cet entretien a été mené par Maud Ventura. Maud Benakcha a fait le montage. Elle était également en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef. Le Book Club est un podcast de Louie Media que vous pouvez retrouver sur notre site Louiemedia.com et sur toutes les plateformes d'écoute : Apple podcast, Soundcloud, Spotify…  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


11. Pomme : “Je ne pensais pas qu’une BD aurait un tel impact dans ma vie”
Nov 26 2019 45 mins  
Avez-vous déjà mesuré votre bibliothèque en taille de chien ? Non ? Alors ça sera une première parce que c’est ce que nous faisons dans cet épisode du Book Club. Notre invitée, la chanteuse Pomme, détient une bibliothèque minimaliste que nous avons eu la chance de visiter: “Ca fait la taille d’un petit chien, un beagle” (00’07). En attendant d’avoir “une grande maison avec une pièce dédiée aux livres” (01’28), l’interprète de Sans toi respecte un cycle bien précis: dès qu’un nouveau livre rejoint sa pile de lectures, un autre est confié à un nouveau foyer.  Au micro de Maud Ventura, elle recommande : Sorcières de Mona Chollet aux éditions Zones. Mais aussi Corps Sonores aux éditions Glénat de Julie Maroh, autrice de la bande-dessinée Le bleu est une couleur chaude, qui a inspiré le film La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Elle conseille enfin le recueil de poèmes Capitale de la douleur de Paul Eluard aux éditions Gallimard.  Parmi les livres “survivants” de sa bibliothèque, certains sont signés d’autrices précédemment interviewées dans le Book Club : Rien ne s’oppose à la nuit et Jours sans faim de Delphine de Vigan et la bande-dessinée Libres! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels de Diglee. Vous avez d’ailleurs peut-être eu la chance de rencontrer cette dernière au club de lecture que nous organisons deux fois par mois.  Outre le chant et la lecture, la chanteuse Pomme s’exerce à la sorcellerie: “Je fais des trucs de magie blanche en cachette” (06’55).  Après sa Terminale L, où elle doit découvrir, retenir et analyser des centaines de pages, elle cesse totalement de lire. Ce sont les poèmes qui lui redonnent le goût de la littérature (05’00). “Le tout premier [recueil de poèmes] que j'ai acheté s'appelle Mèches de Sébastien B.Gagnon. C'est des petits poèmes de maximum dix lignes. Ca m'a aidé à reprendre la lecture” (05’30).  Nous apprenons au fil de la discussion autour du livre Sorcières de Mona Chollet que la jeune femme de 23 ans a toujours voulu avoir un enfant. “Moi, j’avais l’impression que mon existence n’aurait du sens que si j’avais un enfant” (15’48). Elle exprime cette envie irrépressible d’être mère dans sa chanson Grandiose tiré de son album Les failles, qu’elle a bien voulu interpréter pour nous (17’20).  En pleine promotion de son nouvel album, elle prend le parti de parler de son homosexualité. “Si moi j'en parle pas alors que j'ai une voix, qui représente les lesbiennes dans l'espace public ?” (27’14). Un choix qu’elle sait nécessaire pour la société mais qui n’a pas été évident à prendre: “Mon seul souhait, c'est de pouvoir écrire des chansons qui parlent de ma vie sans avoir à me justifier” (31’25). Cet entretien a été mené par Maud Ventura. Maud Benakcha a fait le montage. Elle était également en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef. Le Book Club est un podcast de Louie Media que vous pouvez retrouver sur notre site Louiemedia.com et sur toutes les plateformes d'écoute : Apple podcast, Soundcloud, Spotify…  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


10. Laura Nsafou : "Il y a un enjeu de représentation dans la littérature"
Nov 12 2019 32 mins  
“C’est majoritairement de la littérature afro” qui occupe les étagères de l’autrice Laura Nsafou, également connue sous le pseudo de Mrs Roots, un nom tiré de son blog. Dans ce dixième épisode du Book Club, elle présente: À nos humanités révoltées de Kiyémis, un recueil de poèmes qui n’est actuellement plus disponible mais sera réédité en janvier 2020, Wild Seed d’Octavia Butler aux éditions Grand Central Publishing (actuellement non traduit en français) et In-Humus de Linnea Sterte aux éditions de la cerise.  Au micro de Gladys Marivat, Laura Nsafou nous fait la visite de sa bibliothèque dans son nouvel appartement. “Le premier but, c’était de sortir tous les livres de mes cartons et de les mettre dans ma bibliothèque pour ne pas les abîmer” (00’19). L’autrice parle de son engagement afroféministe (04’56) et nous dit ce qui l’a amenée à se renseigner sur ce mouvement (09’06).  Elle nous raconte également comment, avec le livre de Frantz Fanon Peau noire masques blancs, elle s’est sentie pour la première fois représentée dans un livre (11’07). “Comment ça se fait que ce n’est qu’à 20 ans que je trouve un bouquin qui me représente?” (12’05). On découvre le rôle qu’a joué Kiyémis, poétesse précédemment interviewée dans le Le Book Club, dans la publication de l’un des premiers romans de Laura Nsafou : A mains nues, aux éditions Synapse (13’33). Mrs Roots affirme que lire À nos humanités révoltées est une “vraie expérience de lecture” (18’17).  Dans cet épisode, l’autrice afroféministe évoque aussi le mouvement panafricain abordé dans Wild Seed d’Octavia Butler (25’18).  Cet entretien a été mené par Gladys Marivat. Maud Benakcha était à l’édition et à la coordination. Maële Diallo a fait le montage. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski à la rédaction en chef.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.



9. Sylvia Whitman : "Une femme qui a une puissance, ça fait peur aux autres"
Oct 29 2019 46 mins  
“Les livres sont mes journaux”. Cette phrase, c’est Sylvia Whitman qui la prononce. Elle est propriétaire de la librairie Shakespeare & Company, située à deux pas de Notre-Dame dans le quartier latin de Paris. Au micro de la journaliste Gladys Marivat, elle nous parle de trois livres qui l’ont marquée : Circé de Madeline Miller aux éditions Pocket, Frankissstein : A Love Story de Jeanette Winterson aux éditions Penguin Random House et Archives des enfants perdus de Valeria Luiselli aux éditions de l’Olivier.  “Il y a des livres dans chaque pièce parce que je me sens tout de suite chez moi quand il y a des livres à mes côtés”. Dans ce neuvième épisode du Book Club, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que Sylvia Whitman nous parle de littérature. Née à Paris à l'Hôtel Dieu en face de Shakespeare & Co, la libraire a grandi en Angleterre avec sa mère, d’où son bel accent britannique. À 21 ans, elle retourne auprès de son père, George Whitman, fondateur de la librairie Shakespeare & Company. Passionnée par le théâtre, son père lui a un jour dit : “Mais tu peux être la star ici, à la caisse !”. Il lui transmet le goût du métier et une vision poétique de Paris. Sous le charme des murs de la librairie, qui datent du 17e siècle, elle lui succède en 2006.   “Maniaque” de l’ordre alphabétique, ses livres sont soigneusement rangés et occupent tous les recoins de son appartement. Elle plaisante en disant : “C’est un peu mieux que chez mon père ! Quand il vivait au troisième étage de la librairie, il n’y avait même pas de fenêtres parce qu’il les avait bloquées avec des étagères”.  La libraire nous parle de sa routine du matin (5’) et de son histoire d’amour avec la lecture (10’40). “Jeanette Winterson, une écrivaine [dont] j’ai choisi [de vous parler] aujourd’hui, a dit que le matin il faut commencer par un poème parce que c’est l’équivalent d’un expresso pour le cerveau.”  Accompagnée de sa tasse de thé, Sylvia Whitman détaille le “monde fascinant” dans Circé de Madeline Miller (15’40), qui l’a amenée à réfléchir à la figure de la sorcière (19’40). Et elle nous explique en quoi Frankissstein de Jeanette Winterson (25’13) et Archives des enfants perdus de Valeria Luiselli (35’) sont des livres politiques et urgents à lire.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


8. Karine Tuil : "En littérature, je suis contre l'idée d'un bon goût"
Oct 15 2019 37 mins  
Karine Tuil est écrivaine. Dans ce huitième épisode du Book Club, elle nous fait découvrir sa bibliothèque et présente trois livres qui lui sont chers : L’Ecriture comme un couteau d’Annie Ernaux chez Stock, La Supplication de Svetlana Alexievitch aux éditions JC Lattès et Une partie rouge de Maggie Nelson aux éditions du Sous-sol.  “La présence des livres autour de moi me rassure. Il faut qu'il y en ait par terre, sur les tables… C'est une présence rassurante.” Au micro de la journaliste Clémentine Goldszal, Karine Tuil nous fait la visite guidée de son appartement où les livres s’empilent littéralement du sol au plafond. L’écrivaine commence par nous faire découvrir sa bibliothèque (2’52) et celle de ses enfants (6’50).  “Pour moi, la littérature nous aide à vivre et à affronter certaines épreuves de la vie, à appréhender l'existence.”  Karine Tuil parle ensuite de son lien avec les écrits d’Annie Ernaux (12’22) et de sa certitude que l’on écrit contre son milieu (14’22). L’autrice nous raconte comment La Supplication de Svetlana Alexievitch l’a ébranlée (21’14) et explique ce qui, selon elle, fait la beauté de cet ouvrage (23’32).  “Tous les livres qui racontent la société, qui racontent le réel, qui racontent la violence du monde m'intéressent. Quels que soient les univers” (24’37) Enfin, Karine Tuil nous parle de sa fascination pour Maggie Nelson, qu’elle qualifie d’audacieuse et de transgressive dans ses écrits (29’00). Pour l’écrivaine française, sa consoeur américaine met en lumière le manque de liberté dans les livres en France (33’30).   “Je regrette qu'on cherche, en France, à autant définir les choses parce que pour moi la littérature, on ne devrait pas pouvoir la définir. [...] on doit pouvoir garder cet espace de liberté totale” (33’00) Cet entretien a été mené par Clémentine Goldszal.  Pauline Thompson a composé la musique.  Maud Benakcha était à l'édition et à la coordination.  Amel Almia était au montage et Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mix. Le Book Club est un podcast de Louie Media que vous pouvez retrouver sur notre site Louiemedia.com et sur toutes les plateformes d'écoute : Apple podcast, Google podcast, Spotify…  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


7. Céline Leroy : "Il y a des choses passionnantes qui se passent dans la littérature américaine aujourd'hui"
Oct 01 2019 35 mins  
Si certain.e.s ne sont adeptes que de la langue de Molière, la traductrice Céline Leroy est tout aussi passionnée par la langue de Shakespeare. Elle y consacre sa carrière et quand Elisabeth Philippe la rencontre, elle traduit You can’t catch death [NDLR: La mort n’est pas contagieuse en français], mémoires de l’autrice Ianthe Brautigan. Elle est la fille de l’écrivain et poète Richard Brautigan, l’un des pionniers du mouvement littéraire Beat Generation,  qui a marqué la littérature américaine avec son oeuvre La pêche à la truite en Amérique, mêlant western, polar et poésie. C’est d’ailleurs cet écrivain qui pousse la traductrice à découvrir la littérature outre-atlantique: “Cette littérature a confirmé une espèce de passion, de rapport très intense et intime à une langue et à un territoire fantasmé [...] C’est l’évasion et en même temps c’est se sentir chez soi dans un truc complètement barré” (9’38).  Dans cet épisode du Book Club, la traductrice Céline Leroy présente: Liens de sang d’Octavia Butler aux éditions Dapper, le catalogue d’exposition Alice Neel, peintre de la vie moderne aux éditions Fonds Mercator et Bleuets de Maggie Nelson aux éditions du Sous-sol, traduit par notre invitée. Cette dernière confie s’être jetée sur Bleuets pour en faire la traduction. “Je ne savais pas si le Sous-sol avait acheté Bleuets donc je leur ai écrit pour dire: “Je ne sais pas ce que vous faites avec Bleuets mais si jamais, au cas où, par miracle, c’était possible de…” Et en fait, c’était possible de…” (27’38). Ayant eu l’opportunité “d’avoir le nez très près du texte” (33’50), Céline Leroy décrit une oeuvre finement menée, unique et réjouissante.   Depuis quelques temps, Céline Leroy traduit surtout des autrices engagées comme Jeanette Winterson ou encore Rebecca Solnit. “Il se passe quelque chose au niveau de la littérature, notamment écrite par des femmes. Elles font des choses différentes. La littérature afro-américaine propose des choses incroyables. La littérature queer, transgenre, il y a des choses formidables” (29’48). Des écrits “formidables” qui lui permettent de découvrir de nouvelles voix. Des voix singulières qui racontent le monde qui nous entoure.  Cet entretien a été mené par Elisabeth Philippe. Amel Almia a fait le montage. Iris Ouedraogo était en charge de l’édition et de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.






4. Diglee : "Quand je lis quelqu’un, j’aime bien aller sur ses traces"
Aug 20 2019 46 mins  
Lire, pour l’autrice et illustratrice Diglee, c’est mener une enquête. "Quand je lis des romans, je retrace ce qu’il y a de vrai dans le roman." (23’35) "Ça ne m’intéresse pas de lire une histoire créée de toute pièce." (24’00)  Dans ce quatrième épisode du Book Club, Diglee nous entraîne dans sa bibliothèque "toute en bazar" (2’45). On y trouve en vrac des recueils de poésie, des livres qu’elle a illustrés, mais aussi des cartes postales anciennes et – plus surprenant encore – une boule de cristal. Beaucoup d’œuvres de sa collection ont été écrites par des femmes, et pour cause : la bibliothèque de Diglee est un temple en leur honneur. "Les prêtresses, ce sont les femmes chez moi : elles sont saluées, priées, louées." (10’01).  Férue de poésie, Diglee explique avoir un rapport instinctif aux mots : "En lisant un poème, je vais très souvent avoir envie de faire une image." (4’10) Dans le cadre de son travail artistique, elle trouve régulièrement son inspiration dans l’œuvre des poétesses qu’elle admire : "Je vais à la chasse aux femmes qui écrivent de la poésie, et chaque mois je les illustre." (3’45)  Ce sont d’ailleurs trois livres de femmes que Diglee recommande : Inceste d'Anaïs Nin, la correspondance de George Sand et Alfred de Musset et Mon évasion de Benoîte Groult. Des ouvrages à teneur autobiographique qui ont permis à l’autrice de plonger dans la vie intime de ces trois femmes qu’elle admire : "Ce qui m’intéresse, c’est la vraie vie des gens, et ce qu’ils et elles ont à dire sur leur vie." (21’50) Ces trois autrices fascinent Diglee. Elle cherche inlassablement à rassembler des traces de leur passage sur terre, notamment les éditions originales signées. "Ça me bouleverse", explique-t-elle, les larmes aux yeux. (6’30) C’est d’ailleurs en lisant George Sand, qui avait entamé un voyage en Italie avec Musset en 1833, que Diglee a décidé de se rendre elle aussi à Venise. "J’avais besoin d’être dans l’endroit où ça s’est passé." (29’30)  Dans cet épisode, Diglee raconte que ces autrices l’ont apaisée, lui ont permis de gagner en confiance, et lui ont donné envie de s’affranchir de certaines normes sociales et sexuelles. Elle souhaite désormais leur faire honneur, afin qu’elles soient reconnues comme aussi talentueuses que leurs homologues masculins. "Aujourd’hui je suis complètement décomplexée de me dire que, pour le moment, j’ai besoin de porter les femmes qui écrivent. Les auteurs hommes n’ont pas besoin de mon soutien." (42’51)  Cet épisode du Book Club est sponsorisé par Audible. Cet entretien a été mené par Maud Ventura. Le montage a été réalisé par Maud Ventura et Iris Ouedraogo, qui était également en charge de la coordination. Jean-Baptiste Aubonnet était au mix et Charlotte Pudlowski à la rédaction en chef. Le Book Club est un podcast de Louie Media que vous pouvez retrouver sur notre site Louiemedia.com et sur toutes les plateformes d'écoute : Apple podcast, Soundcloud, Spotify…  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.


3. Françoise Nyssen : "Les livres nous permettent de mieux comprendre l’autre"
Aug 06 2019 32 mins  
Lire, pour Françoise Nyssen, “c’est le rapport à l’autre” (31’51). L’ancienne ministre de la culture et co-directrice de la maison d’édition Actes Sud explique pourquoi, pour elle, la lecture est une nécessité: “J’ai l’intime conviction que ce que nous avons en nous et que nous ne pouvons exprimer nous empêche de vivre” (30’56). La littérature serait alors un moyen salvateur d’exprimer cette intériorité et de se reconnaître dans celle des autres : “Aller vers l’autre en lisant des livres est une façon extraordinaire de vivre” (30’47).  Sa maison est à l’image de sa vie : “consacrée aux livres” (3’14). Au micro de la journaliste Élisabeth Philippe, Françoise Nyssen nous recommande trois romans : L'année de la pensée magique de Joan Didion, L'espèce fabulatrice de Nancy Huston et Un monde flamboyant de Siri Hustvedt. L’ancienne ministre de la culture raconte pourquoi L’espèce fabulatrice de Nancy Huston est le roman qu’elle a le plus conseillé lorsqu’elle était au gouvernement: ce livre dit combien “on est l’histoire qu’on nous raconte et on se développe avec cette fiction là” (14’52). Françoise Nyssen est convaincue du pouvoir politique de la littérature : “Si, au lieu de lire toujours les mêmes essais, les mêmes articles ou les mêmes dossiers, l’ensemble de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui décident lisaient plus de romans qui nous permettent de mieux comprendre l’autre, peut être qu’il y aurait moins de guerres” (17’41).  L’éditrice parle avec émotion du roman L’année de la pensée magique de Joan Didion, à travers lequel l’autrice américaine développe “une spiritualité de l’absent” (28’25). Pour Françoise Nyssen, c’est un livre “qui aide à traverser le deuil et à prendre conscience du deuil” (28’06).  Cet entretien a été mené par Élisabeth Philippe. Pauline Thompson a composé la musique. Maud Ventura était à l'édition et à la coordination. Maële Diallo a effectué le montage. Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mix. Charlotte Pudlowski était à la rédaction en chef.   See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.









5 • 3 Ratings

William Dunn Aug 31 2020
J'aime les livres, les autrices, l'authenticité, la profondeur et la sensibilité. J'aime le Book Club.

JuDoLiNa Jul 29 2020
Le meilleur podcast de littérature d' un point de vue féministe. Je ne Peux plus m'en passer.






Queleventseleve Jul 22 2020
Magnifique épisode, salvateur !